Dès cette semaine, Instagram cachera les mentions J’aime des publications photos et vidéos du fil de certains utilisateurs canadiens. C’est un test que le réseau social effectue au Canada.

Olivia Lévy Olivia Lévy
La Presse

Vous avez peut-être vu le message d’avertissement en ouvrant votre application hier. « Nous voulons que vos abonnés se concentrent sur le contenu que vous partagez, et non sur le nombre de mentions J’aime qu’obtiennent vos publications. Pendant ce test, vous serez la seule personne qui pourra voir le nombre de mentions J’aime de vos publications », pouvait-on lire sur le compte de certains utilisateurs. Adam Mosseri, à la tête d’Instagram, avait fait mention de ce test lors de la conférence annuelle de Facebook, à qui appartient le réseau social, plus tôt cette semaine. 

« On ne verra plus si un contenu est populaire ou pas », explique Nellie Brière, stratège en consultation numérique. Instagram souhaite de cette façon miser sur la qualité du contenu plutôt que sur sa popularité. « On voit qu’Instagram souhaite se sophistiquer, car il y aura aussi plus d’outils disponibles pour faire de la création de contenu. Est-ce que l’algorithme sera modifié ? Est-ce qu’on verra moins de filles en bikini ? Car l’objectif du réseau social est tout de même le profit, il ne faut pas l’oublier. »

« Instagram souhaite enlever la pression des J’aime, qui est trop présente, notamment chez les adolescents », estime Abdelouahab Mekki Berrada, professeur au département de marketing de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke.

Pour les jeunes, cette nouvelle mesure peut donc atténuer la relation malsaine que certains d’entre eux ont avec les J’aime, car il n’y aura plus cet aspect de concurrence. Gabrielle Madé, directrice générale du studio Le Slingshot, agence de marketing d’influence, cite une étude britannique réalisée en 2017 par la Société royale de santé publique du Royaume-Uni, qui révèle qu’Instagram est le réseau social qui nuit le plus à la santé mentale et à l’estime de soi des jeunes de 14 à 24 ans, provoquant anxiété et dépression. « Instagram retire les J’aime pour cette raison, pour que les jeunes arrêtent de se comparer », dit-elle.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE D’INSTAGRAM

Certains utilisateurs canadiens d’Instagram ont récemment reçu le message ci-dessus.

Est-ce une manière de se donner bonne conscience ? « Oui, d’un point de vue éthique. On ne veut plus que les adolescents soient influencés par tout et n’importe quoi, pense Abdelouahab Mekki Berrada. Il y aura donc un impact social, car la nature humaine agit par conformité. On souhaite faire partie d’un groupe et ressembler aux autres, alors on suit la façon de faire des autres, même si elle ne correspond pas à ce que nous sommes. »

Toutefois, les abonnés pourront encore voir combien de gens ont « aimé » leurs publications. « Du point de vue du renforcement social, on va encore ressentir du plaisir et un besoin d’avoir des J’aime, ça ne va pas disparaître. Ça existe aussi dans la vie. On veut avoir une petite tape dans le dos, ce qui est l’équivalent d’un “like” », estime Nellie Brière.

Et les influenceurs ?

Les influenceurs qui vivent de leur notoriété sur les réseaux sociaux, qui s’associent à des marques et qui veulent avoir le plus de J’aime possible ressentiront-ils les contrecoups de ce test ? « Ça va rendre la tâche plus difficile pour les entreprises, qui ne verront plus qui sont les influenceurs les plus efficaces comme relais-marketing », pense le professeur Abdelouahab Mekki Berrada.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Gabrielle Madé, directrice du studio Le Slingshot 

« Le nombre de J’aime ne sera plus affiché, mais sera toujours comptabilisé pour chaque utilisateur, alors ça ne change rien », indique Gabrielle Madé, directrice générale du studio Le Slingshot.

« La raison pour laquelle un annonceur souhaite faire affaire avec un créateur de contenu, c’est parce qu’il rejoint un auditoire que l’annonceur vise. Et l’objectif sera toujours atteint », poursuit celle qui représente des influenceurs et youtubeurs comme Lysandre Nadeau, Emma Verde et Cynthia Dulude. Elle rappelle que le nombre d’abonnés sera toujours affiché et qu’Instagram comptabilisera toujours les J’aime.

« Concrètement, ça va nous faire plus de courriels, donc plus de boulot, car on aura les données et il faudra les transmettre [aux clients] », souligne la directrice générale du studio Le Slingshot. Elle pense qu’il faut relativiser cette annonce, car il y a beaucoup de données numériques inaccessibles aux internautes. « Par exemple, on n’affiche pas le taux de fréquentation des blogues, on ne sait pas le nombre de téléchargements des balados ni le nombre d’ouvertures des stories sur Instagram. »

Est-ce une campagne de communication d’Instagram qui veut redorer son image ?, se demande Nellie Brière. « Mark Zuckerberg, président et directeur général de Facebook, effectue en ce moment une grande tournée dans le monde en réalisant des entrevues avec des professeurs et spécialistes sur les impacts de Facebook sur la société et il réfléchit sur la manière d’être juste dans sa prise de décision », souligne-t-elle.

Hier, Facebook a d’ailleurs annoncé une nouvelle offensive contre les promoteurs de discours violents, antisémites, racistes ou complotistes, dont les célèbres figures américaines Louis Farrakhan, leader de l’organisation Nation of Islam, et Alex Jones, à l’origine du site Infowars, en les bannissant de Facebook et d’Instagram.

— Avec l’Agence France-Presse