(Paris) Des fois, c’est un détail qui fait la différence. En ce qui nous concerne, il a pris la forme d’une photo, collée dans les toilettes : un cliché du Capitaine Cosmos et de son assistant Vermicelle, vedettes de l’émission pour enfants les Satellipopettes, diffusée à Télé-Métropole dans les années 70.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Claude Steben est bien la dernière personne qu’on pensait voir sur les murs d’un restaurant parisien, fût-ce au-dessus des urinoirs.

Mais on a vite compris que chez Québecium, on ne laissait rien au hasard.

Ouvert en novembre dernier dans un bâtiment moderne et lumineux, près de la porte de Clichy, Québecium est la nouvelle expérience québécoise à Paris. Une expérience qui aurait bien pu s’arrêter à cause de la crise sanitaire, mais qui est parvenue à traverser le confinement envers et contre tout. Un petit miracle, considérant son tout jeune âge.

« Ce que je veux avec ce projet, c’est devenir ambassadeur du terroir et de la culture québécoise à Paris, explique Benjamin Berthiaume, qui a fondé Québecium avec trois partenaires [dont Jean-Michel Paquet, patron de la chaîne Küto au Québec]. Je voulais créer un lieu pour que les Québécois puissent se retrouver, mais aussi pour les Français, sans pour autant tomber dans les clichés folkloriques. Pour moi, l’idée c’était de réinterpréter tout ça, pour que ce soit aussi au goût des Parisiens. »

Comprendre qu’ici, le menu ne se limite pas aux habituels poutines, pâtés chinois et pain doré à grand-môman. Il y a ça, oui. Mais aussi des variations sur ces thèmes classiques, avec ingrédients plus « chic » comme les calmars, la saucisse de Morteau, la joue de bœuf, sans oublier le steak frites à la moutarde de sapin, la bière artisanale et les mojitos aux larmes de sirop d’érable.

En ce sens, Québecium n’est pas très différent d’autres restos québécois ouverts ces dernières années en France, qui font tous le pari de réinterpréter leur poutine à la sauce française.

Mais Benjamin Berthiaume est convaincu que sa proposition est la plus crédible, non seulement parce qu’il utilise des vraies crottes de fromage du Québec (« du Saint-Guillaume ! », précise-t-il), mais aussi parce que la plupart de ses concurrents sont Français, contrairement à lui.

PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE

Benjamin Berthiaume

Ils n’ont pas mangé de la poutine pendant 25 ans. Moi, je suis tombé dedans quand j’étais petit.

Benjamin Berthiaume, copropriétaire du restaurant Québecium

Natif de Saint-Hubert, Benjamin Berthiaume vit à Paris depuis 2006, lui qui a fait ses premières armes dans le domaine de la publicité avant de se reconvertir dans la restauration.

Il y a ce truc, aussi, que les autres n’ont pas : un lien émouvant à notre culture populaire.

Québecium possède ainsi un « lounge » inspiré de nos sous-sols finis typiquement « keb », avec des sofas, des murs en bois, une vieille télé et même un jeu de hockey sur table des années 80 qui a miraculeusement conservé sa rondelle en plastique !

À cette touche sympathique s’ajoute une déco sans équivoque, où se côtoient Plume Latraverse, Céline Dion, Serge Fiori, Gilbert Delorme, Steve Rogers, de vieilles pubs de Labatt et autres images tirées du magazine Le Lundi.

À prendre au premier ou au second degré, sans doute. Mais ces icônes pop ne laissent aucun doute sur le territoire dans lequel on se trouve.

Une place sur la scène parisienne

Pas évident de faire sa place dans le paysage sursaturé de la restauration parisienne. D’autant que Québecium se trouve dans un nouveau lotissement du 17e arrondissement (nord-ouest) où l’on ne passerait pas d’emblée.

Mais avec les réseaux sociaux, tout devient plus facile.

Des influenceurs ont déjà mentionné l’établissement sur Instagram ou sur YouTube. Le critique culinaire du Figaroscope, guide de sorties du journal Le Figaro, lui a aussi consacré une critique favorable.

Jusqu’ici, le message semble porter.

Le soir de notre visite, la place était pleine. On a parlé à de jeunes Françaises qui avaient vécu au Québec. À des Russes qui ne connaissaient de la poutine que leur président. À deux Canadiennes-anglaises en manque de Belle Province. Et à David Martel, un gars de Victoriaville de passage dans la Ville lumière. Il en a profité pour nous rappeler que le berceau de la poutine était bien « Warwick, et non Drummondville », un vieux débat qu’on n’osera pas relancer… surtout à Paris !

L’avenir ? Benjamin y pense déjà.

Il aimerait agrandir son épicerie fine, qui propose pour le moment les habituels vins de glace, produits de l’érable et autres vodkas québécoises. Il trouve cependant que les accords de libre-échange signés entre le Canada et la France n’avantagent pas l’importation de produits locaux québécois.

Il compte aussi lancer un service de livraison au bureau (très « in » à Paris) et envisage déjà d’ouvrir d’autres restos ailleurs en France. Un projet qu’il préfère garder secret… à un détail près : ces succursales « concept » auront des thèmes à saveur culturelle.

Plutôt Félix Leclerc ou plutôt Satellipopettes ?

La réponse au petit coin !

Québecium, 4, rue Bernard Buffet (17e arrondissement), Paris

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