Dans les années 1950 ou 1960, un agrandissement côté cour avait défiguré l’intérieur d’une maison centenaire de l’arrondissement de Notre-Dame-de-Grâce. Souhaitant réparer les erreurs du passé, le propriétaire a fait appel aux architectes de L. McComber – architecture vivante.

Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

C’est une maison classique du quartier avec ses boiseries foncées, ses vitraux et son grand escalier en bois massif. Si la partie avant de la maison avait été bien préservée, ce n’était pas le cas de l’arrière, où un volume somme toute générique, sans lien apparent avec la partie existante, avait été ajouté. De plus, il était mal isolé. « On a tellement gelé ici ! », s’exclame Pierre Roberge, propriétaire de la maison depuis quatre ans. « On avait aménagé une petite pièce où l’on prenait un verre avec mes fils, mais à - 20 °C, ce n’était pas vivable. »

En dénudant les murs, ils ont compris la cause de cette température glaciale. « On voyait à l’extérieur, se souvient M. Roberge. C’était une construction sur pièces de bois qui n’était pas du tout isolée. » Ils ont aussi découvert une poutre en acier qui ne tenait sur presque rien.

« On en a profité pour réparer significativement la structure, refaire le revêtement de briques et isoler, précise Emmanuelle Dorais, architecte responsable du projet. C’est rare qu’on soit capable d’étanchéifier les vieilles maisons parce qu’on perd beaucoup d’espace intérieur et il y a les contraintes de budget. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Le propriétaire Pierre Roberge, en compagnie de l’architecte Emmanuelle Dorais de la firme L. McComber – architecture vivante.

Aussi, puisque l’agrandissement et la cuisine n’avaient aucun cachet particulier, il n’y avait aucune culpabilité à tout enlever pour recommencer. L’espace en forme de « L » a conservé sa fonction ; d’un côté, la cuisine et, de l’autre, une pièce pour prendre l’apéro, qui a inspiré le nom du projet : L’apéritif. Les deux sont reliées par le prolongement du comptoir de cuisine en marbre qui devient un bar, puis une banquette coussinée, conçue sur mesure. La pièce donne sur une large porte coulissante en bois permettant d’accéder à la cour. Les autres ouvertures ont aussi été agrandies afin d’y faire pénétrer un maximum de lumière du sud-est.

Le principal défi a été d’intégrer l’espace actualisé à l’existant, souligne Emmanuelle Dorais. Un défi qui se trouve décuplé lorsque l’existant est une maison centenaire avec beaucoup de cachet.

« Il y a plusieurs options, expose-t-elle. D’abord, tu peux décider de répliquer l’ancien complètement, mais c’est un peu plus difficile de trouver des artisans qui possèdent ce savoir-faire de nos jours. Sinon, une autre stratégie qu’utilisent les architectes est d’y aller hyper contemporain avec la petite boîte de verre silencieuse, qui ne vole aucunement le spectacle à l’ancienne. On est allé entre les deux. C’est clairement un espace contemporain, mais il y a énormément de dialogue avec l’ancienne partie de la maison. »

  • Le vaisselier en acier thermolaqué reprend des éléments d’origine de la maison.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Le vaisselier en acier thermolaqué reprend des éléments d’origine de la maison.

  • Le motif de pique double…

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Le motif de pique double…

  • …qu’on retrouve aussi sur le garde-corps de l’escalier.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    …qu’on retrouve aussi sur le garde-corps de l’escalier.

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Conversation avec le passé

Cette conversation s’organise principalement autour des matériaux qui ont été choisis : bois massif et pierre naturelle. Le plancher de céramique a été remplacé par du chêne rouge teint. L’ornementation est minimaliste, mais inspirée des temps anciens. Sur la partie inférieure du vaisselier, laquelle recouvre le radiateur, des piques doubles ont été découpés dans l’acier thermolaqué, répliquant le motif qu’on retrouve sur le garde-corps de l’escalier. Sur la partie supérieure, le verre trempé rappelle les vitraux. Des cimaises ont aussi été posées aux murs, à l’instar des autres pièces de la demeure.

« Dans les vieilles maisons, on voit souvent qu’un matériau beaucoup plus résistant aux impacts a été utilisé dans le bas des murs, note l’architecte. Aujourd’hui, ça ne se fait plus, le gypse va jusqu’à terre. On l’a répliqué ici, mais dans une forme sobre, avec du papier peint en fibre de verre. C’est très résistant aux impacts. »

Si le chêne blanc a été choisi pour ce projet, c’est en raison des fenêtres. Un cadrage intérieur en bois a été privilégié au PVC pour s’harmoniser aux autres fenêtres de la maison. Or, ces fenêtres à triple vitrage, qui proviennent d’un manufacturier européen, n’étaient offertes qu’en chêne blanc. Pour adoucir le contraste avec les boiseries présentes dans la salle à manger, le propriétaire a choisi de décaper celles-ci et de les teindre d’une couleur plus pâle. L’effet caverneux s’en est trouvé grandement amoindri. « Le matin ici, la lumière est superbe, remarque Pierre Roberge. Tout est pâle, c’est reposant, c’est doux à l’œil. C’est très agréable. »

  • La cuisine, avant les travaux

    PHOTO FOURNIE PAR L. MCCOMBER – ARCHITECTURE VIVANTE

    La cuisine, avant les travaux

  • La façade arrière, avant sa transformation

    PHOTO FOURNIE PAR L. MCCOMBER – ARCHITECTURE VIVANTE

    La façade arrière, avant sa transformation

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Si l’architecture est un art qui relève du visuel, elle ne peut faire abstraction du confort des occupants, note Emmanuelle Dorais. « Comment vont-ils se sentir dans leur maison ? Est-ce qu’ils vont être au chaud ? Est-ce qu’il va y avoir assez de lumière ? Est-ce que, psychologiquement, ils vont être heureux ? C’est ça, notre rôle, les architectes. »

Il aura fallu plus de deux ans, depuis sa première rencontre avec l’architecte en 2019, pour que Pierre Roberge puisse profiter de ce nouvel espace. « On a attendu un an que l’entrepreneur soit disponible, explique Mme Dorais. C’était un contexte hyper difficile. Déjà avant la pandémie, l’industrie de la construction était en surchauffe. C’était très difficile de trouver des entrepreneurs, surtout pour la qualité qu’on voulait. »

Ironie du sort, Pierre Roberge laissera sa maison prochainement. Une décision qu’il a prise après que ses fils ont quitté le nid familial cette année, plus tôt que prévu. Ce sont donc de nouveaux propriétaires qui pourront pleinement en profiter.

  • Entrepreneur général : Construction Yannick Robert
  • Métaux ouvrés : Atelier Gris
  • Cabinets et mobilier sur mesure : Ébénisterie de la Rive
  • Éclairage : Luminaires Authentik