Pour prendre une bonne bouchée et un bon verre, dans l’atmosphère allumée d’un joli bar de quartier. 

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

On ne peut pas dire que le nom de ce lieu sorte des sentiers battus. Ou peut-être que oui, en fait, tellement il est simple. Je dirais qu’il est classique comme une chemise blanche bien repassée ou un verre de champagne. 

Je parle ici du nouveau Bar-St-Denis. Un bar, rue Saint-Denis. 

Ce sont deux anciens d’Au Pied de cochon, Emily Homsy et David Gauthier, qui ont ouvert cet espace peu avant Noël.

Déjà les gens du quartier, Villeray à l’est de la Petite Italie, l’ont bien investi. On y trouve autant des têtes grises que des gens tatoués en plus coloré, bien que souvent les deux ne soient pas mutuellement exclusifs. Les soirs en début de semaine, on y va surtout pour manger, prendre un verre. Plus la semaine avance, plus le côté bar prend le dessus. Les week-ends, il y a des DJ pour transformer l’atmosphère de la salle joliment aménagée par Kim Pariseau.

Au menu, on oublie le foie gras auquel tout le monde pense dès qu’on prononce les mots « Au Pied de cochon ». Le soir de notre passage, le flétan était à l’honneur, proposé de trois façons, il y avait aussi du crabe, de la truite.

La cuisine est créative, précise, soignée, remplie de produits en saison qu’on laisse délicatement parler sans les étouffer. On se régale.

Comme on peut l’imaginer, puisqu’on est dans un bar, le déroulement du repas est sans façon. On pige, on partage. Que ce soit d’impeccables rondelles de calmar frites ou des filets de truite en gravlax en rouleau de salade de chou, un plat qu’on a commandé en double tellement on l’a aimé. Frais, léger, savoureux, rendu juste assez racoleur par les miettes de croûtons à l’huile pulvérisés, qu’on ajoute à la verdure croquante et liée par une légère mayonnaise.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Un nom qui, à défaut d’être original, est simple et classique.

Le tartare d’agneau, finement haché, est présenté en évoquant le Liban, donc sous une salade fatouche modernisée, avec tout son persil, des concombres, des poivrons, du sumac, bien sûr, et des flocons de pita croquants. Ça aussi, j’en aurais repris.

En fait, j’ai presque tout adoré de ce repas.

Le crabe en salade avec de jeunes feuilles d’hémérocalles sauvages, cueillies à Oka quelques jours auparavant. Un flétan en ceviche avec du citron confit. Des gnocchis aux têtes de violon, qui se marient parfaitement à la douceur de la ricotta maison. 

Seule déception réelle : les rabioles cuites, servies sur une fine tranche de fromage fondu, avec une sauce au miel. Peut-être est-ce parce que j’aime trop les rabioles fraîches, croquantes, juste assez amères, salées, sucrées aussi, comme si toutes les joies légumières se trouvaient réunies dans cette primeur que l’on découvre encore. 

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Les soirs en début de semaine, on y va surtout pour manger, prendre un verre.

Ici, je trouvais ces légumes-racines un peu banalisés par la cuisson, le miel, le fromage fondu, comme si on avait essayé de les transformer en quelque chose qu’ils ne sont pas, d’arrondir des angles qu’on aime, justement.

Mais revenons aux coups de cœur, parce qu’il y en a eu d’autres : les desserts.

On a commandé les deux sur le menu.

D’abord, un gâteau chiffon qui sert de piédestal — un peu comme les biscuits Graham dans un gâteau au fromage — à une crème caramel à l’érable. Le tout est servi chaud. Enfin, on cherche délicatement à interpréter l’érable sans tomber dans la banalité ou l’excès. Ici, l’appareil de la crème caramel donne au parfum sucré particulier de notre trésor national juste assez de place pour s’exprimer.

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Plus la semaine avance, plus le côté bar prend le dessus.

Mais savez-vous ce qui est encore meilleur : la panna cotta à la rhubarbe, où la crème cuisinée avec du chocolat blanc donne impeccablement la réplique à l’acidité d’une compote des premières tiges de rhubarbe encore tendue sous la dent. Emily Homsy imprègne le tout de vanille, l’un de ses ingrédients préférés. Bravo. Nous aussi, on adore ça.

Notre verdict

On paie : Entre 5 $ et 18 $ pour des plats à partager.

On boit : De la bière d’ici — très belle sélection originale —, du cidre, du kombucha, des cocktails créatifs, encore là avec des produits locaux le plus possible, des vins naturels surtout, de petits producteurs, c’est sûr. 

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L’aménagement est soigné, original tout en restant simple.

On se sent : On est dans un bar. Même s’il y a quelques tables à l’avant, le reste du lieu est surtout juché sur des tabourets originaux. L’aménagement est soigné, original tout en restant simple, la cuisine est ouverte. L’ambiance change plus la semaine avance. Les gens du quartier s’y retrouvent.

On aime : La cuisine originale, créative et pro.

On aime moins : L’absence de terrasse pour le moment.

On y retourne ? Absolument.

Bar-St-Denis. 6966, rue Saint-Denis, Montréal. barstdenis.com