Beaucoup de Montréalais ont mis le cap sur la banlieue, en quête d’espace, depuis le début de la pandémie. Mais d’autres ont fait le chemin inverse, attirés par la vitalité et la diversité de la métropole. C’est le cas de Valérie Jutras, Jean-François Joubert et leurs deux enfants, qui ont quitté leur grande maison de Lorraine pour un appartement du Mile End.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

Elle est enseignante au primaire. Il est représentant commercial. Et ils n’ont pas peur de bouger. « Depuis qu’on est ensemble, on a déménagé une bonne dizaine de fois », raconte Valérie. En 2018, après avoir habité pendant 15 ans en ville, où ils ont même acheté un triplex dans le quartier Hochelaga, ils n’ont donc pas hésité à changer de mode de vie pour s’installer à Lorraine, dans les Basses-Laurentides.

« On s’est dit qu’avec notre budget, on serait capables de s’acheter une grande maison en banlieue, avec une grande cour pour avoir plus d’espace pour les enfants. À Lorraine, on avait même une piscine », précise l’enseignante. À l’époque, le couple n’avait qu’un seul enfant, Édouard, qui a aujourd’hui 5 ans. Mais Simone est arrivée il y a maintenant un an, tout juste trois semaines avant la pandémie.

Les deux parents avaient eux-mêmes grandi en banlieue. « Ça nous semblait normal d’y retourner pour élever nos enfants... et on était contents d’emménager là-bas, observe Valérie. Notre cour donnait sur un parc, c’était idéal. »

Au bout de trois ou quatre mois, toutefois, les « travers » de la banlieue ont commencé à les faire douter de leur choix.

Au royaume de la voiture

« Faire les courses, aller au travail ou à la garderie, il fallait tout faire en voiture et nous avions chacun besoin de la nôtre, raconte Valérie. Prendre une crème glacée sur le bord de l’autoroute 640... ce n’est pas très séduisant. Aussi, pour remplir notre maison, on se sentait obligés de consommer davantage. Acheter un troisième divan pour le sous-sol, vraiment ? En fait, la maison de 2700 pi2 était si grande qu’on avait l’impression de se voir moins... »

Le couple réalise vite que la ville lui manque.

J’aime la spontanéité de la vie à Montréal. Sortir prendre un café avec la poussette, ramasser un saucisson au coin de la rue... Je ne retrouvais pas ce plaisir dans les grandes chaînes de banlieue.

Valérie Jutras

La décision est prise : la vie de banlieue, ça n’est finalement pas pour eux. Mais inutile de tout bousculer, Valérie et Jean-François préfèrent attendre qu’Édouard soit prêt à commencer l’école avant de rentrer à Montréal, histoire d’éviter de le déraciner. « Et puis, il aimait bien notre piscine, rigole Valérie, alors que moi, le chlore et l’entretien, c’était comme un fardeau. J’étais soulagée quand on la fermait pour l’hiver... »

Effet pandémique

La pandémie a toutefois précipité les choses. « Je ne me suis jamais sentie aussi isolée que pendant le confinement de l’an dernier », explique Valérie.

J’étais en congé de maternité, ça n’a peut-être pas aidé, mais ma vie était vraiment plate en banlieue. J’avais soif d’action, de gens, d’un quartier vibrant.

Valérie Jutras

Après avoir vendu la maison à la fin de l’été dernier, Valérie et Jean-François ont donc déménagé dans le Mile End en octobre, un an plus tôt que prévu. « Il y a beaucoup de logements à louer en ce moment à cause de la pandémie, constate Valérie. On a même réussi à faire baisser le loyer de 300 $ par mois. »

  • Édouard, 5 ans, s’est vite refait des amis en ville. À part pour la piscine, il ne semble pas s’ennuyer de la grande maison de banlieue dans laquelle il a vécu un peu plus de deux ans avec sa famille.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Édouard, 5 ans, s’est vite refait des amis en ville. À part pour la piscine, il ne semble pas s’ennuyer de la grande maison de banlieue dans laquelle il a vécu un peu plus de deux ans avec sa famille.

