Les tours d’habitation ont beau avoir d’abord comme objectif d’augmenter la densité en ville, rien ne les empêche d’être également inventives, surprenantes, inspirantes ! Nous avons demandé à quelques architectes d’ici de nous donner leurs coups de cœur aux quatre coins du monde. Tour d’horizon.

Sophie Ouimet Sophie Ouimet
La Presse

De la végétation dans les tours d’habitation

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La tour Bosco, à Milan

Tour Bosco, Milan (Italie)

Architecte : Stefano Boeri

Ce n’est pas parce que l’on construit un immeuble en hauteur que la nature doit rester au sol. La tour Bosco, à Milan, est un bon exemple d’intégration de la verdure dans les tours d’habitation, croit l’architecte Jean-François St-Onge, cofondateur de la firme ADHOC. « L’idée, c’était d’emmener un jardin sur l’ensemble des unités d’habitation, même si on habite au 20e étage », explique-t-il. Le projet, constitué de deux tours de 76 m et 110 m de hauteur, contient deux hectares de forêt à lui seul — constituée d’arbres, d’arbustes, de plantes… —, en plein milieu de la ville polluée italienne de Milan.

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La tour Bosco, à Milan

« Vu le peu d’espace disponible et le coût du terrain, je pense que les conditions urbaines exigent que l’on vive en hauteur, poursuit l’architecte. Mais on peut le faire sans laisser de côté l’idée de rapprocher l’humain de la nature. Pour moi, c’est une très belle réponse aux tours vitrées assez austères qu’on voit normalement en ville. »

Pour intégrer le stationnement harmonieusement

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Dans le projet Mountain Dwellings, les habitations s’empilent en escalier au-dessus des stationnements.

Mountain Dwellings, Copenhague (Danemark)

Architectes : BIG (Bjarke Ingels Group) et JDS (Julien De Smedt)

Dans les projets de condos, la question du stationnement arrive toujours comme une contrainte ennuyeuse. Mais pas dans le complexe Mountain Dwellings, à Copenhague, où le stationnement occupe pourtant les deux tiers de la superficie du projet — sans que ça paraisse.

Les architectes des agences BIG et JDS ont plutôt décidé d’utiliser le parking comme base de la tour de logements, sur laquelle les habitations viennent se poser en escalier. « Au lieu de mettre comme à l’habitude le stationnement en sous-sol et les logements aux étages, ils ont combiné ça de façon intelligente, à la manière d’un flanc de colline. Le stationnement est recouvert d’une couche de logements, en cascade », résume l’architecte et conseiller professionnel en architecture Nicolas Marier, qui nous a désigné ce projet situé dans le quartier Orestad, un peu à l’écart du centre-ville de la capitale danoise.

De plus, chaque appartement possède son toit-terrasse face au soleil. « Ç’aurait pu être un ennuyeux parking, avec des blocs de logements tout à fait banals ! C’est plutôt assez hallucinant comme projet. »

Pour une ville verticale (en bois)

PHOTO FOURNIE PAR DANIEL PEARL

C’est à Brumunddal, en Norvège, que se trouve le plus haut gratte-ciel en bois du monde.

Tour Mjostarnet, Brumunddal (Norvège)

Architectes : Voll Arkitekter

Cette tour haute de 85 m, achevée en mars dernier, est officiellement devenue le plus haut gratte-ciel en bois dans le monde. Et bien que cette caractéristique soit importante aux yeux de l’architecte Daniel Pearl, professeur agrégé à l’École d’architecture de l’Université de Montréal et associé à la firme L’ŒUF, ce n’est pas la seule raison qui a guidé son choix.

Il est aussi impressionné par les fonctions qui habitent l’édifice, à la fois hôtel, bureaux et habitations, et qui contient également un restaurant et une piscine. « La tour est comme une ville verticale, il y a une mixité à même le bâtiment, explique l’architecte, qui a visité le projet cet été au cours d’un voyage en Norvège. Très souvent, les tours qui sont faites en béton ont un problème de gaz à effet de serre très élevé à cause du ciment. Alors, c’est une approche fascinante d’utiliser des matériaux qui captent du carbone au lieu de causer plus de problèmes de GES. »

Pour le design sobre (mais pas nécessairement abordable)

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Le 432, Park Avenue, s’élève sur New York avec sa silhouette effilée parfaitement carrée.

432, Park Avenue, New York (États-Unis)

Architecte : Rafael Vinoly

L’architecte Nathalie Thibodeau a un faible pour l’architecture sobre, pas trop bavarde, qui passe l’épreuve du temps. C’est pourquoi elle nous a proposé quelques projets qui, selon elle, s’inscrivent à l’opposé de l’architecture-objet qui est à la mode ces temps-ci. « Je me disais que la contrepartie de cette tendance, c’est l’architecture minimaliste, où on va aller à l’essentiel et qui va mettre en valeur le paysage ; tout est mis sur le regard, et non pas sur l’usage », dit-elle.

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Le 432, Park Avenue, à New York

L’un des projets qu’elle a suggérés est le 432, Park Avenue, à Manhattan. Il s’agit d’une longue tour effilée qui marque le skyline new-yorkais avec son design parfaitement épuré. « C’est super intéressant, ce projet-là, parce que le plan est un carré très petit, qui monte extrêmement haut dans le paysage, affirme Nathalie Thibodeau. Cette tour a poussé comme un champignon entre deux visites à New York ! C’est assez incroyable. »

Pour l’audace

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L’Arbre blanc domine le ciel de Montpellier dans toute sa blancheur, avec son réseau de balcons semblables à des branches.

L’Arbre blanc, Montpellier (France)

Architecte : Sou Fujimoto (avec Nicolas Laisne, Manal Rachdi et Dimitri Roussel)

Nicolas Marier a choisi ce projet situé à Montpellier, en France, pour son originalité. « Ça s’appelle L’Arbre blanc, on le comprend bien quand on voit l’image, avec son espèce de réseaux de branches qui est tissé par les balcons », décrit-il. C’est aussi la rencontre d’un style plus méditerranéen, d’un blanc immaculé, avec l’architecture du Japon, d’où vient son créateur principal.

« Je pense que ça va devenir rapidement un bâtiment iconique, mais il reste à faire la preuve de la façon dont on va vivre à l’intérieur de ces unités-là », souligne Nicolas Marier.