Elle a été un modèle pour les femmes de toutes origines et s’est impliquée dans différentes causes. Sa personnalité et son charisme continuent de fasciner. La preuve ? Les billets pour ses conférences se sont vendus en un temps record et revendus à fort prix. Après Chicago, Washington, Londres et Paris, Michelle Obama sera au Centre Bell.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Deux ans après le départ de Michelle Obama de la Maison-Blanche, son étoile semble briller plus fort que jamais. Lancée en novembre dernier, son autobiographie Becoming, traduite en 31 langues, s’est vendue à plus de 10 millions d’exemplaires, selon les plus récents chiffres dévoilés en mars par son éditeur, Penguin Random House. Ce livre serait l’autobiographie la plus vendue de tous les temps.

Sa tournée est loin d’une simple séance de signatures. On parle plutôt d’une série de conférences, présentées à fort prix dans 31 villes américaines, canadiennes et européennes. Une tournée organisée par l’important producteur de concerts Live Nation Entertainment, qui est derrière les spectacles de Madonna et de Jennifer Lopez. Si les billets se sont envolés en quelques minutes à Toronto, au moment d’écrire ces lignes, il en restait quelques-uns pour sa conférence au Centre Bell, qui sera animée par Valerie Jarrett, l’ancienne conseillère politique de Barack Obama et amie de longue date du couple.

PHOTO ROB GRABOWSKI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Michelle Obama est interviewée par Oprah, lors d’une conférence visant à promouvoir son autobiographie, au United Center de Chicago, le 13 novembre dernier.

Un tel engouement est du jamais vu pour une ancienne première dame. Actuellement en tournée de conférences, Bill et Hillary Clinton ne suscitent pas le même enthousiasme que Michelle Obama. « Michelle Obama n’est pas juste une première dame, elle est devenue une icône de la culture populaire, souligne Valérie Beaudoin, chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et membre du groupe de recherche en communication politique. Les premières dames ont toujours été populaires, mais ce côté culture pop, dans l’histoire moderne, c’est elle qui le représente le mieux et qui l’a amené plus loin. Elle est amie avec Beyoncé, elle est allée sur le plateau d’Ellen DeGeneres. Elle a été interviewée par Sarah Jessica Parker [lors de sa conférence à Brooklyn]. Ce sont toutes des icônes de la culture populaire américaine. Elle n’a jamais snobé ça en disant : je viens de la sphère politique, la culture populaire, je mets ça de côté. »

Beyoncé lui a d’ailleurs rendu hommage dans un texte publié il y a deux semaines dans le magazine Time, qui a sélectionné Michelle Obama parmi les 100 personnalités les plus influentes de l’année. « Je suis si reconnaissante que mes filles et mon fils vivent dans un monde où Michelle Obama brille comme une légende d’espoir qui nous inspire tous pour faire mieux et être meilleurs », écrit-elle.

Selon Martine St-Victor, stratège en communication, la réussite de Michelle Obama est due au fait qu’elle a su adapter sa communication politique à son époque, en s’associant notamment à des personnalités aimées du public pour promouvoir les causes qui lui tiennent à cœur, comme la lutte contre l’obésité infantile et la promotion de l’éducation des filles. « Voir une première dame aller dans une émission matinale ou un talk-show d’après-midi, c’est particulier, souligne-t-elle. Melania Trump ne ferait pas ça. Pour moi, c’est vraiment un coup de maître. Elle a compris que pour rejoindre des millions de personnes, on doit utiliser la télévision, les réseaux sociaux. Tout ça est bien calculé. Pour quelqu’un de communication comme moi, je regarde Michelle Obama et c’est une étude de cas à plusieurs niveaux. »

« Je pense que c’est un rôle qu’elle a absolument réinventé et je crois que je ne me trompe pas en disant que d’autres premières dames par la suite se sont servies du modèle Michelle Obama, notamment Sophie Grégoire Trudeau. C’est flagrant. »

