Pour un repas pas compliqué de pizza à la québécoise, avec des gens qui ont envie d’une cuisine bien riche.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Dans un univers montréalais où les pizzerias à la napolitaine font maintenant partie omniprésente du paysage, avec leurs fours à bois, leurs tomates fraîches et leur mozzarella crémeuse, l’idée de changer de registre n’est pas mauvaise.

On sait déjà où aller si on veut de telles créatures croûtées à la pâte à la fois mince et humide — en leur centre — et charnue et croustillante sur le pourtour, en commençant, par exemple, par toutes les succursales de la chaîne No. 900, sans oublier les Bottega, Elena, Magpie, Melrose et tant d’autres.

Alors au lieu d’essayer de reproduire encore la magie de la Campanie dans Villeray, donc, les gens du nouveau Vesta — qui ont déjà le GEMA dans la Petite Italie pour satisfaire ces désirs — ont décidé de plonger dans nos traditions italo-montréalaises. Ceux à qui ces noms disent quelque chose, pensez Paesano, pensez Da Giovanni. Pensez pizza avec beaucoup de fromage, de l’ail, du poivron vert. Pensez all dressed avec extra pepperoni.

Le lieu, rue Jarry Est, a été aménagé par les designers Ménard Dworkind, qui ont aussi signé le Miss Wong à Laval et les Ryu notamment. Murs de planches de bois peintes, tables couvertes de marbre, bancs de cuirette. On est dans le nostalgique, très joliment modernisé.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Le lieu, rue Jarry Est, a été aménagé par les designers Ménard Dworkind, qui ont aussi signé le Miss Wong à Laval et les Ryu notamment.

Pour le service, on fait appel aux sourires, parce que la rapidité n’est pas encore totalement au point. Les clients qui viennent chercher leur pizza sont nombreux. Ceux qui sont assis attendent un peu trop.

Sur la carte des vins, on remarque le choix volumineux côté crus naturels, mais limité côté bières, même si c’est la boisson classique pour accompagner la pizza. On a d’ailleurs choisi une excellente L’Ours de Trou du Diable, légèrement surette.

En entrée, on commence avec des rapinis et de la straciatella, donc de la mozzarella en filaments, un plat difficile à ne pas aimer, même si on voudrait que le fromage ait ce petit goût aigrelet qui caractérise la mozzarella en Italie.

Le plat de fritures — calmars et crevettes — avec sauce marinara — ail, tomates, oignons — se laisse manger tout seul. Il arrive très chaud et c’est ce qui permet à la pâte à frire, très légère, d’être croustillante en enrobant des fruits de mer juste assez cuits.

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La carte des vins propose beaucoup de choix côté crus naturels et vins de macération, mais peu côté bières.

Les pizzas arrivent ensuite, avec une certaine lourdeur.

La Filomena, une pizza blanche, est ensevelie sous la mozzarella et la ricotta, ce qui nous fait oublier le chou frisé, les épinards, le chou-fleur grillé et les olives qui la garnissent.

Même situation avec la JMK. La mozzarella nord-américaine et la fior di latte — qui ressemble à la mozzarella italienne quand elle est faite avec du lait de vache — ainsi que l’ail dominent sans élégance la pâte, avec sinon sauce tomate, pecorino, ail, basilic et origan.

Le plat de pâtes commandé n’est guère plus léger : des pennes — tubes coupés en biseau — à la crème, au pecorino, à la pistache, avec pesto en plus, qui croulent sous la richesse de la sauce. La crème était-elle nécessaire ? Je ne crois pas.

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Le Vesta revisite nos traditions italo-montréalaises.

De toute évidence, la maison fait le pari de la richesse des plats, non pas par les parfums, mais bien les crèmes et les fromages.

Au dessert, on choisit le gâteau aux noisettes sans glaçage, qui est soudainement très ascétique comparé au reste du repas, même si sa délicatesse accompagne parfaitement un bon café court. Le sundae, en revanche, revient sur le thème de l’abondance, avec une sauce au chocolat un peu collante qui m’a fait penser à celle des sundaes chez Arbic à Oka, à côté du 5-10-15, où on allait aussi jouer aux quilles quand j’étais enfant. À vous de voir si c’est un compliment. L’exotisme des cerises macérées et de l’énorme biscuit aux amandes ne transforme malheureusement pas la situation. 

Il y aura toutefois sûrement, à juste titre, des amateurs pour cette cuisine costaude qui ramène vaguement des souvenirs d’une époque culinaire un peu révolue. Peut-être pour le mieux.

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Les pizzas du Vesta ne sont pas dépourvues d’une certaine lourdeur, selon notre journaliste.

Notre verdict

On paie : Entre 9 $ et 17 $ pour les entrées, entre 14 $ et 19 $ pour les pizzas et entre 16 $ et 17 $ pour les pâtes. Aussi, les desserts vont de 8 $ à 12 $.

On boit : Des vins naturels surtout et un peu de bière — mais il pourrait y en avoir plus.

On se sent : Au cœur de l’action dans un restaurant bien vivant, bondé, piloté notamment par Michele Forgione et Stefano Faita — le gars des livres, de la télé et des sauces — dans un lieu qui pourrait être l’enfant légitime de GEMA et Tousignant, deux de leurs autres tables, puisqu’il s’agit d’une pizzeria à la québécoise.

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Au Vesta, oubliez les pizzas à la napolitaine, pensez plutôt pizza avec beaucoup de fromage et extra pepperoni.

On aime : Le lieu joliment aménagé.

On aime moins : La lourdeur de la cuisine.

On y retourne ? Pas moi, parce que je préfère la pizza à la napolitaine, mais d’autres apprécieront sûrement.

Vesta. 206, rue Jarry Est, Montréal.

>>> Consultez le site du restaurant