Posséder un chalet en pleine nature, voilà un projet qui fait rêver de nombreux citadins. Mais bâtir le joyau qui saura se nicher avec harmonie dans un écrin sauvage, souvent accidenté, reste un défi de taille. L’architecte Stéphane Rasselet a su le relever à merveille avec le chalet Poisson blanc.

Publié le 17 mars 2021
Simon Chabot
Simon Chabot La Presse

Perché au sommet d’une colline, pour être certain d’avoir une ligne, Antoine Cloutier se félicite encore d’avoir fait appel à un architecte pour concevoir le petit chalet qu’il a fait construire sur un terrain d’un acre, acquis grâce à un tirage au sort, sur le réservoir du Poisson blanc, dans les Laurentides.

« Chaque fois qu’on se réveille ici – encore ce matin –, on réalise à quel point on est privilégiés, lance-t-il au téléphone. On voit l’horizon partout. On a ici un contact avec la nature qu’on n’aura jamais à Montréal. Je ne me rendais pas compte à quel point ça me manquait, même si j’adore vivre en ville. »

C’est pourtant presque par hasard qu’Antoine Cloutier et sa femme, Mélanie Messier, se sont tournés vers Stéphane Rasselet pour dessiner le chalet qu’ils fréquentent assidûment avec leurs deux enfants, même s’il se trouve à plus de trois heures de route de la résidence familiale. « Ce sont des amis qui travaillent en aménagement paysager qui m’y ont fait penser », se souvient celui qui gagne sa vie dans les technologies de l’information. « J’ai pourtant toujours eu une fascination pour la profession d’architecte... »

La famille n’avait pas d’attentes précises. « On voulait le chalet le moins cher possible, avec un petit volume, pour réduire les coûts de chauffage, et trois chambres, parce qu’on a deux enfants. C’est à peu près tout ce qu’on a demandé », explique-t-il.

PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

« Pour limiter les pieds linéaires de la fondation et du revêtement, j’ai pensé à un petit carré parfait de 25 pi sur 25 pi », raconte l’architecte Stéphane Rasselet.

Une solution carrée

Contrainte budgétaire, terrain en pente : l’architecte Stéphane Rasselet, cofondateur de la firme _naturehumaine, a accepté de se lancer. « Le budget de construction était de 250 000 $. Pour limiter les pieds linéaires de la fondation et du revêtement, j’ai pensé à un petit carré parfait de 25 pi sur 25 pi. Et la façon la plus économique d’implanter le chalet était de l’encastrer dans la pente », raconte l’architecte. Côté terre, on arrive donc directement au niveau supérieur, qui regroupe les espaces de vie (séjour, cuisine), la chambre principale et une salle de bains avec douche. Les ouvertures au niveau inférieur, où se trouvent deux autres chambres, une salle de bains, une salle de jeux et du rangement, donnent du côté du lac.

Pour donner du caractère à ce concept minimaliste et épuré, j’ai suggéré un toit carré à quatre versants qui déborde de 30 po sur tout le périmètre de la construction.

Stéphane Rasselet, architecte

La proposition a « tout de suite » plu aux futurs propriétaires, qui apprécient beaucoup l’intelligence de l’aménagement. « Le génie de ce concept, c’est qu’il n’y a pas d’espace perdu, et les déplacements ont été réduits au minimum », s’enthousiasme Antoine Cloutier.

  • Le garde-corps ajouré fait de fil métallique ne bloque pas la vue sur la forêt et le lac.

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

    Le garde-corps ajouré fait de fil métallique ne bloque pas la vue sur la forêt et le lac.

  • Les rangements ont été construits en bois d’érable plaqué.

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

    Les rangements ont été construits en bois d’érable plaqué.

  • « À l’étage supérieur, on a mis en valeur le squelette du toit, comme des arêtes de poisson, explique l’architecte Stéphane Rasselet. Ça renforce le concept. »

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

    « À l’étage supérieur, on a mis en valeur le squelette du toit, comme des arêtes de poisson, explique l’architecte Stéphane Rasselet. Ça renforce le concept. »

  • L'été, avec la végétation, le décor autour du réservoir du Poisson blanc change complètement.

