La critique de restaurants prend un nouveau virage à La Presse. Comme toujours, nos critiques vous racontent leur expérience en soulignant les bons et, parfois, les moins bons coups. Mais nous vous expliquons désormais le choix d’un restaurant ou d’un autre. Nous vous présentons aussi l’équipe en salle et en cuisine. Cette semaine : le restaurant Lundis au soleil.

Ève Dumas
Ève Dumas La Presse

Pourquoi en parler ?

Le restaurant Lundis au soleil a ouvert (et a été refermé aussitôt) en mars 2020. Dur coup pour l’équipe. Et puis, plus récemment, pour ajouter au contexte déjà particulier que l’on sait, la belle façade vitrée à l’angle des rues Jarry et Saint-Hubert a été défigurée par un chauffard qui a pris la fuite. Mais qu’à toute cette étrange fortune ne tienne, l’adresse est rapidement devenue un réel soleil sur Villeray et est fort appréciée par une clientèle d’habitués. On s’y sent comme chez soi.

Qui sont-ils ?

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Karina Tétrault, Charles Thibault, Olivier Martinez et le chef Frédéric Bourgault forment le noyau des Lundis au soleil.

Travailler ensemble dans un établissement où on va au front les coudes serrés à chaque service, ça crée forcément des liens. Karina Tétrault, Charles Thibault et Olivier Martinez, un trio d’anciens de la très populaire Buvette chez Simone, ont considéré qu’ils étaient assez solidement liés pour créer leur propre « maison ». Les trois font du service, et c’est le premier qui achète les vins. Ils ont emmené le chef Frédéric Bourgault (Buvette, Café Parvis, Furco) avec eux.

Notre expérience

  • Le flétan sur crème de maïs, avec algues de la Gaspésie et tomates, était un des plats au menu des dernières semaines.

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    Le flétan sur crème de maïs, avec algues de la Gaspésie et tomates, était un des plats au menu des dernières semaines.

  • Cet « à-côté » est composé de pommes de terre nouvelles cuites, écrasées, puis frites, unies à des chanterelles par un beurre à la dulse (une algue) qui fond et les enrobe.

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    Cet « à-côté » est composé de pommes de terre nouvelles cuites, écrasées, puis frites, unies à des chanterelles par un beurre à la dulse (une algue) qui fond et les enrobe.

  • Le bar rose met immédiatement un sourire aux lèvres.

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    Le bar rose met immédiatement un sourire aux lèvres.

  • Le local à l’angle des rues Jarry et Saint-Hubert est très vitré et lumineux.

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    Le local à l’angle des rues Jarry et Saint-Hubert est très vitré et lumineux.

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Tel un groupe de musique qui se fait sans cesse réclamer son plus grand succès, le chef se fait déjà commander certains plats à répétition, comme le poulet plancha et le ragoût de maïs, qui en est à sa troisième version depuis l’ouverture. Le premier est une belle pièce de volaille pressée à la peau divinement croustillante, servie dans un jus de viande bien concentré. Le deuxième, qui ne figurera peut-être plus au menu pour cause de fin de saison, est une crémeuse préparation de maïs relevée à la confiture de tomate au piment habanero et au poivron. Il y a aussi de la courgette jaune et du maïs soufflé en garniture. Si la nostalgie était un plat, elle se partagerait entre ces deux assiettes.

Le menu évolue sans cesse. Le maquereau mangé il y a deux semaines, servi avec de surprenants épinards de malabar — une plante semi-succulente bien charnue et grasse –, des épinards à grande feuille, une purée d’aubergines noircies et une grande « frite » d’aubergine, s’en est déjà allé.

Mais peut-être pourrez-vous vous rabattre sur le délicieux flétan sur crème de maïs, avec algues de la Gaspésie et tomates. L’ingrédient le plus percutant de cette composition est aussi le moins apparent : de tout petits boutons de marjolaine marinés comme des câpres qui explosent d’un parfum mariant coriandre et sauge. On aime que Frédéric Bourgault nous surprenne souvent avec de délicieux trésors méconnus de chez nous.

