Une maison de type shoebox, située en lot arrière, est à l’origine d’un projet d’agrandissement peu commun. Réalisé par l’architecte Thomas Balaban (TBA), il est finaliste aux Prix d’excellence en architecture de l’Ordre des architectes du Québec qui seront remis le 1er avril.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

De la rue, l’ancienne maison laisse entrevoir sa présence de façon très subtile à travers l’agrandissement contemporain. Construites au début du siècle dernier pour loger les ouvriers dans les quartiers francophones de Montréal, les shoebox sont appelées ainsi en raison de leur forme qui évoque une boîte à chaussures. Comme quelques rares autres, cette maison de Rosemont–La Petite-Patrie était située en fond de terrain, à quelque 19 m de la limite avant.

Dominic Bouchard et sa conjointe ont acquis la propriété en 2013 et ont habité ses 925 pi2 (86 m2) jusqu’à ce que l’arrivée de leur fils commande un agrandissement. Comment adapter le bâtiment à leurs besoins tout en préservant l’existant ? C’est là tout le dilemme entourant ces petites habitations qui font partie du patrimoine dit modeste de Montréal.

« Il y a tellement une pression de densifier pour rentabiliser l’investissement, c’est difficile de résister à cette pression », remarque l’architecte Thomas Balaban, qui a vu dans ce projet une occasion d’explorer de nouvelles avenues par rapport à la transformation et à la modernisation de cette typologie résidentielle. Un règlement, postérieur à ce projet, a d’ailleurs été adopté par l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie pour mieux encadrer les interventions faites sur les shoebox.

  • La maison, avant l’agrandissement

    PHOTO FOURNIE PAR DOMINIC BOUCHARD

    La maison, avant l’agrandissement

  • Un agrandissement avait déjà été ajouté à l’arrière de la maison. On aperçoit l’intérieur de la maison d’origine, à travers l’ouverture d’une ancienne fenêtre.

    PHOTO FOURNIE PAR DOMINIC BOUCHARD

    Un agrandissement avait déjà été ajouté à l’arrière de la maison. On aperçoit l’intérieur de la maison d’origine, à travers l’ouverture d’une ancienne fenêtre.

  • Le même point de vue, une fois les travaux de rénovation terminés.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    Le même point de vue, une fois les travaux de rénovation terminés.

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Le projet deNormanville s’est échelonné sur trois ans et les propriétaires y ont été très impliqués. « On ne voulait pas couper dans la conception, explique Dominic Bouchard. On a testé plusieurs hypothèses. » Une surestimation des coûts, notamment, les a forcés à revoir les plans à maintes reprises.

SCHÉMA FOURNI PAR TBA

Ce schéma montre la forme et l’emplacement de l’agrandissement par rapport au bâtiment existant.

Ayant écarté l’idée d’ajouter un étage à la maison, les propriétaires et l’architecte ont privilégié un agrandissement à l’horizontale, même si l’arrondissement aurait voulu que cela se fasse autrement, en raison du règlement de zonage.

Urbaniste de profession, Dominic Bouchard avait cependant fait ses recherches. « L’arrondissement nous a envoyé une demande de modification pour qu’on fasse deux étages, raconte-t-il. J’ai dû monter un dossier pour montrer que la réglementation nous permettait de bénéficier d’un droit acquis et d’étendre le bâtiment en avant. »

La vie sur un niveau

  • L’ancienne maison est reliée au nouvel agrandissement par un couloir qui délimite la cour intérieure et dont la courbe reflète celle découpée autour de l’arbre à l’avant.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    L’ancienne maison est reliée au nouvel agrandissement par un couloir qui délimite la cour intérieure et dont la courbe reflète celle découpée autour de l’arbre à l’avant.

  • La cuisine et la salle à manger sont le centre de la nouvelle demeure. La grande fenestration crée une connexion avec les espaces extérieurs.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    La cuisine et la salle à manger sont le centre de la nouvelle demeure. La grande fenestration crée une connexion avec les espaces extérieurs.

  • Cette section, ajoutée par d’anciens propriétaires à l’arrière de la maison, abrite aujourd’hui la salle de jeu et la chambre de l’enfant.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    Cette section, ajoutée par d’anciens propriétaires à l’arrière de la maison, abrite aujourd’hui la salle de jeu et la chambre de l’enfant.

  • Le salon se trouve au cœur de la maison d’origine. Un puits de lumière a été ajouté pour augmenter la luminosité.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    Le salon se trouve au cœur de la maison d’origine. Un puits de lumière a été ajouté pour augmenter la luminosité.

