Ils gravitent dans le monde des arts tout en occupant un emploi à temps plein. Et ils réussissent dans leurs deux domaines ! Cette semaine, La Presse a rencontré Stéphane Jomphe, fonctionnaire au gouvernement fédéral ET chanteur du groupe de death métal Insurrection.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Ce discret barbu roux travaille pour le gouvernement fédéral depuis 2005. Spécialiste du multimédia, il programme des formations de français en ligne destinées aux fonctionnaires. Mais Stéphane Jomphe est aussi le frontman du groupe de death métal Insurrection.

Il y a quelques semaines, il a donné un concert au Rockfest de Montebello. Le groupe a quatre albums à son actif.

Ça me prenait une job assez flexible pour me permettre de faire des niaiseries la fin de semaine.

Stéphane Jomphe

« Ma spécialisation est de crier après le monde, poursuit Stéphane Jomphe qui a eu la piqûre pour le métal « un peu tard ». J’ai commencé à m’intéresser à la musique dans la vague grunge, avec Nirvana et Pearl Jam, mais c’était toujours les tounes les plus intenses que j’aimais. »

À force de creuser dans le répertoire des pièces qui déchirent, il tombe sur des groupes comme Metallica et Terror, et il découvre qu’il aime ça.

C’est avec son ami Martin Samson (un autre barbu roux !) qu’il fonde en 2003 le groupe de death métal Insurrection. Il a alors 21 ans. Trois autres musiciens se joignent à eux.

« C’est en quittant le Saguenay pour m’installer à Gatineau que j’ai rencontré Martin. J’avais 19 ans, nous dit Stéphane. Ça a cliqué en partant. Vu qu’on était tous les deux roux, les gens pensaient qu’on était des frères, donc c’est ce qu’on a dit qu’on était, c’était moins compliqué. La barbe, on l’a toujours eue, mais c’est sûr que ça fitte avec nos personnages de scène. »

Martin Samson jouait de la guitare, Stéphane chantait. Après une dizaine d’années avec le groupe, il a pris une petite pause pour faire son doctorat en philosophie (à l’Université Saint-Paul d’Ottawa). Il a retrouvé son band il y a deux ans à la basse.

Stéphane, lui, est passé maître dans le chant métal. « Il faut projeter un son distorsionné qui se rapproche des chants de gorge inuits, explique-t-il. Le gros de ma job est d’entertainer les gens dans une sorte d’assaut extrême. Je mets de la couleur dans la musique », nous dit encore le fonctionnaire-artiste qui se décrit comme « le gars le plus plate de son département ».

Extrait d’Assassins d’Insurrection

L’exercice a quelque chose de « défoulant », convient-il. « Il y a une grosse poussée d’adrénaline quand on est sur un stage. Ça fait ressortir un côté de moi qui ne sert à rien dans ma vie de tous les jours. Je suis quelqu’un d’assez réservé et calme dans la vie, donc c’est sûr que les gens sont quand même surpris quand ils me voient sur scène. C’est vrai qu’il y a une différence extrême entre mes deux profils. »

Même si son groupe a du succès, Stéphane Jomphe, alias Barbu roux, ne pourrait vivre de ce métier-là.

« Les groupes de métal underground ne font pas une cenne avec ça, nous dit-il. Les cachets qu’on reçoit pour nos spectacles nous servent à payer notre gaz, l’entretien de notre van et notre temps en studio pour enregistrer nos albums… Notre troisième album, qui est sorti en 2010, on a fini de le payer il y a un an, et les ventes de t-shirts servent à payer… de nouveaux t-shirts. »

« La plupart des artistes qui font du métal font autre chose, nous assure Stéphane Jomphe. Même le guitariste de Voivod [Dan Mongrain] donne des cours de guitare au cégep de Joliette. Tout le monde doit travailler pour faire de la tournée. Il y a plein de musiciens qui sont fonctionnaires, profs, avocats, des jobs où ils ont une certaine flexibilité. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Stéphane Jomphe, fonctionnaire au gouvernement fédéral et chanteur du groupe de death métal Insurrection

À l’École de la fonction publique du Canada, où il crée des environnements multimédias pour des cours de français en ligne, tout le monde est au courant de sa « double vie ».

« Tout le monde le sait, ça n’interfère pas avec mon boulot, mais c’est sûr que je garde mes vacances pour mes spectacles et mes tournées, nous dit l’artiste de 37 ans. J’ai une couple de collègues qui sont venus me voir en spectacle et ils ont trouvé ça ben intéressant. Sinon, j’aime ma job, je fais un peu de tout et j’ai pas besoin d’être trop sociable… »