Avec leurs grands terrains où poussent des arbres matures, les bungalows construits dans les années 1960 regagnent en popularité. Or, leurs nouveaux propriétaires cherchent souvent à les rénover en profondeur, souvent pour les rendre plus lumineux. La maison Pearl House, redessinée par l’architecte Maxime Moreau dans l’arrondissement de Saint-Laurent, est un éloquent exemple de ce genre de transformation.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

La réinvention de bungalows, c’est l’un des principaux champs de pratique de Maxime Moreau, fondateur de MXMA architecture & design. Chaque fois, dit-il, l’exercice se nourrit d’un dialogue avec les propriétaires qui ont déjà « un rêve ou une idée en tête » quand ils font appel à ses services.

En achetant une maison de plain-pied sur un coin de rue dans l’arrondissement de Saint-Laurent, Min Choi et sa femme Yuong souhaitaient permettre à leurs deux enfants de s’amuser librement à l’extérieur. S’ils tournaient ainsi le dos à la vie en hauteur, après 10 ans dans un condo où ils se sentaient désormais « comme dans une boîte fermée », ils refusaient de renoncer à la lumière en s’installant dans un bungalow « très, très sombre », se souvient Maxime Moreau.

PHOTO FOURNIE PAR MXMA ARCHITECTURE & DESIGN

L’intérieur de la propriété avant les travaux de rénovation. Comme dans la plupart des constructions des années 1960, l’intérieur, avec ses plafonds bas, est plutôt sombre.

Les nouveaux propriétaires avaient une conception très précise de ce qu’allait devenir leur nouvelle maison : il fallait abattre des murs pour créer un grand espace lumineux, ajouter une chambre, et « brûler la frontière » entre l’intérieur et la cour arrière. « Ma femme et moi avions même des idées de croquis avant de parler à l’architecte, explique M. Choi. Je suis designer industriel et j’ai toujours été intéressé par l’architecture. »

« Min avait des attentes très claires », confirme M. Moreau, qui a accepté de l’accompagner dans ce projet « majeur », qui a finalement coûté environ 650 000 $ (ou 305 $ le pied carré).

Il a fallu couper la maison en deux pour reconstruire tout l’arrière. Une aile a aussi été ajoutée, mais en créant l’image d’un seul bâtiment, comme le souhaitait le client.

Maxime Moreau, architecte

Deux ailes unies par la cour

  • L’été, la cour est une pièce supplémentaire où la famille prend notamment ses repas. Les trottoirs de bois permettent de passer d’une partie à l’autre de la maison par l’extérieur.

    PHOTO ANNIE FAFFARD, FOURNIE PAR MXMA ARCHITECTURE & DESIGN

    L’été, la cour est une pièce supplémentaire où la famille prend notamment ses repas. Les trottoirs de bois permettent de passer d’une partie à l’autre de la maison par l’extérieur.

  • La nouvelle aile a été construite un peu plus en retrait de la rue, à cause de la réglementation en vigueur. Mais la ligne du toit, elle, n’est pas brisée.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La nouvelle aile a été construite un peu plus en retrait de la rue, à cause de la réglementation en vigueur. Mais la ligne du toit, elle, n’est pas brisée.

  • Une paroi de bois ajourée délimite le salon de l’espace cuisine et salle à manger. À l’arrière de la maison, les hautes fenêtres permettent de profiter de beaucoup de lumière et d’admirer le jardin.

    PHOTO ANNIE FAFFARD, FOURNIE PAR MXMA ARCHITECTURE & DESIGN

    Une paroi de bois ajourée délimite le salon de l’espace cuisine et salle à manger. À l’arrière de la maison, les hautes fenêtres permettent de profiter de beaucoup de lumière et d’admirer le jardin.

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La façade de la maison, avec son revêtement de briques, son toit en pente et ses ouvertures d’origine, ne laisse en rien présager la transformation qu’elle a subie. « Dès qu’on entre, précise l’architecte, on se retrouve devant un long couloir qui crée une barrière entre les chambres et les salles de bains en enfilade, à gauche, et l’espace de vie ouvert, à droite. »

Côté espace de vie, seule une paroi de bois ajourée (là où se trouve l’escalier qui mène au sous-sol) délimite le salon, à l’avant, et la salle à manger ainsi que la cuisine, à l’arrière, où, en sacrifiant une mezzanine qui donnait sur la cour, l’architecte a pu doubler la hauteur du plafond.

L’effet de surprise est saisissant.

PHOTO ANNIE FAFFARD, FOURNIE PAR MXMA ARCHITECTURE & DESIGN

En sacrifiant une mezzanine qui donnait sur la cour, l’architecte a pu doubler la hauteur du plafond à l’arrière de la maison.

De l’intérieur, la cour, protégée de la rue transversale sur la gauche par l’agrandissement, attire tous les regards. L’été, on l’imagine facilement comme le lieu idéal des jeux et des repas, à l’ombre du grand érable préservé qui trône au milieu du terrain. Cette ouverture unit aussi en quelque sorte les deux ailes de la maison, visibles de part et d’autre de l’espace grâce à de grandes portes-fenêtres. Un trottoir de bois relie en outre la nouvelle partie, qui abrite la chambre principale, et les pièces de vie situées dans l’ancien volume.

La cour fait vraiment partie de la maison.

Min Choi, propriétaire

Le lien entre l’extérieur et l’intérieur est aussi renforcé par les revêtements de bois et de métal visibles dans la cour. Les planches de cèdre rouge de l’Ouest du plafond et d’une partie du mur de la cuisine se prolongent ainsi à l’extérieur, sur une partie des parois et les soffites du toit. Dans le même ordre d’idées, le métal noir qui emballe l’arrière de la maison et la nouvelle aile pénètre à l’intérieur, où il donne beaucoup de caractère au mobilier de la cuisine.

Les avantages du compromis

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

À cause des réticences de l’arrondissement, l’ancienne partie de la maison a dû conserver son revêtement de briques. L’agrandissement est recouvert d’une coquille de métal noir.

Au départ, toute la maison devait d’ailleurs être recouverte de ce métal noir, couleur culturellement associée à « l’existence et la maîtrise en Corée », pays d’origine des propriétaires, explique Maxime Moreau. Or, l’arrondissement de Saint-Laurent s’y est opposé. Toutefois, « contrairement à ce qui se fait ailleurs à Montréal, cet arrondissement nous a permis de défendre chacune de nos propositions, raconte l’architecte. Fier de la diversité culturelle de ses résidants, l’arrondissement a accepté que cette diversité se reflète aussi dans l’architecture. Nous en sommes donc arrivés à un compromis : de la brique pour l’ancien volume en façade sur les deux rues, du métal noir pour le nouveau. »

Ce compromis permet à la propriété de se fondre dans le voisinage tout en assumant son côté innovateur, ce qui permet en quelque sorte à ce bungalow au départ bien ancré dans le modernisme des années 1960 de faire une entrée réussie dans le XXIsiècle. Des travaux majeurs de toiture, entièrement revue pour donner à l’ensemble son aspect homogène, et l’utilisation de matériaux certifiés durables y contribuent aussi.

Le succès de cette transformation audacieuse, l’architecte l’attribue notamment à l’excellente relation qui s’est développée entre les clients et lui. « Il y a deux ou trois choses que j’aurais peut-être faites différemment, avec des angles plus prononcés, conclut-il. Mais nos échanges ont été gagnant-gagnant et ont généré quelque chose de plus grand, un projet qui est une grande fierté pour moi. » « L’architecte a su bien développer et mettre en œuvre nos idées, approuve Min Choi. Ma famille et moi sommes très heureux du résultat. »