En cette Journée internationale des femmes, voici les portraits de sept femmes qui occupent des emplois physiques traditionnellement réservés aux hommes. Des femmes inspirantes… qui n’ont pas froid aux yeux.

Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Technicienne en explosifs à la Sûreté du Québec

France Boudreau, 34 ans, Québec

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France Boudreau, technicienne en explosifs à la Sûreté du Québec 

Elle intervient sur les colis suspects et identifie certaines substances avec des appareils de détection. Elle est aussi appelée dans des contextes de sécurisation d’endroits.

Pourquoi, technicienne en explosifs ? 

« Quand on débute dans la police, on ne sait pas vraiment en quoi consiste le travail des techniciens en explosifs. Je les ai croisés à plusieurs reprises en Gaspésie et sur la Côte-Nord lors d’appels. J’étais curieuse d’en apprendre plus à leur sujet et je me suis rendu compte que j’avais beaucoup d’intérêt pour l’emploi. C’est super technique. Ça nécessite aussi d’avoir une bonne discipline personnelle pour se développer. C’était un défi parfait pour moi parce que j’adore le travail manuel. »

Être une femme technicienne en explosifs… 

« À la Sûreté, je suis la seule et la première femme technicienne en explosifs. Dans la police, on est déjà habitué à travailler avec beaucoup de collègues masculins. À aucun moment je n’ai eu l’impression que je devais monter une marche de plus vu que j’étais une femme. Mes collègues n’ont jamais fait de différences. J’ai passé les mêmes tests que tout le monde. Le processus de sélection n’était pas facile, mais toute personne motivée, qui a de l’intérêt et qui fait les efforts nécessaires peut certainement aspirer à réussir le processus. Je suis la première, mais probablement pas la dernière. »

Capitaine de Dash 8 pour Air inuit

Melissa Haney, 38 ans, Bedford

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Melissa Haney, capitaine de Dash 8 pour Air inuit

Un jour de pilotage dure entre 12 et 14 heures et inclut 6 décollages et atterrissages. Melissa a été la première femme inuite à devenir capitaine chez Air Inuit, qui dessert le Grand Nord.

Pourquoi, pilote ?

« J’étudiais à l’Université, mais je ne savais pas dans quoi me diriger. J’ai entendu dire qu’Air Inuit cherchait des agents de bord. J’ai été embauchée et je suis littéralement tombée en amour avec tout ce que faisait Air Inuit. Quand j’ai vu les pilotes en action, j’ai su que c’est ce que j’allais faire moi aussi. J’ai commencé l’école de pilotage en 2003. »

Être une femme en pilotage…

« Nous sommes plus de femmes chez Air Inuit en comparaison à l’industrie canadienne [13 % comparativement à 7 %]. J’adore être une femme pilote, et j’aimerais que cette proportion augmente. […] C’est difficile de changer l’opinion publique par rapport à ce que les femmes devraient faire ou ne devraient pas faire. Ce serait formidable qu’un jour, on ne nous voit plus comme des femmes pilotes, mais comme des pilotes, tout simplement. Oui, on reçoit des commentaires à bord. La plupart sont positifs – plusieurs personnes aiment voir des femmes pilotes, mais certains sont plus négatifs. Il faut apprendre à ne pas se laisser affecter par cela. »

Soudeuse

Cynthia Cuillerier, 31 ans, Laval

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Cynthia Cuillerier, soudeuse

Elle crée de l’équipement agroalimentaire à partir de bases en métal, comme des cuves pour le lait, de la tuyauterie, de l’équipement pour presser le fromage, etc.

Pourquoi, la soudure ?

« Petite, j’étais déjà très manuelle, très débrouillarde. J’étais en recherche de ce que je voulais faire dans la vie et j’ai décidé de faire des stages d’un jour dans des métiers. Quand je suis tombée sur la soudure, ç’a été un déclic : j’ai adoré ça. Tellement que je me suite inscrite la journée même. Et je ne l’ai jamais regretté. »

Être une femme en soudure…

« Au début, on peut être légèrement intimidée à cause de ce qu’on se fait dire. Ma propre famille me disait : “ah, tu es sûre ? C’est dangereux, il y a juste des garçons...” Mais finalement, on se rend compte que, si on est bon, qu’on soit un homme ou une femme, il n’y a aucun problème. Il faut juste être capable de le faire. En plus, aujourd’hui, on a plein d’équipement de levage. On n’est pas obligé d’être fort comme un bœuf pour travailler là-dedans. Et les femmes prennent très bien leur place. »

Lieutenant aux interventions au Service de sécurité incendie de Montréal

Mélanie Drainville, 42 ans, Montréal

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Mélanie Drainville, lieutenant aux interventions au Service de sécurité incendie de Montréal

Comme lieutenant, elle effectue les interventions avec son équipe de pompiers. Elle voit aussi à la sécurité du personnel, établit les stratégies, s’assure que les tâches sont bien faites.

Pourquoi, pompière ?

