La pandémie et la crise climatique amènent les architectes et les designers à penser autrement l’espace résidentiel. Certains se sont récemment exprimés dans le cadre d’une conférence organisée cet automne par Index-Design intitulée L’espace résidentiel en transformation. En voici un aperçu.

Danielle Bonneau
Danielle Bonneau La Presse

Des espaces plus petits et mieux pensés

PHOTO FOURNIE PAR APPAREIL ARCHITECTURE

Lors de la conception du projet Résidence Tsuga, encore sur la planche à dessin, l’équipe d’Appareil Architecture a cherché à exclure le superflu pour miser sur l’essentiel, a expliqué l’architecte Marc-Antoine Juneau.

La maison doit répondre à un nombre accru de demandes, puisque les gens y passent de plus en plus de temps, a indiqué Marc-Antoine Juneau, architecte chez Appareil Architecture. « L’espace de bureau est devenu un prérequis à cause du télétravail, a-t-il précisé. De notre côté, on doit décupler notre stratégie pour éviter d’aller dans l’excès et essayer de limiter les pieds carrés, pour construire de manière responsable. Le danger est de se retrouver avec des pièces inutilisées pendant un grand pourcentage de l’année. » Pour illustrer son propos, il a présenté le projet Résidence Tsuga, encore sur la planche à dessin. Compacte, la maison tirera profit de la topographie du terrain pour avoir une empreinte minimale sur le site. « On a essayé de maximiser le plus possible le pied carré des pièces en créant des espaces polyvalents, qui auraient un double usage, a-t-il expliqué. On utilise du mobilier intégré, comme des lits escamotables dans les deux chambres, pour qu’elles puissent servir de bureau ou pour y faire du yoga en connexion avec la terrasse. » Selon lui, le concept du minimalisme — « less is more », selon l’expression consacrée en anglais – est plus important que jamais. « C’est loin d’être synonyme d’espaces sans âme, qui ne sont pas habitables, a-t-il précisé. Cela veut dire miser sur la simplicité et les lignes épurées. Et continuer de prioriser la qualité avant la quantité. Exclure le superflu pour miser sur l’essentiel. »

Consultez le site d’Appareil Architecture

Des cuisines faites pour durer

PHOTO JASON HARTOG PHOTOGRAPHY, FOURNIE PAR MIRALIS

Une cuisine intemporelle ne veut pas dire sans personnalité, indique Valérie Brière, de Miralis. « Il y a moyen d’habiller une cuisine avec des accessoires et de la couleur », dit-elle.

La cuisine la plus écoresponsable est celle qu’on ne change pas, a dit d’entrée de jeu Valérie Brière, directrice de marque chez le fabricant d’armoires Miralis. « Pour éviter de créer des déchets inutiles, il faut essayer de prévoir des cuisines qui seront belles, bonnes et fonctionnelles longtemps. » Le concept de beauté est toutefois très subjectif, a-t-elle relevé. Pour essayer de le définir, l’entreprise établie dans le Bas-Saint-Laurent a consulté des architectes et des designers. Un constat est ressorti : le beau est intimement lié à la notion d’intemporalité. Mme Brière a ensuite fait allusion à la « Prophétie du livre orange », qui s’est dégagée de l’étude approfondie d’un magazine de décoration français publié en 1980, que le président et directeur général de l’entreprise, Daniel Drapeau, a découvert dans son chalet. Cherchant à savoir ce qu’il était advenu des entreprises qui y apparaissaient, il a constaté que seuls les fabricants de meubles ou d’armoires de cuisine spécialisés dans le style contemporain existent encore. « Ils sont même dominants sur le marché européen, parce qu’un style aux lignes pures est plus facile à robotiser, a-t-elle précisé. En Amérique du Nord, la robotisation et l’automatisation vont assurément arriver, pour assurer à la fois un volume de production et la qualité, et pour faire des cuisines durables. Intemporel ne veut surtout pas dire sans personnalité. Il y a moyen d’habiller une cuisine avec des accessoires et de la couleur. »

Consultez le site de Miralis

Exit le gris, place au vert, « neutre ultime »

PHOTO FOURNIE PAR KRYPTONIE

Après avoir régné dans nos intérieurs pendant deux décennies, le gris est remplacé par des couleurs qui apportent de la joie et répondent à de nouveaux besoins, a souligné Marie-Chantal Milette, experte en couleurs.

