Se verser de l'eau glacée sur la tête en soutien aux victimes de la maladie de Lou-Gehrig ou lancer une tranche de fromage au visage d'un poupon, on trouve toutes sortes de défis sur les réseaux sociaux. Toutefois, depuis le début du mois de mars, un nouveau mouvement se démarque: le #trashtag challenge. Ou comment nettoyer la planète et polir son image sur Instagram.

CHRISTIAN GEISER LA PRESSE

Le 5 mars dernier, Byron Romãn, un jeune homme de l'Arizona, a lancé un défi «aux ados qui s'ennuient». Prendre une photo d'un lieu qui a besoin d'être nettoyé. Puis reprendre un second cliché, une fois le site propre, et publier le résultat.

L'initiative a fait boule de neige. La publication Facebook de Byron Romãn a été partagée plus de 320 000 fois avant qu'il ne ferme son compte. Le phénomène a également été repris sur Twitter, Instagram et compagnie.

«C'est une belle initiative, croit Évelyne Daigle, communicatrice scientifique pour le Biodôme et Espace pour la vie. On parle beaucoup du climat à l'échelle de la planète.»

«Les jeunes connaissent les problèmes écologiques. Maintenant, c'est le temps d'agir. L'action, c'est ce qui fait que c'est satisfaisant. Et ils passent à l'action.»

Toutes les initiatives sont bonnes, selon Mme Daigle. «Mettre des gants et ramasser les déchets avant qu'ils ne se retrouvent dans le fleuve, c'est un beau geste.»

Ça donne également un coup de neuf à l'image des écologistes.

«Les gens qui participent à ce défi sont vus comme des personnes cool. Ça change de l'image du hippie écolo!», raconte-t-elle en riant.

Il faut toutefois que l'approche soit cohérente. «Une fois qu'on a ramassé des déchets, si on continue à acheter des produits suremballés, ça devient contradictoire.»

Défi intéressant

«C'est un rare défi intéressant depuis le Ice Bucket Challenge», affirme Arnaud Granata, président d'Infopresse.

Ça respecte l'ADN des plateformes des réseaux sociaux.

«Même si c'est pour une bonne cause, il faut d'abord et avant tout se mettre en scène. On n'y échappera pas, mais c'est aussi la raison pour laquelle ça fonctionne.»

Il y a néanmoins une belle action derrière tout ça. «Il y a des influenceurs qui d'habitude publient des égoportraits ou des photos d'eux à moitié nus et qui, à la place, vont nettoyer des endroits. Oui, ça leur donne une bonne image. Il y a aussi une vraie volonté d'aider, comme le montrent toutes les associations dans le monde qui y participent.»

Dépasser le sentiment d'impuissance

«C'est utile, car on nettoie vraiment un endroit. Ça montre que ça donne des résultats», croit Louis Couillard, co-porte-parole du collectif La planète s'invite à l'université.

IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM PREZERO.IG

Il y a plusieurs façons de participer au défi. De la façon la plus modeste alors qu'on ne voit même pas la personne qui a fait la corvée.

Le défi permet aussi de dépasser le sentiment d'impuissance. Plutôt que de seulement partager des publications scientifiques qui disent que ça va mal, des gens et des communautés se retrouvent, travaillent ensemble et font quelque chose de constructif. «Oui, la transition écologique qui nous attend est importante et va demander beaucoup de travail, dit Louis Couillard. Comme dans le cas des corvées, ce n'est pas très invitant, mais le résultat est beau. Les gens sont contents et se sentent bien après.»

Rien de neuf

Francis Girard-Brisson, chargé de projet en gestion de matières résiduelles pour l'organisme Ville en vert, voit d'un bon oeil le #trashtag challenge.

«C'est le même combat que ce que l'on fait pour nos corvées de nettoyage et c'est une belle façon de publiciser ces efforts. La différence se situe principalement dans le fait que, dans notre cas, il s'agit de projets provenant de groupes communautaires. On a d'ailleurs toujours publié nos photos avant/après», affirme-t-il.

Les corvées de propreté soutenues par la Ville de Montréal débutent généralement vers la fin d'avril. «Plus il y a de neige, plus il y a de déchets quand ça fond. On verra si l'engouement est encore là!»

IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM JUL.TYL

Certains préfèrent qu'on les voie avec le résultat de leur travail.