  • La chambre des parents est lumineuse. Elle accueille aussi le bureau de Jean-François Joubert, qui travaille de la maison.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La chambre des parents est lumineuse. Elle accueille aussi le bureau de Jean-François Joubert, qui travaille de la maison.

  • La cuisine, située à l’arrière de l’appartement, est toute petite, mais fonctionnelle.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La cuisine, située à l’arrière de l’appartement, est toute petite, mais fonctionnelle.

  • La salle à manger est aussi assez exiguë, mais personne chez les Jutras-Joubert ne s’en plaint. « C’est plus petit ici, mais on se sent bien et on est plus souvent ensemble », raconte Valérie Jutras.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La salle à manger est aussi assez exiguë, mais personne chez les Jutras-Joubert ne s’en plaint. « C’est plus petit ici, mais on se sent bien et on est plus souvent ensemble », raconte Valérie Jutras.

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Leur appartement de trois chambres fait 1350 pi2. « On a dû se débarrasser de beaucoup de choses qu’on avait accumulées, dit Jean-François, mais ça nous a fait du bien. »

« Même si on devait revivre un confinement comme l’an dernier, on se sentirait moins isolés ici, ajoute Valérie. Il y a un véritable esprit de communauté dans le quartier, que je ne retrouvais pas en banlieue. On a peut-être été malchanceux, mais de toute façon, la vie en ville, ça nous ressemble davantage. Tout se fait à pied ici, j’ai même trouvé du travail dans une école tout près. »

En appartement, pas de pelouse à tondre ou de feuilles à ramasser non plus. « Et pas besoin de passer la balayeuse sur trois étages », ajoute Jean-François.

« J’aime l’idée que nos enfants grandissent dans un quartier multiethnique et diversifié, poursuit Valérie, c’est important pour leur ouverture d’esprit. En ville, on peut être qui l’on veut. C’est moins conventionnel. L’énergie et la créativité de Montréal m’apportent beaucoup. »

Vers des jours encore meilleurs

Bien sûr, Montréal n’est pas au mieux pendant la pandémie, mais les terrasses, les festivals, tout finira par revenir. « Il y a déjà beaucoup plus d’action qu’en banlieue », remarque Valérie. Pour l’instant, le couple tente de trouver une propriété à acquérir, idéalement dans le quartier. Une occasion pourrait d’ailleurs se présenter sous peu, semble-t-il. Bien sûr, les prix sont élevés, mais s’il le faut, Valérie et Jean-François se disent prêts à vendre le triplex qu’ils possèdent encore dans Hochelaga.

  • Une microbibliothèque installée dans l’avenue de l’Esplanade. « Il y a un véritable esprit de communauté dans le quartier, que je ne retrouvais pas en banlieue », se réjouit Valérie Jutras.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Une microbibliothèque installée dans l’avenue de l’Esplanade. « Il y a un véritable esprit de communauté dans le quartier, que je ne retrouvais pas en banlieue », se réjouit Valérie Jutras.

  • La ruelle verte de la rue Jeanne-Mance a été aménagée pour des jeux d’enfants cet hiver. Des sapins de Noël récupérés embellissent le décor autour de glissades faites avec des amas de neige.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La ruelle verte de la rue Jeanne-Mance a été aménagée pour des jeux d’enfants cet hiver. Des sapins de Noël récupérés embellissent le décor autour de glissades faites avec des amas de neige.

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La parenthèse de la banlieue semble s’être refermée le plus naturellement du monde. « Rien ne nous manque de nos deux ans et demi à Lorraine », s’exclame Valérie.

Et comment les enfants ont-ils vécu le changement ? « Édouard se demande où il ira se baigner l’été prochain, mais il s’est fait de nouveaux amis rapidement et on a trouvé une place en garderie pour Simone, répond Valérie. Banlieue ou ville, au fond, les enfants sont bien là où leurs parents sont bien. Et c’est en ville qu’on est heureux. »