Le sens du mot « dandy » appris jadis, à l’école, parce que récurrent dans les romans de Balzac, est synonyme d’homme très chic, très classe, adepte de normes esthétiques bien précises et surtout exclusives. Façon XIXe siècle. Le dandy n’a pas de tatouage. S’il a une barbe, elle est taillée au millimètre près par un professionnel. Ses vêtements ? S’il existe un dandy en 2019, il sera en complet trois pièces, avec nœud ou cravate, voire ascot ou lavallière. Chapeau ? Canne de bois précieux et pommeau d’argent ? Pourquoi pas ? Vous me suivez…

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Je m’attendais un peu, en voyant qu’un nouveau restaurant appelé Dandy venait d’ouvrir dans le Vieux-Montréal, à tomber sur un lieu dans cet esprit. Style club à l’ancienne. Avec du cuir capitonné, de l’acajou, peut-être du bois de rose. Et une cuisine aussi luxueuse, mais vieille école. On m’aurait parlé de bœuf Wellington et de caviar sur blinis et je n’aurais pas été surprise.

Ce que le Dandy de Michael Tozzi, rue Saint-Jacques Ouest, propose est plutôt une réinterprétation actuelle du concept. Le dandy de cet ancien chef de chez Olive + Gourmando est moins coincé, plus relax, mais toujours très soigné. Il est un peu à mi-chemin, géographiquement et en esprit, entre son presque voisin le Monarque et son ancien café.

L’aménagement signé Blazys Gerard est impeccable.

Banquettes sur mesure, tons chaleureux de beige doré et de rouge, éclairage architectural, rappel par un spectaculaire mur en miroirs et en fenêtres des rondeurs de l’ouverture à l’avant du restaurant. C’est un lieu ouvert le matin et le midi et pour le brunch le week-end, où il est littéralement envahi (comme l’endroit ne prend pas de réservations, préparez-vous à attendre !).

Mais la décoration a la qualité d’un restaurant du soir, ceux où l’on lance le repas avec un peu de champagne.

Dans l’assiette, on retrouve un peu l’esprit d’Olive + Gourmando, où M. Tozzi a passé de nombreuses années. Les plats sont surtout gourmands.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

L’aménagement signé Blazys Gerard est impeccable. Banquettes sur mesure, tons chaleureux de beige doré et de rouge, éclairage architectural.

On adore le sandwich à la porchetta, par exemple – le chef est d’origine italienne et fait honneur à ses traditions familiales –, avec une généreuse portion de charcuterie de porc, des poivrons grillés, une sauce verte aux herbes, sur de la focaccia.

La soupe ? Le jour où l’on passe, elle est aux légumes grillés et garnie de feuilles d’aneth et de cubes de pomme, notamment, ce qui lui donne du croquant et de la fraîcheur.

Et avis aux amateurs de chips : ceux de Dandy sont maison, avec une trempette au labneh – fromage blanc moyen-oriental – et une salsa aux piments jalapenos marinés.

Autre plat fort réussi : les falafels, très tendres, très moelleux. On les sert sur une grande assiette garnie de laitue – vinaigrette parfaite, juste assez acidulée –, de couscous israélien, de concombre, de minces tranches de radis, de pois chiches grillés croquants. On pense ici bien sûr aux superbes salades du chef d’origine israélienne Yotam Ottolenghi, sans pour autant que le festival de parfums soit au même niveau.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le Dandy est ouvert le matin et le midi et pour le brunch le week-end, mais sa décoration a la qualité d’un restaurant du soir, ceux où l’on lance le repas avec un peu de champagne.

Le plat le moins intéressant est la salade de pomelo – gros pamplemousse – avec fleurs de bananiers. C’est joli comme ingrédient pour la description sur le menu, mais ça ne goûte pas grand-chose et la texture n’est pas particulièrement intéressante. La salade est rehaussée par du porc séché et des échalotes frites. Sur papier, on croit voir un équilibre entre le frais et le salé, la verdure et la friture. Dans l’assiette, l’alchimie de ce yin et yang annoncé ne se produit pas.

Pour le dessert, on se régale, car la maison a un fort joli comptoir de créations gourmandes. De la tarte chocolat, noisette et romarin – un pari, ici, totalement réussi, car le romarin devient presque mentholé dans ce contexte. Un gâteau au fromage et citron, crémeux, onctueux. On aurait aimé goûter aux biscuits au chocolat avec garniture au tahini – beurre de sésame. Il faudra y retourner.

Notre verdict

On paie : Entre 11 $ et 26 $ pour un plat le midi ou au brunch. Assiettes en à-côté entre 3 $ et 8 $

On boit : Du vin choisi par Kaitlin Doucette, une autre de la famille formée par Olive + Gourmando, Foxy et Un po’ di piu. La carte est courte, mais réussit à aller du Québec et de l’Ontario – vin de Pearl Morissette – à l’Émilie-Romagne, en proposant du Lambrusco.

On se sent : Chic et confortable. Service gentil, mais parfois un tantinet approximatif. Et le week-end, bonjour l’attente pour le brunch. Le lieu est très populaire et achalandé.

On aime : L’aménagement, le projet

On aime moins : Les saveurs en cuisine pourraient être plus spectaculaires.

On y retourne : Oui.

Dandy. 244, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal. 514 289-9996. dandymtl.com