Annie-Claude Michaud et Matthew Smith venaient de rénover de fond en comble leur maison, en décembre dernier, quand ils ont commencé à discuter d’un chalet, sur le terrain qu’ils possèdent en bordure d’un lac, à Chelsea. Partenaires dans la vie et dans leur entreprise de construction, ils n’avaient pas le goût de se lancer dans un nouveau projet personnel d’envergure. Ils ont regardé du côté des habitations usinées pour faire un test.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Celui-ci s’avère concluant : leur habitation de 808 pi2 (75 m2), livrée à la mi-juin, a été louée pour un mois et demi avant même que la terrasse ne soit terminée. Un deuxième locataire, un citadin désireux de s’adonner au télétravail en pleine nature, s’est ensuite installé et compte y demeurer huit mois.

« Nous n’avons pas eu la chance d’y dormir une seule nuit, s’exclame en riant Annie-Claude Michaud. Il faut dire que nous habitons tout près, à Chelsea, et que nous passons régulièrement devant en vélo, en famille. Notre but est de nous y établir un jour en permanence. Nous aimons la flexibilité qu’offre la construction modulaire. »

PHOTO FOURNIE PAR MATTHEW SMITH

Matthew Smith et Annie-Claude Michaud devront patienter quelques mois avant de profiter de leur tout nouveau chalet avec leurs trois enfants, Nathaniel, 9 ans, Alexia, 11 ans, et Naomi, 8 ans. La maison est louée jusqu’au printemps prochain.

Matthew Smith, qui a déjà construit une maison certifiée LEED, suit de près ce que fait l’équipe d’Écohabitation. Les maisons d’architectes usinées écologiques offertes par l’entremise de l’organisme ont attiré son attention. Sa conjointe et lui ont été les premiers à opter pour le Refuge S750, conçu par l’agence Para-Sol et construit par Énergéco Concept.

« Après 20 ans de métier, cela me semblait sensé, dans ce contexte en particulier, explique-t-il. C’est la voie de l’avenir pour plusieurs types de clientèles. Pour être conformes à la réglementation municipale, nous avons travaillé avec les architectes pour agrandir la maison de 10 pieds. Cela nous a permis d’ajouter une deuxième chambre et d’agrandir la salle de bains. C’est parfait. »

Le couple a choisi l’option clés en main. La finition intérieure a donc été entièrement effectuée en usine avec des matériaux sains et locaux. Pendant que l’habitation était construite dans des conditions contrôlées, l’entrepreneur s’est chargé de préparer le terrain (coupe d’arbres, excavation, fondation sur pieux, fosse septique, alimentation en électricité, système de traitement de l’eau avec un puits, etc.).

PHOTO FOURNIE PAR ANNIE-CLAUDE MICHAUD

Annie-Claude Michaud et Matthew Smith ont choisi le modèle Refuge S750, conçu par l’agence Para-Sol et construit par Énergéco Concept. D’immenses fenêtres permettent de se sentir en pleine nature.

« Les deux segments de travaux se sont faits en même temps, indique Mme Michaud, qui est directrice de projets au sein de l’entreprise familiale, Habitations Mapleridge. On n’a pas eu à se soucier de la pénurie de main-d’œuvre. Cela a une grande valeur. Et cela a été fait à un coût raisonnable. »

« On a sauvé beaucoup de temps, renchérit son conjoint. J’étais de retour à la maison à une heure raisonnable, pour faire changement. »

Annie-Claude Michaud et Matthew Smith, qui ont trois enfants, ont opté pour un des Kits Écohabitation avant que la COVID-19 ne s’invite de ce côté-ci de l’Atlantique.

La pandémie a accéléré le mouvement vers de plus petites maisons, très confortables, à la campagne. Les gens ont constaté qu’ils peuvent très bien travailler à domicile et s’éviter des heures dans la circulation. Plein de monde fait une remise en question.

Alain Culis, président d’Énergéco Concept

Il avait vu ce mouvement se dessiner lorsqu’il a fondé son entreprise dans les Laurentides, en 2010. Figurant parmi les premiers à offrir des minimaisons de 550 pi2, il propose des habitations visant une certification LEED Or ou Platine avec des produits provenant exclusivement du Québec. Les maisons construites dans son usine sont de dimensions variées (surtout d’un à trois modules). Alors que l’entreprise construit habituellement une centaine de modules par année, M. Culis projette d’en réaliser le double l’an prochain.

Les modèles de la collection Refuge S750, qui vont de 750 pi2 à 1100 pi2, attirent beaucoup l’attention, constate-t-il. Ceux de 786 pi2, qui seront construits en 2021, coûtent par exemple 149 000 $, tandis que ceux de 816 pi2 coûtent 158 000 $ (toujours taxes en sus, finis à l’intérieur, certification LEED visée, livrés et installés). Cela ne comprend toutefois ni le terrain, ni la fosse septique, ni la fondation, ni le système de traitement de l’eau.

