Ils gravitent dans le monde des arts tout en occupant un emploi à temps plein. Et ils réussissent dans leurs deux domaines ! Cette semaine, La Presse a rencontré Barbara Diab, enseignante d’anglais ET chanteuse de jazz.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Elle travaille comme enseignante d’anglais à l’école primaire Saint-Benoît (dans le quartier Ahuntsic, à Montréal), mais elle vient également de sortir un deuxième album, Mojo Woman. Il y a deux semaines, Barbara Diab s’est produite pour la première fois au Festival de jazz de Montréal… avec le batteur de B.B. King, Tony Coleman.

Cette femme de 53 ans née en Australie de parents libanais a grandi à Windsor (en Ontario) où elle a étudié en langues. Après un passage à l’Université Laval de Québec, elle est retournée en Ontario où elle a enseigné le français (langue seconde), avant de s’installer au Québec pour enseigner… l’anglais.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Barbara Diab, dans sa salle de classe

Mais sa passion pour les langues et l’enseignement n’a jamais été exclusive. Dès son plus jeune âge, Barbara Diab s’est découvert un talent pour le chant.

« À l’âge de 8 ans, une prof m’a repérée, nous dit-elle. Je chantais dans une chorale et dans tous les spectacles de l’école. »

En fait, j’ai la voix de ma mère, qui chantait tout le temps et tellement bien. Oum Kalthoum, Fairuz, Farid El Atrache, il y avait toujours de la musique chez nous. En vieillissant, je réalise qu’elle m’a légué sa voix.

Barbara Diab

À l’âge de 10 ans, l’aînée d’une famille de cinq enfants était déterminée à devenir chanteuse, mais son père l’a rapidement dissuadée.

« Je chantais dans ma brosse à cheveux, c’est ce que je voulais faire. Mais mon père, qui a eu un parcours d’immigrant et qui a eu des soucis financiers, me disait : “Comment tu vas manger ?” En vieillissant, mes professeurs m’ont encouragée à enseigner, vu que j’avais des aptitudes en langues, alors c’est ce que j’ai fait et je ne l’ai jamais regretté. »

Il y a une quinzaine d’années, elle a rencontré son amoureux, Pierre Lamontagne, professeur d’économie au cégep (du Vieux Montréal) et… bassiste.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Barbara Diab et Pierre Lamontagne

« Quand on s’est rencontrés, on a réalisé qu’on était tous les deux passionnés de musique, donc on a décidé de former un groupe. C’était mon rêve ! Mais je n’étais pas dans les bons cercles. Avec lui, on a commencé à travailler avec des artistes professionnels, dont le guitariste Jean-Denis Bélanger (J.D. Slim). »

En 2015, ils ont sorti un premier album (To Blues With Love), enregistré avec le batteur de B.B. King (pendant 32 ans), Tony Coleman.

« Je l’ai connu lorsque j’étais au Festival de blues de Trois-Rivières en 2013, raconte Barbara Diab. J’ai eu la chance de l’interviewer pour un webzine. Il nous a invités à Nashville et nous sommes restés amis depuis. » Le musicien était d’ailleurs l’invité spécial de Barbara Diab le 1er juillet, lors de son spectacle programmé au Festival de jazz.

Un horaire chargé

« Depuis que je chante sérieusement, avec des musiciens professionnels, il y a beaucoup de magie dans ma vie, nous dit Barbara, qui a aussi chanté au Festival international du blues de Tremblant cet été. Je consacre environ sept heures par semaine à la musique. Honnêtement, gérer mon temps entre l’école et la musique est un heureux problème, même s’il faut être persévérant et extrêmement bien organisé. »

Enseignante et chanteuse de jazz sont pour elle des occupations totalement compatibles.

Je suis sur scène dans ma classe, cinq heures par jour. Il faut captiver les enfants, maintenir leur intérêt, les émerveiller, c’est ce que je fais sur scène quand je chante, même si, bien sûr, quand je chante, je le fais pour moi et je m’éclate sans le cadre scolaire.

Barbara Diab

« J’ai même dirigé un groupe de jeunes dans le cadre du Festiblues d’Ahuntsic pendant trois ans », ajoute-t-elle.

N’empêche, pour mener une carrière d’artiste en parallèle, c’est tout son temps libre qui y passe.

« J’habite à quelques minutes de l’école, nous dit Barbara Diab, ça aide beaucoup dans ma gestion du temps. Mon horaire d’enseignante me permet aussi d’avoir du temps le soir, les fins de semaine, l’été. Je n’ai pas d’enfants non plus, même si je donne mon temps à des enfants tous les jours, donc c’est sûr que ça me libère encore du temps. »

Son engagement tardif, elle le considère comme une force. « À l’âge que j’ai aujourd’hui, on sait qui on est et on a beaucoup de choses à offrir. J’ai la maturité et le vécu qu’il faut. Ce qui est bien avec le jazz, c’est que peu importe ton âge ou ton look, tu peux chanter. À 20 ans, je ne suis pas sûre que j’aurais pu faire ce que je fais. »