Isolé au cœur de la forêt estrienne, aux confins de Sutton et de Dunham, le Vignoble du Ruisseau surgit littéralement de nulle part, au terme d’une expédition dépaysante dans les chemins de traverse des Cantons-de-l’Est. La découverte est fascinante à tout point de vue.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

Bien que nous soyons arrivés à l’improviste, la vigneronne Sara Gaston nous reçoit dans la vaste boutique de l’impressionnant bâtiment d’accueil, accessible en traversant un pont couvert assurant le passage au-dessus du ruisseau qui donne son nom au vignoble.

Un simple coup d’œil nous permet de voir à quel point la gamme de produits offerts au domaine est vaste. Il y a bien sûr le vin, mais on est étonnés de constater qu’il y a aussi des spiritueux, tartinades, caramels, sauces, produits de l’érable, condiments ; il y a même des plats préparés. Notre étonnement grandit quand Mme Gaston nous apprend que tout ce qu’on voit ici est produit sur place, en parfaite autosuffisance ou presque.

L’appel de la terre

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Aménagé sur quelque 105 des 305 hectares qui sont la propriété de la famille Lamoureux-Gaston, le Vignoble du Ruisseau a bénéficié de plus de 18 millions de dollars d’investissement.

C’est en 2007 que l’entreprise familiale a fait l’achat de ses premières terres dans le secteur, si bien que le domaine s’étend aujourd’hui à quelque 305 hectares. Du nombre, environ une quinzaine sont destinés à la culture de vignes — chardonnay, pinot noir, merlot, cabernet-sauvignon, riesling et gewurztraminer —, mais près de 90 sont utilisés pour la culture de pommes, de légumes, en pâturage pour porcs et bœufs, sans compter une érablière de plusieurs milliers d’entailles. Le domaine compte aussi sur 40 000 pi2 de jardins en serres, une superficie qui doit bientôt doubler.

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Le restaurant Bistro sur braise, avec sa jolie terrasse, est ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 17 h, mais il propose aussi régulièrement des soupers thématiques adaptés à la saison.

« L’objectif, c’est d’avoir du porc, du bœuf, du veau, de la caille, du canard non gavé, des lapins, des poulets pour la viande ainsi que des poules pondeuses. On va même récolter nos propres champignons », énumère Sara Gaston en nous apprenant que le volet agricole sera pris en charge par un ami ingénieur qui a répondu à l’appel de la terre. « C’est exactement son mandat de nous approvisionner, de pousser encore plus loin notre autosuffisance. »

Les cuisines roulent donc à plein régime pour assurer l’approvisionnement non seulement de la boutique, mais aussi du restaurant Bistro sur braise, ouvert à l’étage. Des bouchées gourmandes seront également servies dans un espace lounge tout nouvellement aménagé.

C’est la vue de l’imposant alambic qui nous rappelle toutefois que la production d’alcools fins est la vocation première de l’endroit. À ce stade-ci de notre visite, on est moins surpris d’apprendre qu’à peu près tout ce qui entre dans la composition des spiritueux du Vignoble du Ruisseau pousse ici même. Le gin et les eaux-de-vie sont ainsi distillés à partir du marc des raisins du vignoble ou du sirop de l’érablière.

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La vaste boutique du Vignoble du Ruisseau propose une impressionnante gamme de produits, tous élaborés sur place.

« Au niveau de la distillerie, ça s’appelle de la terre au verre, c’est comme ça que l’on procède », affirme Mme Gaston.

Bref, tout ce qu’on fait, c’est de la terre au verre ou de la terre à l’assiette, point final. On veut qu’il y ait le moins d’interactions possible.

Sara Gaston, vigneronne

Produire en autarcie implique-t-il certains sacrifices ? Pas du tout. Trois eaux-de-vie du Vignoble du Ruisseau ont d’ailleurs été récemment décorées à l’International Spirits Challenge, confirmant les qualités du maître de chai Jonathan Gauvin.

« Mon conjoint s’est révélé avoir un talent insoupçonné du côté de la distillerie, reconnaît Sara Gaston. On est assez chanceux, en fait. Gagner l’or dans une compétition internationale, ça montre que l’on commence à faire parler de nous. Nous sommes bien contents que le travail commence à porter ses fruits ! »

L’excellence du maître de chai

Jonathan Gauvin continue par ailleurs d’exceller avec ses vins : 45 000 bouteilles sont produites chaque année exclusivement à partir de cépages vinifera. Le Vignoble du Ruisseau arrive à amener à maturité désirée les vignes d’origine européenne en chauffant la base des plants grâce à 15 km de tubulure dans laquelle circule du glycol alimentaire réchauffé par géothermie, un processus en instance de brevet international.

Les chardonnay, pinot noir, merlot, cabernet-sauvignon, riesling et gewurztraminer de la maison se retrouvent sur certaines des plus grandes tables du Québec : Laurie-Raphaël, Chez Boulud, Toqué !, pour ne nommer que celles-là. Pour en boire à la maison, il faut se rabattre sur quelques épiceries fines ou points de chute.

Mais le mieux est certainement de venir sur place. D’autant plus qu’on y offre plusieurs forfaits de visites guidées, de même qu’un tout nouvel Espace jardin qui propose une formule de dégustation libre dans la magnifique cour intérieure du domaine.

« C’est facile de rester ici pendant cinq heures, nous dit Sara Gaston. Honnêtement, on voit des gens qui arrivent à 11 h et qui sont encore ici à 17 h. On constate les avoir croisés quatre fois dans la journée ! »

On pourra même s’attarder encore un peu plus à partir de l’an prochain, car le vignoble a récemment fait l’achat d’une maison voisine dans laquelle on entend construire une auberge. Belle façon de compléter une offre récréogourmande déjà franchement étoffée.

Consultez le site du Vignoble du Ruisseau