Démocratiser l’architecture écologique

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

L’agence Para-Sol a aussi conçu le modèle Éco-Habitat S1600, qui figure dans la collection de Kits Écohabitation. Cette maison écologique a été construite en usine par Bâtiment Pré-Fab pour un client, qui s’y connaît en la matière : Emmanuel Cosgrove, directeur général d’Écohabitation.

Les architectes David Giraldeau et Alexandre Guilbeault, cofondateurs de l’agence Para-Sol, désirent tous deux rendre l’architecture contemporaine plus accessible. C’est pourquoi ils ont répondu à l’appel d’Écohabitation. Les deux modèles de maisons préfabriquées écologiques qu’ils ont conçus représentent le style d’habitations qu’ils aimeraient habiter, s’ils s’installaient en pleine nature. Le Refuge S750 (construit par Énergéco Concept) et Éco-Habitat S1600 (construit par Bâtiment Pré-Fab) sont de gabarits très différents.

« Les chalets bien pensés, qui n’exigent pas beaucoup d’entretien, répondent aux besoins actuels des gens, qui cherchent à s’échapper de la ville, souligne David Giraldeau. Les chalets n’ont pas besoin d’être grands. Mais tout dépend des municipalités, qui ont chacune leur propre réglementation. »

Écohabitation, qui accompagne et jumelle les firmes d’architecture et les constructeurs de maisons usinées écologiques, agit à titre d’intermédiaire. L’organisme à but non lucratif ne vise pas une production à grande échelle, précise son directeur général, Emmanuel Cosgrove, qui est évaluateur sénior LEED Canada pour les habitations.

« L’idée, c’est que les gens s’informent et demandent une soumission pour voir que le coût d’une maison de haute performance conçue pour notre climat nordique, par des architectes, est très concurrentiel, dit-il. Ce que j’aime bien avec nos kits, c’est qu’on y retrouve tout ce qu’on prêche à un prix où tout sera inclus, et aucun compromis ne devra être fait en cours de route. »

ILLUSTRATION FOURNIE PAR L’ABRI

L’Abri veut contribuer à rendre l’architecture durable de qualité plus accessible. Voici un aperçu du modèle que des créateurs de l’agence sont en train d’élaborer, en collaboration avec Écohabitation.

Les agences Para-Sol Architecture et développement, Maryse Leduc Architecte + Designer, Studio MMA Architecture + Design et L. McComber Architecture vivante proposent des modèles très différents les uns des autres. D’autres firmes vont s’ajouter bientôt, dont L’Abri et Appareil Architecture.

« L’exercice nous force à parvenir à démocratiser l’architecture durable de qualité, indique Nicolas Lapierre, associé fondateur de la firme L’Abri. C’est intéressant, parce qu’il faut adapter, à une chaîne de production, certains détails de construction, qui ne sont pas standards pour atteindre l’excellence en performance énergétique. Il faut trouver le seuil pour réaliser une maison hyper performante avec un design attrayant, qui aura un prix concurrentiel et ne rejoindra pas seulement des amateurs d’architecture. C’est avantageux du point de vue environnemental si on met au point un modèle de haute performance avec un faible bilan carbone, qui sera construit de façon multiple. »

PHOTO FÉLIX MICHAUD, FOURNIE PAR APPAREIL ARCHITECTURE

L’équipe d’Appareil Architecture a amorcé sa réflexion sur les chalets lorsqu’elle a réalisé le Grand-Pic, en 2017, dans les Cantons-de-l’Est.

Appareil Architecture, qui a soulevé beaucoup d’intérêt avec le chalet Grand-Pic, réalisé en 2017 dans les Cantons-de-l’Est, veut aussi profiter de l’occasion pour rendre son univers accessible.

« Nous avons une approche clés en main, pour que les clients ne se cassent pas la tête », indique la fondatrice de l’agence, Kim Pariseau, qui cumule des formations en architecture et en design intérieur. Nous offrons l’enveloppe du bâtiment, mais aussi les luminaires et le mobilier, jusqu’à la table et les chaises, en partenariat avec des fabricants et des artisans locaux. Tout est réfléchi dans son ensemble, parce que nous avons un impact à différents niveaux. Le Grand-Pic a été le début de notre questionnement sur le chalet. Nous avons le goût d’amener quelque chose de différent, avec un côté écologique et un design à plus grande échelle. »

Un modèle à la fois, Écohabitation se rapproche du but : redéfinir le design nordique. « Regardez-nous aller, dit Emmanuel Cosgrove. Les Scandinaves vont acheter nos kits et les installer en Suède et en Norvège ! »

> Consultez le site d’Écohabitation

> Consultez le site d’Énergéco Concept

> Consultez le site de Para-Sol

> Consultez le site de L’Abri

> Consultez le site d’Appareil Architecture

> Consultez le site de Maryse Leduc Architecte + Designer

> Consultez le site de Studio MMA Architecture + Design

> Consultez le site de L. McComber Architecture vivante