En seulement quelques années, l’industrie brassicole québécoise a acquis une expertise enviable, et plusieurs dizaines de microbrasseries ont vu le jour. Chaque mois, nous parlons d’un aspect du monde effervescent de la bière.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

Si les Américains brassent de la bière à la citrouille depuis plus de 200 ans, elle est revenue à la mode chez nos voisins du Sud il y a une dizaine d’années, en réponse à l’offre de boissons douces et épicées servies l’automne dans les chaînes de café. Certains brasseurs d’ici ont suivi la tendance avec des bières thématiques festives et réconfortantes, qui se distinguent toutefois des bières de Noël, plus lourdes, plus sucrées et plus foncées.

« Quand j’ai commencé à brasser chez moi il y a 10 ans, j’ai eu la chance de goûter plusieurs bières de l’ouest des États-Unis grâce à un ami qui demeurait à Seattle », se souvient Michael D’Ornellas, fondateur de la microbrasserie montréalaise 4 Origines. « J’ai donc pu découvrir beaucoup de bières à la citrouille, si bien que j’ai toujours aimé brasser ce type de bière, je suis toujours excité d’en faire ! »

La brasserie du quartier Pointe-Saint-Charles propose depuis 2018 sa Knightmare, porter à la citrouille dont la recette s’inspire justement d’une bière goûtée à l’époque par M. D’Ornellas. L’équipe de 4 Origines a ajouté l’an dernier un deuxième brassin saisonnier pour souligner l’automne et l’Halloween avec la Bon Jack, une ale à la citrouille et aux épices. Cette année, c’est au tour de la Latte, qui se démarque par l’ajout de café, de lactose et de vanille en plus des épices et de la purée de citrouille, il va sans dire.

« La demande a été telle qu’on aurait dû doubler sa production », affirme le brasseur, qui nous a appris au passage l’ouverture toute prochaine d’une nouvelle usine à Dorval, des installations neuves qui permettront à terme de multiplier par 10 le volume de brassage de 4 Origines, notamment afin de brasser de nouveau la Latte, car on nous confirme qu’elle va revenir l’an prochain. « Ça va devenir une bière saisonnière annuelle, comme la Knightmare. »

Une tradition

La populaire Ale-Ô-Ween, brassée chez Trèfle Noir depuis 2013, revient elle aussi chaque automne à la demande générale.

Il y avait à l’époque un gros buzz aux États-Unis avec la fête de l’Action de grâce, j’ai repris la tendance en la modifiant au goût du jour, à partir d’une base de bière belge double, mais avec de la purée et des épices de tarte à la citrouille.

Alexandre Groulx, brasseur et propriétaire de Trèfle Noir

« Tous les ans, je me dis que c’est la dernière année parce que c’est un style boudé pendant tout le reste de l’année. Mais les gens aiment ça, je me fais chaque fois talonner dès le mois de septembre ! »

Comme les brasseurs américains du XVIIIsiècle, Alexandre Groulx utilise la citrouille en purée au début du processus de brassage. Il s’est aperçu avec le temps que la chair de la grosse cucurbitacée apporte surtout de la texture au brassin. « J’ai essayé à peu près tout avec la citrouille, je l’ai fait griller, rôtir avec de la cassonade, avant finalement de la réduire en purée, pour m’apercevoir qu’au bout du compte, ça ne change pas grand-chose au goût ! », ajoute-t-il en rigolant.

Réconfort

« Quand le froid arrive, on a le goût de se rassembler et ce sont justement des bières réconfortantes », soutient de son côté Samuel Lamothe, brasseur à la Forge du Malt, qui propose l’Argouille, une saison à la citrouille et à l’argousier. « Si le goût de citrouille n’est pas tant présent, l’effet placebo fait son travail, ça nous met dans l’ambiance de l’Halloween ! »

C’est justement cette ambiance que veut entretenir la brasserie 4 Origines en revenant l’an prochain avec son Pumpkin Fest, festival automnal annulé cette année et l’an dernier à cause de la pandémie. « C’est une célébration des bières à la citrouille, avec des activités tous les jours, des jeux-questionnaires, des artistes, des pâtisseries à la citrouille cuisinées par des boulangeries locales, explique Michael D’Ornellas. L’an prochain, en fait, on veut organiser quelque chose de super festif en associant l’Oktoberfest au Pumpkin Fest ! » Voilà qui promet !

Consultez le site web de la Microbrasserie 4 Origines
Consultez le site web de la Microbrasserie Trèfle Noir
Consultez le site web de ma Microbrasserie La Forge du Malt

Sélection du moment

Ale-Ô-Ween

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Ale-Ô-Ween, de Trèfle Noir

Orangée et trouble, cette bière annonce ses couleurs avec un nez volontaire qui dégage des arômes de cannelle, de muscade et de clou de girofle. En bouche, le dosage d’épices, raffiné avec les années, se marie bien au sucré, l’expérience est souple, mais ne s’attarde pas. Elle ne cherche pas à cacher ses origines de double belge, affirmant un bel équilibre d’ensemble, en dépit d’un taux d’alcool à l’avenant. Quant à la citrouille, elle s’affirme en finale quand la bière atteint sa température idéale, autour de 9 degrés.

Trèfle Noir. 7 % alc./vol. 355 ml.

Latte

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Latte, de 4 Origines

On a brassé cette bière en pensant au latte à la citrouille de Starbucks, et on comprend pourquoi. On goûte le pain d’épice et la tarte à la citrouille, mais l’ensemble de l’œuvre profite de la pointe d’amertume apportée par l’ajout de grains de café. Sèche en bouche malgré le caractère soyeux du lactose et d’une subtile touche de vanille qui s’étire en finale comme s’il s’agissait d’un chaï latte, elle est globalement très équilibrée.

4 Origines. 5,2 % alc./vol. 473 ml.

Stoutbucks

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Stoutbucks, de Noire et Blanche

Les artisans de la petite brasserie de Saint-Eustache avaient eux aussi en tête le latte à la citrouille épicée quand est venu le temps de brasser la Stoutbucks. Le malt utilisé ici est davantage torréfié, la bière est brune, presque opaque, soyeuse et enveloppante en bouche, la présence de lactose est manifeste. Mais c’est le café que l’on goûte, une sensation agréable qui s’étire en bouche sur une finale de courge butternut rôtie rehaussée d’une pointe de gingembre, contribuant au bel équilibre de cette bière brassée en collaboration avec le Centre d’interprétation de la courge de Saint-Joseph-du-Lac.

Noire et Blanche. 7 % alc./vol. 500 ml.

L’Argouille

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L’Argouille, de La Forge du Malt

Bière de type saison brassée cette année avec une nouvelle levure hybride. Robe orangée et trouble, avec un nez discret de courge rôtie. Des éclats de vanille et de muscade s’invitent tôt en bouche, mais s’estompent quand l’acidité de l’argousier prend le dessus. La purée de citrouille apporte une texture veloutée à l’ensemble, qui demeure toutefois léger et accessible. Agréable sans être remarquable.

La Forge du Malt. 5,2 % alc./vol. 473 ml.