Ce qui porte le nom « Laitue, légumes verts » sur la carte semble être l’interprétation que fait le chef d’une salade, et c’est toujours excellent. Un quartier ou une demi-laitue, parfois grillé, est garni de plusieurs autres végétaux. Dans ce cas-ci : des mini-bouquets de brocoli ou de chou romanesco, de la courgette, de l’oignon vert, etc. Toute cette belle verdure flotte sur une crème d’ail et de babeurre, avec quelques gouttes d’huile de fleur d’aneth ajoutant encore une touche de vert, et beaucoup de goût.

Côté féculent, on peut toujours opter pour des frites. C’est difficile d’y résister. Mais nous avons choisi une proposition plus travaillée, à savoir les pommes de terre nouvelles cuites, écrasées, puis frites, unies à des chanterelles par un beurre à la dulse (une algue) qui fond et les enrobe.

Il n’y a pas à dire, ici, la cuisine réussit l’équilibre parfait entre créativité et réconfort. C’est peut-être un peu moins le cas quand vient le temps des desserts, par contre. Il y en a trois à l’ardoise. Nous choisissons une composition de rhubarbe, de pêches plus ou moins à point et de meringue concassée qu’un sirop de basilic domine un peu trop. La crème prise au babeurre a un goût délicat et une texture soyeuse qui réjouissent. Mais le biscuit aux brisures de chocolat qui l’accompagne perturbe un peu la subtilité de l’affaire.

Dans notre verre

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Voici le genre de vin que vous boirez aux Lundis : une cuvée bien spéciale des Pervenches, un gourmand pinot noir catalan et une bulle rosée autrichienne plus vive que l’éclair.

Qui dit anciens de la Buvette dit bien sûr grands amateurs de vins d’artisans. La carte est assez courte, mais les choix sont sûrs. Charles nous a recommandé le Palhete du domaine Vale de Capucha. Cofermentation d’un cépage rouge (dans ce cas-ci le castelhino) avec un peu de cépage blanc (arinto), le Palhete est un jus léger d’origine portugaise qui plaît énormément aux amateurs de vins de soif. Cette bouteille compte parmi les meilleures qu’on ait bues dans les derniers mois. Le vin explose de griottes, de poivre rose et de notes florales, un délice qui accompagnait à merveille l’ensemble du repas. L’équipe souhaite bientôt donner un peu plus d’amour à son offre de cocktails classiques et de bières en fût. On vous avoue humblement n’y avoir même pas jeté un œil, tant on savait que le vin était LA chose à boire ici.

Combien ?

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Côté déco, les Lundis font dans le minimalisme, avec un souriant bar rose et de nombreuses plantes pour toute ornementation.

Les prix sont presque déraisonnablement raisonnables aux Lundis au soleil. Les plats les plus chers sont à 18 $ et 19 $, incluant les taxes. Plusieurs autres sont facturés à 10 $ ou 12 $. On peut se permettre de prendre une bouteille un peu plus chère, peut-être ? Même là, la majorité des vins coûtent de 50 $ à 70 $, taxes incluses.

Détails notables

On vient ici pour la qualité, la gentillesse, le professionnalisme du service, pour l’assiette et pour le vin. C’est déjà beaucoup ! Côté déco, les Lundis au soleil font dans un minimalisme chaleureux, avec un souriant bar rose et de nombreuses plantes pour toute ornementation. On se sent vite comme chez soi. Les végétariens y ont leur place et peuvent facilement se composer un repas à partir des nombreux plats sans viande du menu. Les personnes à mobilité réduite sont bien accueillies ici, car l’entrée extérieure est dotée d’une rampe.

Informations

Ouvert du mardi au vendredi, de 11 h à 23 h (oui, on sert aussi le lunch, avec une carte plus courte de sandwichs et de salades), et le samedi, de 16 h à 23 h. Le restaurant n’accepte pas les réservations, sauf pour les petits groupes, en début de soirée.

801, rue Jarry Est, Montréal

Consultez le site du restaurant