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La maison rose

La maison rose, comme elle est affectueusement appelée,... (Photo David Boily, La Presse)

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La maison rose, comme elle est affectueusement appelée, attire les regards.

Photo David Boily, La Presse

Certaines maisons anciennes attisent la curiosité. C'est le cas de plusieurs demeures patrimoniales, le long du chemin de la Côte-Saint-Antoine, à Notre-Dame-de-Grâce et Westmount. Voici l'histoire de l'une d'entre elles, la maison rose.

Pour l'amour du passéLa maison rose, comme elle est affectueusement appelée, attire les regards. Collée contre le trottoir à l'intersection du chemin de la Côte-Saint-Antoine et de l'avenue de Vendôme, à Notre-Dame-de-Grâce, elle se dresse fièrement, indifférente au passage des voitures, qui ont remplacé les calèches. Visite avec sa propriétaire, qui y habite depuis presque 60 ans!

Patricia Claxton connaît chaque recoin de la célèbre maison aux briques d'un rose bonbon. Et pour cause: elle y a emménagé en 1959, alors que ses fils David et Ted n'avaient que 5 et 3 ans. Sans s'en douter, en prenant le flambeau que lui tendait son beau-père, Brooke Claxton, propriétaire de l'habitation depuis 1925, elle s'inscrivait à son tour dans l'histoire peu commune de la demeure patrimoniale.

C'est avec plaisir qu'elle nous a fait visiter sa maison, littéralement de la cave au grenier. «C'est dommage d'avoir tout cela et que ce soit caché», a souligné la traductrice émérite, qui traduit encore de la poésie à 88 ans.

«Tout cela» fait évidemment référence aux nombreux éléments qui trahissent les différentes époques de la construction de son domicile. Selon plusieurs sources, le carré original daterait de 1698 et remonterait à Michel Descaris, le deuxième enfant de Jean Descaris dit le Houx, arrivé en Nouvelle-France avec Jeanne Mance en 1650 et faisant partie des braves colons qui se sont établis à l'extérieur des murs de Ville-Marie afin de cultiver la terre.

Sans cérémonie, faisant fi du danger, l'octogénaire descend le vieil escalier abrupt menant dans la cave, dont la partie la plus ancienne est en terre battue. Dans cette section, outre les impressionnants troncs d'arbres, qui soutiennent le plancher du rez-de-chaussée, la présence de meurtrières percées dans un épais mur de pierre des champs frappe l'imagination.

«C'est plein de surprises ici», souligne Mme Claxton, en se rendant dans la cuisine, aménagée derrière la section originale de l'habitation. Un mur de pierre des champs sépare la cuisine du salon. «La porte d'entrée se trouvait à l'arrière, au début», précise-t-elle, en montrant l'ouverture dans le mur.

La maison a été entièrement recouverte de brique lorsqu'elle a été agrandie, vers 1870, gagnant une bibliothèque et une salle à manger, à gauche de la porte d'entrée. En héritant de la maison, Félix Décarie devait en effet respecter la volonté de son père Joseph et l'envelopper de briques provenant de la briqueterie de ses deux frères. Les traces de pattes de petits animaux, visibles à certains endroits, témoignent de la fabrication artisanale des briques, séchées au soleil.

Mme Claxton a elle aussi mis son empreinte dans la maison, changeant la plomberie, modifiant la direction de l'escalier menant à l'étage, modernisant la cuisine et remplaçant les meubles victoriens de son beau-père par des meubles et accessoires anciens, choisis avec soin chez des antiquaires surtout des Cantons-de-l'Est. Elle est particulièrement fière des grandes portes de la penderie, dans sa chambre, dénichées dans un chantier, qu'elle a elle-même décapées, tout comme les poutres du plafond dans la cuisine.

C'est dans son bureau à l'étage, par ailleurs, qu'elle a traduit du français vers l'anglais les deux ouvrages liés à Gabrielle Roy qui lui ont chacun valu un Prix du Gouverneur général, en 1987 et 1999.

Le salon, aménagé dans la partie la plus... (Photo David Boily, La Presse) - image 2.0

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Le salon, aménagé dans la partie la plus ancienne de la maison, est la pièce préférée de Patricia Claxton. Elle aime s'y asseoir pour lire. À noter : l'armoire ancienne à l'arrière, que Mme Claxton a décapée, et les lampes, faites à partir des chandeliers.

Photo David Boily, La Presse

Sa maison rose, elle ne la verrait pas autrement. Le voisinage non plus, a-t-elle constaté il y a quelques décennies quand il a fallu repeindre l'extérieur. Depuis quand la demeure arbore-t-elle sa couleur inusitée? Elle l'ignore. Mais selon Janet S. MacKinnon, auteure d'un mémoire de maîtrise sur les habitations construites le long du chemin de la Côte-Saint-Antoine entre 1675 et 1874, Brooke Claxton, ancien ministre de la Défense au gouvernement fédéral, était propriétaire de la demeure lorsque les briques ont été peintes, à la fin des années 30 ou au début des années 40.

Une maison pas comme les autres

La demeure est d'un calme surprenant, malgré sa proximité avec le trottoir, qui témoigne du changement du tracé de la route et de son élargissement, au fil du temps. «Je n'enlève pas les fenêtres doubles», révèle Patricia Claxton, qui n'a aucune envie d'habiter ailleurs. À son grand soulagement, son fils cadet veut un jour prendre la relève et rénover la maison à son tour pour s'y installer.

«C'est l'héritage familial, c'est spécial», souligne Ted Claxton, avocat sénior chez Aust Légal, spécialisé en droit commercial. Le fait d'avoir grandi dans une demeure patrimoniale n'est pas étranger au fait qu'il ait effectué un baccalauréat en histoire.

«J'étais conscient très jeune que la maison n'était pas comme les autres. Petit garçon, j'avais plein d'histoires dans la tête.»

«Les meurtrières dans la cave me faisaient penser aux gens qui se défendaient contre les Amérindiens. J'ai toutes sortes de souvenirs!»

La maison, construite et rénovée à différentes époques, n'est pas un musée, fait-il remarquer. Le défi sera d'atteindre un équilibre entre le nouveau et l'ancien. C'est surtout l'arrière de la maison, où se trouvent notamment la cuisine et un escalier en colimaçon ajouté pour des fins de sécurité, qu'il a l'intention de transformer.

«Le mur en pierre dans la cuisine sera mis en valeur», indique-t-il.

Il caresse aussi un autre projet: retracer des semences du fameux melon de Montréal, cultivé par des membres de la famille Décarie et servi dans les plus grands hôtels à Montréal, Boston et New York au tournant du XXe siècle. En les plantant, il souhaite perpétuer une autre facette de l'histoire de Notre-Dame-de-Grâce.

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Sources: Grand répertoire du bâtiment bâti de Montréal, Ville de Montréal; documents réalisés par la Société d'histoire de Westmount.




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