(Oxford) Sous l’enseigne délavée du Lamb & Flag, le personnel sort les fûts de bière, les uns après les autres. Comme d’autres pubs historiques d’Oxford, l’établissement séculaire ferme définitivement ses portes à cause de la pandémie de coronavirus.

Anna MALPAS
Agence France-Presse

En temps normal, les débits de boissons de la célèbre ville universitaire anglaise sont bondés d’étudiants, habitants du coin et touristes. Depuis l’arrivée de la pandémie en mars dernier, les pubs ont été soumis à une panoplie changeante de restrictions. En raison du confinement en vigueur au moins jusqu’à mars, ils ne peuvent actuellement que vendre des plats à emporter.

En janvier, le St. John’s College, l’une des facultés d’Oxford, a décidé de se séparer du Lamb & Flag, ce pub datant du XVIe siècle n’étant plus financièrement viable. Son statut d’association ne lui permet pas de gérer une entreprise déficitaire.

De l’autre côté de la rue, l’Eagle and Child, qui accueillait jadis le club littéraire Inkling auquel appartenaient J. R. R. Tolkien et C. S. Lewis, a définitivement fermé et va être reconverti en hôtel.

« Je connais plusieurs propriétaires de pubs qui ont dit stop, on ne peut pas continuer », confirme à l’AFP Baz Butcher, qui tient le White Hart à Wytham, près d’Oxford.

« Certaines fermetures sont inévitables », renchérit Dave Richardson, porte-parole de l’organisation des consommateurs de bières Campaign for Real Ale. Selon lui, les premiers à mettre la clef sous la porte seront les petits pubs « très traditionnels », que les grandes chaînes de brasseries vendront en premier.

PHOTO ADRIAN DENNIS, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Je connais plusieurs propriétaires de pubs qui ont dit stop, on ne peut pas continuer », confirme à l’AFP Baz Butcher, qui tient le White Hart à Wytham, près d’Oxford.

Ces établissements sont principalement axés sur la boisson, et sont donc soumis à des restrictions plus strictes que ceux qui peuvent servir à manger.

« Absolument dévastateur »

La COVID-19 a été « absolument dévastatrice », confie Jacqueline Paphitis, propriétaire depuis 15 ans du White Horse, qui craint que certains pubs « ne rouvrent pas, surtout les indépendants ».

Ce pub du XVIe siècle, avec ses poutres en bois et ses célèbres bustes d’empereurs, attirait jadis tournages de films et séries.

Désormais, tout le personnel a été mis au chômage partiel. Grâce à une réduction de loyer et une subvention de 25 000 livres (44 000 $) des autorités locales, « nous restons à flot », soupire Mme Paphitis. « C’est très frustrant, mais je préfère tout de même rester fermée que de rouvrir trop tôt ».

Même son de cloche au Gardeners Arms, dont le propriétaire, Paul Silcock, estime que ce serait « tellement irresponsable et ridicule de (rouvrir) maintenant » alors que le pays (plus de 100 000 morts) tente d’enrayer une très virulente troisième vague.

« Les pubs sont l’endroit parfait pour s’assoir près les uns des autres, se disputer, se crier dessus, s’amuser, rire… et tout ce qui disperse vraiment des particules partout ! » explique-t-il, nostalgique.

« Foutus » sans nourriture

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Depuis le début de la pandémie, le White Hart a cherché à adapter son établissement. Cet été, il a installé dans le jardin des bulles en plastique transparentes pour que les clients puissent manger à l’abri du temps et du virus.

Grâce à des prêts et des aides du gouvernement, le propriétaire de ce pub en briques rouges — qui ne sert que de la nourriture végétarienne et compte parmi ses clients le chanteur du groupe Radiohead Thom Yorke — « se débrouille » et n’est « pas encore terrifié à l’idée de faire faillite ».

Il prédit néanmoins « pas mal de pertes » parmi les pubs d’Oxford si ceux-ci doivent rester fermés jusqu’en mai, estimant que tous ceux qui ne servent pas à manger sont « foutus ».

Pour survivre, le White Hart, à Wytham, s’est en effet tourné vers la livraison de repas. « Je suis de tout cœur avec les pubs qui ne servent que des boissons », ils « ont évidemment été décimés », se désole Baz Butcher, alors que ses employés assemblent des kits pour préparer à la maison des côtes de bœuf ou des brochettes de chevreuil.

Depuis le début de la pandémie, il a cherché à adapter son établissement. Cet été, il a installé dans le jardin des bulles en plastique transparentes pour que les clients puissent manger à l’abri du temps et du virus.

Mais la fermeture abrupte des pubs après Noël a laissé le restaurateur avec un énorme surplus de nourriture et vin, équivalent à plusieurs milliers de livres.

Malgré des subventions et prêts du gouvernement, Baz Butcher a accumulé « plus de 100 000 livres de dettes (176 000 $) que je n’avais pas avant » : « C’est terrible pour tellement de gens ».