(Lyon) Après deux mois et demi de sommeil, les minuscules bouchons lyonnais, temples de la gastronomie de cette région française, ont rouvert mardi le cœur lourd et dans la peur que les clients ne soient pas au rendez-vous.

Agence France-Presse

Tête de veau, andouillette, foie, pichet de Morgon... les « lyonnaiseries » sont plutôt des réjouissances d’hiver.

L’été, les bouchons tournent à moindre régime, mais maintiennent leur activité grâce aux touristes étrangers (Américains, Chinois, Australiens...) et à la clientèle professionnelle, de salons notamment qui ont tous été annulés en raison du coronavirus.

Alors, en remuant la sauce Nantua, une béchamel au beurre d’écrevisses idéale pour accompagner les quenelles, Arlette Hugon fait grise mine derrière son masque bleu-blanc-rouge.

« On a six réservations pour ce midi. Ce qui m’angoisse, c’est si on n’a que des tables de un ! », explique celle qui est une des dernières « mères lyonnaises » qui ont fait le succès de la gastronomie locale.

À l’intérieur, pour respecter le mètre de distanciation imposé par les autorités, les deux tiers des couverts ont été retirés.

Le premier client arrive à 11 h 50 pétantes. « C’est un grand jour, on a attendu ça pendant deux mois. Je suis un gros mangeur de lyonnaiseries et ce n’était pas évident d’en trouver pendant le confinement ni d’en faire soi-même », sourit Pierre-Arnaud Dervieux.

À quelques rues de là, François, un grand gaillard à la barbe grise était en terrasse du Bouchon Turpin depuis 10 h 30. « Merde, ça manque, manger en France, c’est une base quand même ! ».

Au Café des artisans, Muriel Ferrari, la patronne, craint de ne pas s’en remettre. Excentrée, elle est obligée de condamner une table sur deux dans son bouchon de 40 m² sans terrasse.

Mardi midi, huit clients, de fervents soutiens de cette femme de caractère, avaient fait le déplacement pour ses quenelles et son gâteau de foie de volaille.

Mais les Japonais qui remplissent sa salle habituellement, après que celle-ci a été mise à l’honneur par la télé nippone, ne sont pas prêts de revenir.

À table, Mapo Pecetto, qui tient une friperie un peu plus loin, se veut optimiste : « Je suis venue ce midi parce qu’on est hypersolidaire » dans le quartier. Pour s’en sortir, « faut vivre local, à fond ! », plaide-t-elle.