À Bromont, dans les Cantons-de-l’Est, une maison ancrée dans le roc, qui rappelle les habitations coloniales de la Nouvelle-Angleterre de type saltbox, a été conçue et bâtie en cherchant à atteindre les plus hauts standards de performance énergétique et de construction écologique. Visant la certification LEED Platine, elle devient la troisième maison passive homologuée au Québec.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Lorsqu’il s’est lancé dans l’aventure, le propriétaire cherchait d’abord un entrepreneur à qui il pouvait faire confiance. « Souvent, la qualité de la construction de maisons neuves laisse à désirer et il y a des défauts cachés, déplore Thierry Levasseur. Je voulais trouver un entrepreneur soucieux de la qualité de son produit et fier de son travail. Je connaissais le locataire de la Maison des sources, à Abercorn, certifiée maison passive et LEED Platine, et réalisée par Construction Rocket. Quand j’ai rencontré William Murray, son discours m’a tout de suite séduit. »

Suivant les conseils du constructeur, il a approfondi ses recherches. Il a ensuite décidé d’y aller à fond. « Peu importe le domaine, une certification est un sceau de qualité, précise le propriétaire. Que ce soit LEED Platine ou Maison passive, ces certifications sont tellement difficiles à atteindre qu’elles exigent une exécution impeccable de la part de l’entrepreneur. Ce double objectif comblait mon désir d’avoir une construction de qualité. »

Les critères

Il s’est tourné vers l’architecte Francis Martel Labrecque, cofondateur de l’agence L’Abri, pour concevoir les plans. Celui-ci s’est attelé à faire « la meilleure maison possible ». Comment ?

« Un des critères les plus importants, au-delà de la façon dont la maison a été construite, a été de bien l’intégrer dans son environnement », explique le concepteur.

Le terrain avait une forte pente. On a calé la maison dans le roc pour éviter qu’elle soit trop massive dans le paysage et dénature le site.

Francis Martel Labrecque, architecte

« La forme du toit, sur deux niveaux, a inspiré le nom de la maison, Saltbox, ajoute-t-il. C’est un clin d’œil aux boîtes à sel autrefois accrochées près des foyers, à l’abri de l’humidité, qui ont donné leur nom à une forme de bâtiments ruraux, que l’on trouve en Nouvelle-Angleterre et qui a traversé la frontière jusque dans les Cantons-de-l’Est. »

Dès le départ, la certification de Maison passive décernée par l’organisme américain Passive House Institute US (PHIUS) était visée. Francis Martel Labrecque trouvait important d’aller plus loin. « Cette certification regarde uniquement la performance énergétique, explique-t-il. Elle considère le bilan carbone d’un bâtiment pendant qu’il est en opération. Mais elle ne tient pas compte du bilan carbone de fabrication. Or, c’est important aussi de regarder l’impact de la construction elle-même, les matériaux utilisés et leur provenance. La certification LEED a une approche holistique, en regardant la performance énergétique et l’impact environnemental réel. C’était naturel de viser les deux certifications. »

Extrait de la vidéo de présentation de la maison

La certification Maison passive est « très, très exigeante », constate-t-il. « C’est un degré de performance énergétique très élevé, difficile à atteindre, qui est de cinq à dix fois plus élevé que ce qu’exige le Code de construction, selon les normes en vigueur, précise-t-il. Cette fois-ci, on a réussi ! Cela fait dorénavant partie de notre parcours. Mais l’important, c’est de comprendre et d’appliquer le plus possible ce qu’on a appris dans les prochains projets, selon la réalité économique des clients. La maison Saltbox a une double ossature, mais il y a d’autres façons de construire des murs ultra-isolés, qui feront un peu moins peur à d’autres constructeurs. On essaie de travailler différents détails de la construction pour pousser la performance énergétique et la démocratiser, pour l’étendre à nos autres projets. »

Importance de la lumière naturelle

La performance environnementale, fait-il remarquer, ne se fait pas au détriment de la qualité des espaces. « Ce sont des critères qu’il faut regarder en parallèle, dit-il. Si on fait une maison passive la plus performante du monde, mais qu’elle n’a pas de fenêtre au nord et juste une petite fenêtre au sud, on a manqué notre coup. On a mis des fenêtres dans les chambres, orientées vers le nord, parce qu’on voulait que les enfants se lèvent avec de la lumière naturelle. Les murs ont été un peu plus isolés, pour compenser. On veut que l’espace soit super agréable et que la maison soit habitée pendant 300 ans. »

  • De grandes fenêtres ont été installées dans les chambres, même si elles sont orientées vers le nord, pour que les enfants se lèvent avec de la lumière naturelle. Les adultes profitent aussi de la vue.

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR L’ABRI

    De grandes fenêtres ont été installées dans les chambres, même si elles sont orientées vers le nord, pour que les enfants se lèvent avec de la lumière naturelle. Les adultes profitent aussi de la vue.

  • Les plus hauts standards de performance énergétique et de construction écologique ont été visés tout en accordant beaucoup d’attention à la qualité des espaces. La lumière entre à flots.

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR L’ABRI

    Les plus hauts standards de performance énergétique et de construction écologique ont été visés tout en accordant beaucoup d’attention à la qualité des espaces. La lumière entre à flots.

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Thierry Levasseur a emménagé avec sa famille le 31 mai 2020. Sa plus grande surprise ? Pouvoir couper le chauffage en plein hiver, les jours ensoleillés.

Il est difficile pour lui d’établir le surcoût de la quête d’excellence. « La recherche des deux certifications a fait partie intégrante du projet, souligne-t-il. Dans tout budget, la grosseur de la maison et le choix des matériaux de finition ont l’impact le plus grand. Mais ce n’est pas juste une question d’argent. Il a fallu faire certains sacrifices. »

Les électroménagers ont été choisis en fonction de leur consommation d’énergie. Il était aussi hors de question d’avoir un poêle à bois. Ce n’est pas assez étanche et cela chauffe trop de toute façon.

Thierry Levasseur, propriétaire

« L’investissement est retrouvé dans la faible consommation d’énergie, oui, mais aussi dans le confort et la qualité de vie qu’on a dans la maison, précise-t-il. Et au moment de la vente, dans 10, 15, 20 ou 30 ans, quand les normes de construction seront plus strictes, notre maison doublement certifiée aura conservé sa valeur. »

Pour en savoir davantage, L’Abri et Construction Rocket, de concert avec Écohabitation, décrivent leur expérience dans une série de cinq capsules.

> Consultez le site de la maison passive Saltbox