Dans un exercice de style audacieux, l’architecte Jean Verville a revisité le triplex montréalais pour une jeune famille au moyen d’une articulation en hauteur de l’habitat à la japonaise. Grâce à une remise en question de son mode de vie, celle-ci possède aujourd’hui une maison sur quatre niveaux et deux appartements de location, tous avec jardin.

Muriel Françoise Muriel Françoise
Collaboration spéciale

Dans cette rue en bordure de la voie ferrée du quartier de Rosemont, à Montréal, on ne voit qu’elle : une haute construction de briques blanches percées de fenêtres aux châssis dorés. Simple et mystérieuse, un peu à la façon d’un phare, surtout la nuit venue, lorsque les lumières étincellent à l’horizon. On trouvait autrefois ici un garage dont le sol contaminé rendait complexe tout projet de rénovation.

Les nouveaux propriétaires de ce terrain acquis en 2016, la designer d’intérieur Nancy-Marie Bélanger et le céramiste Hugo Didier, se sont tournés vers leur ami architecte Jean Verville pour concevoir un bâtiment qui abriterait leur maison, un atelier, ainsi que deux espaces locatifs. Le tout avec comme intention finale une architecture minimaliste ancrée dans son époque.

Rationalisation de l’espace

Fidèle à son habitude, l’architecte initie un échange avec le couple, établissant une sorte de terrain de jeux où alternent réflexions et défis, pour esquisser un habitat compact en hauteur dans l’esprit japonais.

D’emblée, une évidence s’impose : exploiter les trois côtés de la future construction, puisque le terrain a la chance de longer une ruelle.

L’immeuble, qui prend forme selon un assemblage singulier, comptera trois unités, soit une maison sur quatre niveaux avec un jardin à l’arrière et un potager sur le toit, un appartement sur trois niveaux avec un jardin suspendu et un studio avec une petite cour côté rue.

Cette articulation aux aires de vie fractionnées en plateaux de quelque 400 pi2 pour Nancy-Marie et Hugo les force à reconsidérer leur façon d’occuper les lieux. Ce qu’ils font avec un malin plaisir.

« Pour avoir une idée de la sensation que nous aurions en dormant dans une chambre à peine plus grande qu’un matelas, nous avons passé une nuit dans un coin aménagé avec un divan et des planches », illustre Nancy-Marie. Car la garde-robe est stratégiquement reléguée à un coin rangement et lavage au premier étage, où le passage s’impose avant de quitter la maison.

Tous les espaces ont été simplifiés à l’extrême. Chaque pied carré a été savamment distribué.

Jean Verville, architecte du projet

Le principe fondateur ? Donner la priorité à des espaces de vie polyvalents. Des cloisons de verre et un grand escalier d’acier ajouré assurant une ouverture, une luminosité et une circulation fluide à travers la maison.

Beauté brute

Partout dans le bâtiment, des matériaux simples, comme un plafond en solives au vernis mat ou un sol en béton lissé, impriment une personnalité sensible aux lieux, inspirée de la philosophie japonaise du Wabi-sabi magnifiant la beauté authentique, voire imparfaite, des choses. « Nous laissons la matière brute s’exprimer, un peu comme le potier se sert des particularités de la terre dans son travail », détaille l’architecte, dont les projets se nourrissent de plusieurs voyages de recherche au Japon.

Ce geste architectural fort s’inscrit de façon organique dans son environnement, notamment grâce à des fenêtres dont les dimensions reprennent celles des habitations aux alentours.

La famille, qui compte aujourd’hui un petit Jules, vit dans sa nouvelle maison depuis l’été 2019. Même si tout a été réfléchi dans les moindres détails, de belles surprises viennent encore la surprendre. « Par exemple, l’été dernier, lorsque le soleil rentrait à l’intérieur, grâce au verre, nous pouvions admirer de jolis arcs-en-ciel », sourit Nancy-Marie.

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