— Martine St-Victor, stratège en communication

« Son charisme l’a beaucoup aidée, ajoute Valérie Beaudoin. On verrait mal Melania Trump, avec l’image qu’elle projette, aller faire des push-ups chez Ellen DeGeneres. » Ainsi, c’est davantage par sa personnalité que par ses actions politiques que Michelle Obama a laissé sa trace à la Maison-Blanche, croit  la chercheuse. « Par exemple, Hillary Clinton, qui avait un côté plus politicienne, a fait avancer l’accessibilité aux soins de santé. C’était une cause plus concrète pour les Américains. Pour sa part, Michelle Obama voulait être un modèle pour plusieurs jeunes filles aux États-Unis et pour les jeunes femmes afro-américaines. »

Sophie Grégoire Trudeau a rencontré Michelle Obama pour la première fois en 2016 lors d’une visite officielle à la Maison-Blanche, en compagnie de son mari, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau. « Nos équipes respectives avaient planifié une activité où l’on s’adressait à des jeunes filles au sujet de l’importance de l’éducation, nous raconte-t-elle, par courriel. Ce fut une symbiose simple et naturelle, car nous partagions déjà des causes semblables dans le passé, et cela faisait déjà plusieurs années que je donnais des conférences sur la cause de l’égalité des femmes et des filles. On s’est bien entendues dès le départ. »

Soulignant l’authenticité, l’intelligence et le sens de l’humour de Michelle Obama, elle ajoute que celle-ci ne donne pas l’impression de remplir ou de jouer un rôle et qu’elle s'identifie beaucoup à cette façon d’être. « Je crois que Michelle ne voudrait pas que l’on emprunte son style, mais bien que l’on développe notre propre style, et je partage ce point de vue », poursuit-elle.

Au-delà des origines

La beauté du succès de Michelle Obama, pense Martine St-Victor, est qu’elle rallie un auditoire diversifié. « Oui, elle a une symbolique dans la communauté noire, mais sa vraie force est qu’elle transcende sa race, sans dénaturer d’où elle vient, sans oublier qui elle est et ce que ça veut dire d’être noire aux États-Unis, affirme Mme St-Victor, qui est d’origine haïtienne. Je pense qu’une des nombreuses raisons pour lesquelles tant de femmes se sont vues dans Michelle Obama, c’est qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur. C’est un message que toutes les personnes, particulièrement les femmes, issues de minorités savent. Il n’y a aucun scénario dans lequel Michelle Obama aurait pu se permettre les dérapages d’une Melania Trump. C’est impossible. »

« Quand je l’ai rencontrée la première fois, je ressentais un besoin de me tenir encore plus droite », raconte la Québécoise Jennifer Brodeur, esthéticienne derrière la marque JB Skin Guru, qui prodigue des soins de la peau à Michelle Obama (et à Oprah) depuis 2014. « Mais c’était une des premières fois où je rencontrais quelqu’un qui m’a permis de démontrer que j’étais une geek, en cachette. Dans le domaine de la beauté, on a tendance à préconiser le superficiel. Elle, elle voulait vraiment comprendre la science derrière ce que je fais. Sa curiosité et sa soif de connaître les choses m’ont beaucoup inspirée. » Jennifer poursuit sa collaboration avec Michelle Obama. Les deux femmes profiteront d’ailleurs du passage de Mme Obama à Montréal pour se voir. « Ce sera toujours ma première dame », dit-elle.

Une réflexion que partagent probablement plusieurs Américains et qui contribue au succès de Michelle Obama. « Les gens qui sont à l’opposé des pensées des Trump veulent se rattacher à quelque chose, avance Valérie Beaudoin. Michelle Obama répond à ce besoin-là dans une société qui est polarisée comme les États-Unis. »

Michelle Obama sera au Centre Bell, le vendredi 3 mai, 20 h.