« Comme tous les enfants, je rêvais d’un métier d’action, comme policière, pompière, ambulancière. J’ai toujours fait des sports d’équipe, je cherchais de l’adrénaline. J’ai eu de beaux modèles dans la famille : mes deux oncles sont pompiers. Ils m’ont amené dans les casernes et j’ai pu voir comment ça se passait. J’ai décidé d’aller au bout de mes rêves. »

Être une femme pompière…

« Le métier de pompier, ça ne prend pas des qualités homme ou femme. Les qualités sont asexuées. Ça prend du courage, du leadership, de l’entregent, de l’empathie, de la force mentale. […] Au début, je trouvais ça plus difficile, mais si j’avais été un homme, j’aurais trouvé ça aussi difficile. La confiance, ça se bâtit avec l’expérience. Quand tu crois en toi et en tes compétences, ta carrière se définit bien, que tu sois un homme ou une femme. »

Boxeuse professionnelle et entraîneuse de boxe

Martine Vallières-Bisson, 35 ans, Longueuil

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Martine Vallières-Bisson, boxeuse professionnelle et entraîneuse de boxe

Elle s’entraîne, participe à des combats et donne des cours de boxe dans des gyms et des écoles.

Pourquoi, la boxe ?

« Ma sœur avait commencé à boxer, et ma mère m’a dit que je devrais essayer, que ça me ferait du bien. J’avais 16 ans, je m’entraînais et j’étais bien gros impliquée dans le sport, mais je ne connaissais pas vraiment la boxe. Dès que j’ai mis le pied dans un gym, la pensée que j’ai eue, c’était “I belong here”. Je sentais une énergie. C’était ma place. »

Être une femme en boxe…

« Il va toujours y avoir des commentaires comme ceux de Michel Villeneuve [NDLR : un journaliste sportif qui a déclaré en novembre que la boxe n’est pas un sport pour les femmes]. Mais quand on regarde la saga que ces commentaires ont provoquée, la réplique des boxeuses et le soutien qu’elles ont reçu, je pense qu’on est dans une ère de changement. La femme, tous sports confondus, est en train d’aller chercher une reconnaissance. Femme ou homme, on fait les mêmes sacrifices, les mêmes entraînements. On fait tout pareil… pour un salaire qui est tellement moindre que celui des gars. »

Opératrice de grue-portique

Isabelle Vincent, 49 ans, Montréal-Est

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Isabelle Vincent, opératrice de grue-portique

Du haut de sa grue, elle charge et décharge les conteneurs sur les bateaux qui s’amarrent au Port de Montréal.

Pourquoi, opératrice de grue-portique ?

« Mon père avait une shop de soudure-machinerie et il y avait beaucoup de débardeurs qui venaient à sa shop. Mon frère et moi, on a appliqué en même temps quand j’ai eu 18 ans. On m’a rappelé la première fois à mes 27 ans. […] J’ai travaillé 15 ans sur une autre sorte de machine, un top handler [chariot élévateur à conteneurs]. J’ai plus de 20 ans d’ancienneté et je pouvais appliquer comme opératrice de grue portière. C’est LA plus grosse job au Port de Montréal. J’ai appliqué, et j’ai passé. J’ai terminé ma formation au début de janvier. »

Être une femme opératrice de grue-portique…

« On est seulement trois femmes à opérer des grues-portiques au port – les trois seules en Amérique du Nord. Il faut que tu sois performante : travail égal, salaire égal. […] Présentement, en 2020, ce n’est pas plus dur pour une femme que pour un homme. Avant, quand je suis rentrée, c’était très différent : il y avait des gars qui n’en voulaient pas, de femmes, au port. Les premières qui sont arrivées, ce n’était pas le même regard [rires]. Maintenant, ça va bien. »

Technicienne exploitation chez Énergir

Laurie Kingsbury, 27 ans, Montréal

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Laurie Kingsbury, technicienne exploitation chez Énergir

Avec son camion comme port d’attache, elle assure la maintenance préventive et corrective du réseau de gaz naturel dans l’île de Montréal.

Pourquoi, technicienne d’exploitation ?

« Je suis une ancienne athlète professionnelle. Ma carrière s’est terminée parce que je me suis blessée. Je ne pouvais plus jouer au hockey. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question de ce que je voulais faire dans la vie, mais je savais que j’aimais travailler avec mes mains. Je voulais avoir des défis, être dans l’action. J’ai croisé une ancienne joueuse de hockey qui était engagée chez Énergir. J’ai envoyé ma candidature. »

Être une femme technicienne en exploitation…

« Je travaille la plupart du temps avec des gars. On est plusieurs filles, mais il y a plus de gars. Et je ne me suis jamais sentie rabaissée. Ils me font sentir à ma place. Je n’ai jamais eu de commentaires dégradants. J’encouragerais toutes les femmes à faire ce métier-là. Si elles ont un désir de venir travailler dans des métiers d’homme, mais qu’elles sont trop gênées de le faire, elles ont leur place, c’est certain. »