  • Aménagée dans un axe linéaire, la cuisine est suivie d’une colonne de rangement dissimulée qui accueille également une salle d’eau et la buanderie.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    Aménagée dans un axe linéaire, la cuisine est suivie d’une colonne de rangement dissimulée qui accueille également une salle d’eau et la buanderie.

  • Un bloc de rangement sépare l’aire de vie de l’entrée principale. Il joue aussi un rôle d’écran entre les passants dans la rue et l’intérieur.

    PHOTO FOURNIE PAR TBA

    Un bloc de rangement sépare l’aire de vie de l’entrée principale. Il joue aussi un rôle d’écran entre les passants dans la rue et l’intérieur.

  • En été, les propriétaires utilisent beaucoup la cour intérieure.

    PHOTO FOURNIE PAR DOMINIC BOUCHARD

    En été, les propriétaires utilisent beaucoup la cour intérieure.

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Un volume d’un étage a ainsi été ajouté devant la maison existante, qui a été presque entièrement rénovée, ce qui a porté la superficie totale à 1650 pi2 (153 m2). La nouvelle propriété compte seulement deux chambres, un choix qu’ont fait les propriétaires en fonction de leurs besoins.

De vivre sur un niveau, d’avoir une longue maison, c’est vraiment toute une expérience. Notre enfant aime beaucoup ça. Il peut courir longtemps !

Dominic Bouchard, copropriétaire de la demeure

L’ancien et le nouveau sont reliés par un couloir qui longe une cour intérieure. Du nouvel espace, qui accueille la cuisine et la salle à manger, on aperçoit la façade de l’ancienne maison, de l’autre côté de la cour. « Quand on a vu la maison, on est tombés en amour avec la petite shoebox au bout du lot, se rappelle Thomas Balaban. Les clients voulaient qu’elle continue de faire partie de leur vie quotidienne, alors on a mis l’accent sur l’ancienne façade pour qu’ils la voient le matin ou le soir, comme quand ils rentraient chez eux dans le passé. »

« On souhaitait préserver l’existant, notamment pour l’intérêt patrimonial de la shoebox », explique Dominic Bouchard, qui se dit cependant conscient que certains diront qu’il aurait mieux valu que cette trace du passé soit plus visible.

Ce n’est pas la même shoebox qu’on voit de la rue, mais on a encore l’idée de la présence d’une maison d’un étage parmi les duplex et les triplex sur la rue.

Thomas Balaban, architecte de TBA qui a réalisé le projet deNormanville

Selon lui, ajouter un étage à une shoebox existante ne signifie pas mieux la préserver. « Pour moi, ce n’est pas conserver la maison, c’est conserver la façade. En réalité, on ne conserve rien que la brique et les fenêtres. »

PHOTO FOURNIE PAR TBA

En façade, le mur trace une courbe autour de l’arbre mature que les propriétaires souhaitaient conserver.

Avec la nouvelle façade, le propriétaire urbaniste attendait de l’architecte une proposition audacieuse, ce qu’il a obtenu. La volonté du couple de préserver les ormes de Sibérie matures qui se trouvaient à l’avant du terrain a incité Thomas Balaban à créer un décroché dans la façade et à dessiner un mur en courbe, façon la plus logique, précise-t-il, de contourner l’un des arbres. « Malheureusement, cette idée de raser tout et de partir à zéro est encore bien présente, constate-t-il. Il faut essayer de conserver ce qu’on peut. »

Or, ce n’est pas simple. Pour protéger le système racinaire des arbres, l’agrandissement a été appuyé sur des fondations en pieux vissés. Une dalle isolée a été coulée sur un coffrage biodégradable, qui forme un vide afin de gérer le mouvement du sol à travers les gels et dégels, une technique de construction peu usuelle au Québec et qui a été complexe à réaliser. Malgré ces précautions, le système racinaire d’un des arbres a été endommagé pendant les travaux, puis des travaux d’aqueduc auront finalement contribué à sa perte. Si c’était à refaire, le propriétaire dit qu’il prendrait peut-être une décision différente.

Mais une chose qu’il ne changerait pas, c’est cette grande ouverture sans rideaux en façade qui expose parfois la famille à la vue des passants.

« On se déconnecte trop de la rue [en général], observe Dominic Bouchard. On a pensé le mobilier pour que ça fasse des écrans, sans trop nous couper de la rue. Ça fait deux ans qu’on habite la maison et on l’assume pleinement. Les gens nous regardent, nous aussi on les regarde. »

> Consultez le site web de TBA