Et si les filets n’étaient pas réservés qu’aux trapézistes ? Les architectes de Robitaille Curtis ont décidé de se lancer dans le vide et d’intégrer un filet en plein cœur de leur design, dans la rénovation d’une maison de Westmount.

Sophie Ouimet Sophie Ouimet
La Presse

Quand les architectes ont été mandatés pour rénover cette maison montréalaise, ils ont tout de suite vu qu’elle avait besoin de beaucoup d’amour, mais que tout le potentiel était là. Surtout que trônait déjà, au centre, l’atrium de presque 10 m de haut qui allait devenir le cœur du projet.

« L’atrium existait dans la maison originale, mais celle-ci était vraiment fatiguée et démodée, lance l’architecte Andrew Curtis, cofondateur de la firme avec Sophie Robitaille. Nous avons élargi l’atrium pour qu’il soit plus intéressant spatialement. Il est ainsi vite devenu le point focal de tout le projet. »

La maison respirait déjà mieux, ainsi ouverte sur trois étages et surmontée d’un puits de lumière qui en traverse toute la largeur. Mais encore fallait-il prévoir des garde-corps tout autour de cet atrium. C’est ainsi que l’idée du filet a commencé à se faufiler dans la tête des créateurs.

PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR LES ARCHITECTES

Les aires de vie sont organisées autour de l’atrium. La chambre principale se situe au deuxième niveau, alors que les chambres des enfants et leur salle de jeu se trouvent au troisième et dernier niveau.

Suspendu au-dessus du vide

Au troisième niveau se trouvent les chambres des enfants, ainsi qu’une salle de jeu. « On s’est dit : peut-être qu’on peut éliminer les garde-corps au dernier niveau et en faire un espace plus ludique et unique, en mettant un filet au-dessus du vide », résume Andrew Curtis.

Ils ont trouvé un fabricant en Alabama, aux États-Unis, qui fournit les filets des acrobates du Cirque du Soleil. Ce fabricant les a ensuite mis en contact avec un professionnel du Cirque, qui a installé le filet et s’est assuré qu’il était sécuritaire.

Le résultat n’est peut-être pas aussi élastique qu’ils l’avaient imaginé, mais en contrepartie, la toile s’avère étonnamment confortable. « Le filet est vraiment solide, assure l’architecte. Et il ne rebondit pas comme un trampoline le ferait : c’est plus comme s’étendre dans un hamac. »

Même si le look est simple et épuré, on comprend entre les mailles qu’il s’agit d’une prouesse technique.

Cela a requis beaucoup d’ingénierie et d’efforts. Au bout du compte, c’est l’une de ces interventions minimales qui sont beaucoup moins simples qu’elles n’en ont l’air !

Andrew Curtis

PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR LES ARCHITECTES

Au-dessus du foyer se déploie une bibliothèque sur deux étages qui accentue la verticalité et attire le regard vers le haut.

Et les propriétaires, eux ? « Ça n’a pas été évident de les convaincre au début, mais ils aimaient l’esthétique, donc ils étaient plus que prêts à prendre le risque », souligne Andrew Curtis.

Du bois pour réchauffer l’atmosphère

Au deuxième niveau, ce sont de minces lattes de bois verticales qui jouent le rôle de garde-corps. Celles-ci se prolongent même jusqu’au pied de l’escalier, au rez-de-chaussée. « Le bois vient réchauffer l’intérieur un peu, qui est autrement très blanc et moderne », poursuit l’architecte.

L’autre élément qui accentue la verticalité des lieux est la bibliothèque qui court sur deux étages, au-dessus du foyer central. Une échelle permet d’accéder aux livres et objets qui sont hors de portée, mais elle donne aussi du caractère à l’espace, selon son créateur. « C’est une échelle personnalisée que nous avons fait faire à partir de pièces d’acier. Je trouve que l’acier noir, le bois et même les petites roulettes rouges font partie intégrante de la composition. »

Aujourd’hui, la maison est occupée par une autre famille, mais le garde-corps inusité du troisième niveau est toujours aussi populaire. Les architectes ne regrettent certainement pas de s’être lancés dans le vide comme ils l’ont fait, parce que de toute façon, c’est bien toute l’utilité d’un filet, n’est-ce pas ?