Souvent, trop souvent, je vais au resto et je trouve que la cuisine n'est pas à la hauteur des attentes créées par le décor, par ce qui est décrit sur le menu, par le fameux buzz qu'on fait mousser les réseaux sociaux, par l'atmosphère du lieu qui fait qu'on aurait tant envie de tout aimer.

MARIE-CLAUDE LORTIE LA PRESSE

Chez Nourri au beurre, à Boucherville, j'ai fait face à l'inverse.

On y mange plutôt bien. La cuisine du jeune chef David Godin-Pelletier est intéressante, généralement satisfaisante.

Mais l'atmosphère? Le décor? Même la typo du menu... À part la vaisselle en terre cuite magnifique de Gaia - comme au Mousso -, l'enveloppe manque de vitamines. Et c'est bien dommage, parce que, je me répète, ce qu'on y mange n'est pas mal du tout.

Prenez l'entrée, des «raviolis» de céleri-rave aux crevettes. C'est ce que j'ai choisi. Techniquement, on pourrait peaufiner le tout un tout petit peu plus pour que les raviolis soient réellement fermés, avec la chair de crevette à l'intérieur dans leur enveloppe faite de très fines tranches de céleri-rave. C'est un concept que j'ai vu ailleurs - notamment avec des pétales de rose! - mais qui mérite d'être décliné. Surtout que la combinaison de légumes frais et de crustacés marche très bien. On sert le tout avec des pommes vertes en mini-cubes façon brunoise, des pois verts, des pousses de pois verts aussi.

Est-ce nécessaire d'ajouter de la sauce en écume sur tout ça? Probablement pas en 2019. Mais les saveurs et les textures fraîches, avec le sucré-acidulé de la pomme, le salé de la crevette, se complètent vraiment bien.

Autre entrée choisie: le tataki de boeuf en croûte de café. Là aussi, plusieurs saveurs sont au rendez-vous et elles se marient assez bien: carottes au carvi, mayonnaise au café, oeufs de poisson... La viande est tendre et à peine saisie, comme il se doit. Le défaut: l'abondance de la sauce rend la charpente de tout ça un peu floue. On se perd sous la mayonnaise comme sous une bordée de neige de mars.

Le repas s'est ensuite poursuivi avec un calmar farci au chorizo étrangement accompagné de patates douces et de betteraves. Je comprends qu'on est en fin d'hiver, et que ce sont les produits de saison, mais quand même, il y a quelque chose de surprenant dans cette construction dont on ne comprend pas trop les origines culturelles. Chorizo et tubercule ? Ce n'est pas une combinaison spontanément naturelle. Dommage, parce que le fruit de mer, de son côté, est cuit tout doucement avec sa farce réconfortante de saucisse fumée et épicée.

L'agneau du Québec souffre beaucoup moins d'incongruité culturelle, même si on le sert lui aussi avec du chorizo, de la tapenade et des lupins - haricots - à la tomate. Cette fois, on retrouve certaines affinités méditerranéennes entre tous ces ingrédients et l'ensemble tient la route, surtout parce que l'agneau est servi bien saignant, comme demandé.

Pour le dessert, on plonge dans la carte qui propose une création inspirée des fameuses «queues de castor» créées et vendues par la chaîne BeaverTails. Il s'agit donc d'un beignet frit servi avec de la mousse au chai, ce thé indien doux et épicé, avec un peu de caramel pour sceller le tout. J'ai trouvé un certain manque de finesse comparativement au reste du repas. En revanche, je n'ai que de bons mots pour la tartelette à la poire avec pâte aux noix légère et bien croquante et sa mousse crémeuse très légère au miel. Très réussi.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le décor et l'ambiance ne sont pas les points forts du restaurant où le jeune chef David Godin-Pelletier propose par ailleurs une cuisine intéressante. 

Notre verdict

On paie: Le soir, entrées entre 11 $ et 21 $, plats entre 22 $ et 27 $. Le midi, entrées entre 5 $ et 16 $ et plats entre 18 $ et 19 $.

On boit: Des vins en importation privée choisis soigneusement pour plaire à tous, avec des prix pour tous. Le midi, on propose du vin au verre à 5 $.

On se sent: Accueil sympathique, service efficace. A-t-on des réponses immédiates à toutes les questions pointues? Peut-être pas.

On aime: La cuisine. L'absence de prétention.

On aime moins: Le décor, l'ambiance. La cuisine mérite mieux.

On y retourne? Si on est à Boucherville un midi, oui.

Nourri au beurre. 1052, rue Lionel-Daunais, bloc 400, local 402, Boucherville. 450 906-0980.

https://nourriaubeurre.com/

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le chef de Nourri au beurre, David Godin-Pelletier