(Québec) Un soleil radieux, la bière qui coule à flots et des terrasses agrémentées de clients, assis, occupés à manger. La Grande Allée à Québec avait des airs de quasi-normalité lundi, jour d’ouverture des salles à manger à l’extérieur de la grande région de Montréal.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Une petite tournée de La Presse dans la capitale a permis de constater une chose : si les clients semblaient moins nombreux qu’à l’habitude, ils étaient néanmoins au rendez-vous dans plusieurs établissements en ce jour tant attendu par bien des restaurateurs.

« À date, je suis content. Il y avait pas mal de monde pour le déjeuner, dont beaucoup d’amis venus m’encourager. Ça m’a ému », a expliqué le copropriétaire des restaurants Cosmos, Louis McNeil.

Sur la Grande Allée, la terrasse des 3 Brasseurs avait été réaménagée. Deux mètres séparaient les tables. Mais celles-ci étaient toutes occupées. Les gens profitaient du soleil avec, autour, un ballet de serveurs munis de visières.

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Une employée du restaurant Cosmos fait le service aux tables.

Un peu plus loin, au Grand Café, le propriétaire Christopher Chouinard regardait les clients avec un air de soulagement. Le calvaire qui a commencé le 23 mars avec la fermeture des salles à manger vient de prendre fin.

« Je suis satisfait. C’est un début. Même si on n’est pas complets, il y a des clients. Ils sont là, dit-il. On a quand même pas mal de réservations pour les soirs cette semaine, alors c’est encourageant pour le moment. »

À Québec, plusieurs restaurateurs ne partagent pas cet enthousiasme. Nombre d’entre eux ont décidé de ne pas rouvrir, surtout les plus petites salles. C’est le cas de plusieurs restaurants de la Basse-Ville, comme le populaire Nina Pizza.

Avec les mesures annoncées, l’expérience client ne sera pas là du tout. On n’a pas ouvert un resto pour faire manger les clients à toute vitesse.

Lucie Nadeau, copropriétaire du Nina Pizza

Le restaurant n’a tout simplement pas un nombre suffisant de places pour respecter les règles édictées par Québec tout en étant profitable, explique-t-elle.

« Ce n’est pas le même modèle d’affaires qu’un restaurant de 250 places, qui peut être rentable, note Lucie Nadeau. Faire rentrer des serveurs, des gens pour désinfecter, à la moitié de la capacité... C’est difficile d’être rentables. »

Comme d’autres établissements, Nina Pizza va se concentrer pour l’instant sur les plats à emporter, une avenue qui a permis à bien des restaurateurs de garder la tête hors de l’eau.

Des visières et du Purell

Les règles édictées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) sont claires.

Les clients doivent se désinfecter les mains à l’arrivée, les tables doivent être à une distance de deux mètres, les menus, les salières et les poivrières ne peuvent être manipulés par les clients... Les tables et les chaises doivent être désinfectées.

« Habitez-vous à la même adresse ? », demande une serveuse du Cosmos Sainte-Foy à un groupe de quatre clients. Les règles stipulent que jusqu’à dix personnes de trois adresses différentes pourront être assises à une seule et même table.

Ils étaient trois à vivre ensemble. C’est bon. La serveuse les conduit à leur table.

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Louis McNeil, copropriétaire du Cosmos

« Moi, je suis pas pire, j’ai 400 places avec la terrasse. Je tombe à 240 avec les règles, explique Louis McNeil, du Cosmos. C’est très intéressant. Je serais un fou dans une poche de ne pas l’essayer. »

« Si ça ne marche pas, ben j’irai faire de la peinture, qu’est-ce que tu veux ! lance celui qui est copropriétaire de cinq établissements. Mais je l’aurai essayé. On ne pourra pas être sur le respirateur artificiel une autre année. »

L’Association des restaurateurs du Québec (ARQ) dit suivre de près la réouverture des salles à manger hors du Grand Montréal. Celles de la métropole pourront rouvrir le 22 juin.

« Le début risque d’être tranquille », prévient François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’ARQ.

« Mais à la lumière de ce qui s’est passé ailleurs comme en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick ou en Saskatchewan, ç’a fini par repartir. Ils ne sont pas au même niveau qu’avant la pandémie, mais c’est pas si pire. »

Des repas offerts aux « anges gardiens »

Le restaurant le plus prisé en ville lundi était peut-être le Graffiti, avenue Cartier. Ce restaurant avait décidé de rouvrir en grand : le repas était offert gratuitement aux travailleurs de la santé.

« C’est un clin d’œil pour remercier ces gens qui travaillent très fort, pour souligner le travail exemplaire qu’ils ont fait », explique Henry Coindé, copropriétaire du restaurant Graffiti.

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Henry Coindé, copropriétaire du restaurant Graffiti

Toutes les tables sont pleines. Ses deux services du midi affichent complet. À un moment, deux préposés aux bénéficiaires arrivent. Ils n’ont pas de réservation. Pas grave, M. Coindé prend leur commande. Ils reçoivent leur plat de pâtes pour emporter.

« C’est gentil, c’est un beau geste, c’est apprécié, surtout après avoir travaillé dans les zones rouges », lâche Jessica Fortin en prenant le sac de papier.