    PHOTO FOURNIE PAR ANTOINE CLOUTIER

    L'été, avec la végétation, le décor autour du réservoir du Poisson blanc change complètement.

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Histoire de limiter les dépenses et de faciliter l’entretien, Stéphane Rasselet a choisi de l’acier émaillé pour le toit et des planches de bois prépeintes pour les murs extérieurs. Le tout en blanc, un clin d’œil au nom du plan d’eau. « À l’étage supérieur, poursuit-il, on a mis en valeur le squelette du toit, comme des arêtes de poisson. Ça renforce le concept. »

Dans le même ordre d’idées, l’architecte a proposé des revêtements intérieurs en tuiles de céramique gris béton et des rangements en bois d’érable plaqué.

PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

Seul accroc à la volonté de réduire les dépenses au strict minimum : les fenêtres pleine hauteur en aluminium qui offrent de belles perspectives sur le paysage.

Fenêtres sur la forêt

Seul accroc à la volonté de réduire les dépenses au strict minimum : les fenêtres. « Avec l’accord des clients, et même si cela représentait un dépassement de coûts, nous avons opté pour des fenêtres oscillo-battantes pleine hauteur en aluminium de grande qualité, précise l’architecte. Elles offrent de belles perspectives sur le paysage. »

Antoine Cloutier s’en réjouit. « À certains endroits, on voit à travers la maison, dit-il. On se sent parmi les arbres. J’apprécie vraiment la contribution de l’architecte, je n’aurais jamais été en mesure d’imaginer ce que ça donnerait. Il n’a pas mis des fenêtres partout, ce qui aurait été peu pratique, il a mis les bonnes fenêtres aux bons endroits. Ce travail de conception, comme pour le rangement intégré, ça vaut son pesant d’or. »

  • À l’intérieur, la simplicité est aussi au rendez-vous, dans le choix des matériaux comme dans l’aménagement des pièces.

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

    À l’intérieur, la simplicité est aussi au rendez-vous, dans le choix des matériaux comme dans l’aménagement des pièces.

  • « Le génie de ce concept, c’est qu’il n’y a pas d’espace perdu, et les déplacements ont été réduits au minimum », raconte le propriétaire, Antoine Cloutier.

    PHOTO RAPHAËL THIBODEAU, FOURNIE PAR _NATUREHUMAINE

    « Le génie de ce concept, c’est qu’il n’y a pas d’espace perdu, et les déplacements ont été réduits au minimum », raconte le propriétaire, Antoine Cloutier.

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Certains peuvent se demander pourquoi nous avons fait appel à un architecte malgré notre budget limité, mais en fin de compte, c’est la seule personne qui a été vraiment à l’écoute de nos besoins…

Antoine Cloutier, propriétaire

La magie opère, c’est une évidence. Et pas seulement pour la famille Cloutier-Messier. Les images du projet qui circulent depuis quelque temps sur les réseaux sociaux et des sites spécialisés en architecture ont suscité beaucoup de réactions. « Des gens aux États-Unis m’ont même demandé de leur construire un Poisson blanc », souligne Stéphane Rasselet, qui assure toutefois que le projet restera unique.

Comment expliquer cet engouement ? Les magnifiques photos de Raphaël Thibodeau, prises à la tombée du jour après une chute de neige, y sont probablement pour quelque chose. Mais il y a plus, croit Stéphane Rasselet, car ces photos féeriques reflètent une implantation réussie. « Comme architecte, je cherche toujours à bien comprendre l’intérêt d’un terrain pour y insérer, en toute harmonie, un projet qui en tire le plein potentiel. Le Poisson blanc, c’est un peu comme une maison de poupées posée dans un lieu sauvage. Il fait naître un sentiment de grande liberté. »

Et qui, en ce moment, ne rêve pas de liberté ?

> Consultez le site du Poisson blanc (_naturehumaine)