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Plantons des arbres

Esquisse dessinée par Pierre Thibault... (ILLUSTRATION FOURNIE PAR PIERRE THIBAULT)

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Esquisse dessinée par Pierre Thibault

ILLUSTRATION FOURNIE PAR PIERRE THIBAULT

Pierre Thibault

Collaboration spéciale

La Presse

Une fois par mois, l'architecte Pierre Thibault fait partager ses réflexions sur nos lieux de vie.

J'aime les arbres et j'adore en planter. Au moment d'en mettre un en terre, j'ai une relation particulière avec l'environnement qui m'entoure. Je ne pense à rien, je suis entièrement dévoué à l'arbre. Cela me procure un état de grande sérénité. C'est sûrement une des raisons pour lesquelles j'ai planté des milliers d'arbres dans ma vie. Ce n'est rien si l'on me compare à mon oncle Herman, qui en a planté plus de 100 000. À 89 ans, il est encore en grande forme, bien droit comme un beau chêne. C'est impressionnant!

Les arbres me font du bien, mais surtout, les arbres nous font du bien. Une étude a démontré1 que vivre à proximité des arbres fait gagner sept ans de vie. La présence des arbres aurait donc un impact positif sur nos vies. Les enfants qui habitent à proximité d'un parc réussiraient, en moyenne, mieux à l'école. C'est pourquoi en Suède, il doit y avoir, près de chaque école, au minimum un mètre carré de nature par élève. C'est bien différent de la grande majorité des cours de nos écoles.

Cette année, je suis retourné voir mon école primaire. Je n'y ai remarqué aucun changement à l'intérieur, ni même à l'extérieur. La directrice me racontait que les classes orientées vers l'ouest présentaient un important problème de surchauffe en après-midi. Si nous avions planté des arbres pendant mon enfance, nous ne ferions pas face à ce problème aujourd'hui. Les arbres créent un écran idéal contre la lumière trop ardente, en plus d'une présence apaisante en classe pour les élèves. Cette situation est récurrente dans de nombreuses écoles. Il suffirait de commencer dès le prochain printemps une campagne de plantation d'arbres autour de nos écoles pour créer de beaux écrans de verdure et ainsi réduire les îlots de chaleur. Les élèves pourraient évidemment être mis à contribution. Comme il y a plus de 2000 écoles au Québec, nous pourrions facilement planter 100 000 arbres en fonction de l'espace disponible. Le coût serait minime par rapport aux bienfaits.

Le bouleau planté par Pierre Thibault est devenu... (PHOTO FOURNIE PAR PIERRE THIBAULT) - image 2.0

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Le bouleau planté par Pierre Thibault est devenu grand.

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE THIBAULT

À la campagne, j'ai planté près de 1000 arbres autour de ma maison en un peu plus de 10 ans. Ça semble énorme, mais c'est environ une centaine par année. La majorité des arbres sont transplantés depuis les boisés environnants. Il n'y avait aucun arbre avoisinant la résidence au départ, alors qu'on y retrouve maintenant une véritable forêt. La croissance a été phénoménale. Par exemple, j'ai laissé une ouverture dans la terrasse à l'entrée de la maison pour y planter un bouleau de ma taille. Douze ans plus tard, il fait six fois ma hauteur. Je suis accueilli par un arbre élégant qui me salue. Maintenant, je fais ce que je nomme ma «marche d'arbres». J'aime bien, le samedi matin après mon café, aller les visiter. C'est tellement apaisant.

Tous les printemps nous offrent des moments magiques: la croissance des bourgeons et l'éclosion des feuilles. Chaque arbre a ses propres particularités. On peut penser à la feuille dentelée du chêne ou encore aux aiguilles fines du mélèze. 

Et bien sûr, à l'automne, on assiste à un festival de couleurs qui changent tranquillement. Au fil des ans, je remarque ceux qui jaunissent plus rapidement. Parfois, même deux arbres d'une même variété poussent différemment.

Depuis que j'ai lu La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, j'essaie de comprendre pourquoi, comme on le sait maintenant, les arbres échangent et communiquent par leurs racines. Cette entraide pour faire face aux difficultés a une répercussion impressionnante sur leur vie. C'est un bel exemple de collaboration. Pour cette raison, je plante mes arbres en groupe. Je ne veux pas en laisser un vivre seul. D'ailleurs, c'est fascinant comme ceux que j'ai regroupés en équipe poussent réellement plus rapidement.

Les arbres sont précieux en ville, notamment dans... (PHOTO FOURNIE PAR PIERRE THIBAULT) - image 3.0

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Les arbres sont précieux en ville, notamment dans les parcs.

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE THIBAULT

Devant ces bienfaits, c'est à se demander pourquoi on ne plante pas plus d'arbres autour de nos écoles, bien sûr, mais aussi dans nos villes en général. Les arbres absorbent les gaz à effet de serre et réduisent l'émission de protoxyde d'azote, ce qui aide à réduire les changements climatiques. Ils améliorent la biodiversité de l'air et des sols. Les arbres aident à assainir lacs et rivières et participent à la rétention d'eau. Les arbres diminuent les coûts de climatisation et peuvent même parfois la remplacer. D'ailleurs, la ville de Copenhague va planter 100 000 arbres d'ici 2025 pour son plan de neutralité carbone.

Il y a tellement de beaux moments vécus à côtoyer des arbres. Cet été, en arrivant dans le village de New Carlisle par une chaude journée, j'ai été tellement impressionné de voir un village avec autant d'arbres par rapport aux autres que je venais de traverser. C'était plus frais, il y avait toute cette verdure autour de nous et le bruit du vent dans les feuilles. Notre environnement était complètement transformé pour le mieux. Je pourrais aussi vous parler de Buenos Aires avec ses arbres immenses, des arbres tout le long de La Rambla à Barcelone, et tant d'autres encore.

Et pourquoi se priver des bienfaits? Je suis prêt à épauler ceux qui souhaitent voir notre canopée prendre de l'ampleur pour notre plus grand bien collectif. Le temps de la plantation approche. Faisons-nous plaisir pour le bien-être de notre planète.

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1 Neighborhood Greenspace and Health in a Large Urban Center, Kardan et coll., University of Chicago, 2015




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