La maison est devenue un refuge et le gris dans nos intérieurs, qui faisait du bien lorsque le rythme de vie était effréné, n’apporte aucune joie, a fait remarquer Marie-Chantal Milette, experte en couleurs et fondatrice de l’agence Kryptonie. « Le brun, qui est une couleur rassurante, est à suivre, tout comme le bleu profond, qui invite à l’introspection. Comme on a été dépourvus de contacts humains dans la dernière année, on voit une explosion des tons de peau dans le design, que ce soit terracotta, pêche, brun. Les gens, par ailleurs, n’ont pas pu voyager et ils ont besoin d’un peu de soleil. Encabanés longtemps, ils vont chercher une certaine chaleur dans les jaunes. Ils ont aussi besoin de voir la lumière au bout du tunnel. Le jaune évolue donc pour devenir chaleureux. Les verts et les bleus, de leur côté, sont des couleurs d’équilibre, associées à l’environnement. Elles sont au cœur de ce qui se passe, en termes de tendances. » Elle considère d’ailleurs le vert comme une couleur neutre. « C’est le neutre ultime de la nature. Personne n’a jamais trouvé qu’une plante ne va pas bien dans une pièce. Le vert va tranquillement remplacer la stabilité du gris dans nos intérieurs et on va le voir de plus en plus. »

Consultez le site de Kryptonie

L’appel du calme

PHOTO FOURNIE PAR STUDIO FUTUR SIMPLE

L’architecte Christine Djerrahian, du Studio Future Simple, a présenté les dessous de la transformation du loft où elle habite avec sa jeune famille, dans un immeuble centenaire du Vieux-Montréal.

Le calme est source de bonheur, estime l’architecte Christine Djerrahian, du Studio Future Simple, qui a présenté les dessous de la transformation du loft où elle habite avec sa jeune famille, dans un immeuble centenaire du Vieux-Montréal. Intitulé « Rue de la Gauchetière », son projet innovateur a remporté un prix aux AZ Awards dans la catégorie résidentielle. Toutes les parois de gypse existantes ont été enlevées pour repenser l’espace en fonction des besoins des occupants et observer le parcours de la lumière. Le défi a été de créer un espace ouvert et flexible, qui répond aux besoins de chacun, tout en gardant la luminosité, donc en ne bloquant aucune fenêtre, a-t-elle précisé. « Dans tous nos projets, on cherche une palette de matières brutes, parce que cela touche à l’intemporel, a-t-elle poursuivi. L’équilibre entre quatre éléments, la terre, l’air, la pierre et la verdure, donne un sentiment de calme et de sérénité. Il y a plusieurs moyens de l’interpréter, avec plusieurs couleurs et textures. Dans notre appartement, l’espace a été réchauffé en intégrant le noyer, qui fait un lien avec la brique. L’air est en lien avec la luminosité que procurent les fenêtres et les miroirs, qui réfléchissent la vue sur le jardin de la basilique Saint-Patrick. La couleur pierre, le gris dont on avait besoin, se trouve dans le béton, le divan, le tapis. Puis évidemment, des plantes ont été intégrées. » La lumière, a-t-elle fait remarquer, est très dynamique. Elle amène de la poésie et contribue à l’impression de calme.

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En finir avec le gaspillage alimentaire

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE RF STUDIO

Dans la cuisine, le designer belge Ramy Fischler, qui vit à Paris, milite pour une totale transparence, avec des réfrigérateurs dotés de portes de verre ne contenant que des aliments qui sont zéro déchets.

Le designer belge Ramy Fischler, l’âme derrière RF Studio, a notamment mis en lumière son travail pour combattre le gaspillage alimentaire et promouvoir une philosophie zéro déchet, autant dans des restaurants que des entreprises. Dans la cuisine, il milite pour une totale transparence, avec des réfrigérateurs dotés de portes de verre ne contenant que des aliments qui ne génèrent pas de déchets. « Tout ce qu’on achète, tous les produits du vivant devraient être valorisés et montrés, pour que les enfants comprennent la différence entre une courgette et un concombre, et que cette culture de l’alimentation ne disparaisse pas à cause de la technologie. » Devenant entrepreneur par défaut, il a contribué à la conception du frigo intelligent Nu !, se concentrant dans un premier temps sur le milieu du travail, où le bien-être est primordial pour attirer et retenir les millénariaux. « Une fois que de bonnes habitudes zéro déchets seront prises en entreprise, on n’acceptera plus de faire autrement, a-t-il prédit. L’industrie suivra pour changer les produits ménagers. »

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