En seulement quelques années, l’industrie brassicole québécoise a développé une expertise enviable, et plusieurs dizaines de microbrasseries ont vu le jour. Chaque mois, nous parlons d’un aspect du monde effervescent de la bière.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Sans surprise, les Québécois n’ont pas diminué leur consommation d’alcool durant le confinement, bien au contraire. La période des Fêtes n’a certainement pas fait exception, et plusieurs personnes ont fait la résolution de boire moins en ce début d’année. Bien sûr, on peut s’engager sur la voie de l’abstinence, mais il existe d’autres façons de modérer ses ardeurs.

C’est ainsi que de plus en plus de microbrasseries québécoises tentent l’expérience des bières extra-légères, qui affichent un taux d’alcool entre 0,5 % et 2,5 %. Les nanos – c’est comme ça qu’on les appelle — se veulent une solution de rechange goûteuse aux bières sans alcool.

Quand le Trou du Diable a lancé sa série Carte blanche, à la fin de l’été dernier, il y avait justement une nano au programme. « Dans notre planification, Le Chemin de la Rédemption clôturait notre série 2020, ça se voulait notre bière “Opération Nez-rouge”, souligne Isaac Tremblay, cofondateur de la microbrasserie de Shawinigan. On voulait donner la chance à ceux qui devaient prendre le volant de pouvoir participer aux festivités. Avec le confinement, c’est plutôt devenu la bière qui vient accompagner les résolutions. On vise donc ceux qui veulent une expérience bière tout en réduisant leur consommation d’alcool. C’est une bonne bière de semaine, on peut même la prendre après le sport, tu as l’impression de relaxer, c’est une belle récompense. »

Le Chemin de la Rédemption est en fait une version nano de la Perroquet, une IPA de style Nouvelle-Angleterre à 3,5 % d’alcool lancée plus tôt dans l’année. « Elle est brassée pas mal avec les mêmes houblons et les mêmes levures », révèle Isaac Tremblay, aujourd’hui consultant responsable du volet créatif au Trou du Diable — c’est lui qui est justement à l’origine de la série Carte blanche. « On fait quand même plusieurs grosses bières corpulentes et alcoolisées, on voulait donc une bière tout-aller, et la Perroquet est certainement celle que l’on voulait proposer tout au long de l’année. Avec Le Chemin de la Rédemption, on a voulu pousser l’expérience un peu plus loin. »

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Non seulement très faibles en alcool, les bières extra-légères sont aussi hypocaloriques, ce qui plaît à une clientèle croissante.

Précurseur en la matière, Oshlag propose une bière extra-légère depuis 2016, à tel point que sa Nano IPA est devenue la bière la plus populaire de la microbrasserie montréalaise. « Voyant la tendance des bières faibles en alcool grandir en Amérique du Nord et une absence quasi totale de ce genre de produit sur le marché québécois, nous y avons vu une opportunité », indique Stéfanie Bernier, spécialiste de marque chez Oshlag.

La demande augmente d’année en année, c’est vraiment un produit gagnant. Elle a toujours été populaire, et les gens sont encore étonnés quand ils en font l’essai. Certains réalisent après coup qu’il s’agit d’une nano.

Stéfanie Bernier, spécialiste de marque chez Oshlag

Se faire passer pour une bière régulière est effectivement l’objectif des nanos, beaucoup plus encore que les bières sans alcool, qui ont une clientèle différente. « On s’adresse ici à des amateurs qui aiment le goût de la bière, mais qui ne veulent pas abuser, des gens en moto qui veulent boire une bière ou deux bières sans péter la balloune, par exemple », illustre de son côté Alexandre Caron, copropriétaire de la microbrasserie Ras l’Bock, qui propose La P’tite vite dans sa gamme régulière depuis un peu moins d’un an. « Aussi, c’est peut-être un peu psychologique, mais certaines personnes apprécient le fait qu’il reste un peu d’alcool dans la bière. J’aime bien offrir cette solution-là. »

Cure minceur

Non seulement très faibles en alcool, les bières extra-légères sont aussi hypocaloriques, ce qui plaît à une clientèle croissante. « Les grandes brasseries ont lancé avec un certain succès des trucs réduits en calories, mais ils sont plus ou moins bons, estime Alexandre Caron. Des gens peuvent donc boire notre nano, tout en pouvant se gâter une fois de temps en temps. »

« Pour une bière de micro, Le Chemin de la Rédemption est peu calorique, avec seulement 120 calories pour 600 ml, précise de son côté Olivier Lemieux, chef de marque au Trou du Diable. Elle ne contient qu’environ 5 g de sucre pour la bouteille au complet. On sait qu’il y a un marché pour les bières de type nano, et même si notre série Carte blanche est un test, on sait déjà que l’on va lancer une nano l’été prochain aussi. »

Sélection du moment

Le Chemin de la Rédemption

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Le Chemin de la Rédemption, de la microbrasserie Le Trou du Diable

Nez discret de fruits tropicaux, qui confirme les prétentions de l’étiquette : c’est bel et bien une nano NEIPA. Mousse persistante, avec une belle effervescence qui lui donne du corps. L’amertume subtile vient s’appuyer sur une belle longueur arrondie par des notes d’ananas et de pêche. C’est mince, sans surprise, mais c’est néanmoins bien équilibré. À seulement 1,5 % d’alcool par volume, c’est une belle réussite.

Le Chemin de la Rédemption. Trou du Diable. 1,5 % alc./vol. 600 ml.

Nano IPA

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La Nano IPA, d’Oshlag Brasserie et Distillerie

Mince, la nano d’Oshlag a beau bénéficier du galbe de l’avoine, elle s’efface derrière les notes franches de pamplemousse et de conifère apportées par les houblons Cascade, Centennial et Nugget, alliés habituels des IPA américaines classiques. On est à l’évidence en territoire extra-léger, on penche d’ailleurs davantage du côté des IPA sans alcool ; c’est peu complexe, mais néanmoins agréable et désaltérant.

Nano IPA. Oshlag. 2,5 % alc./vol. 473 ml

La P’tite vite

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La P’tite vite, de la microbrasserie Ras l’Bock

Pâle et trouble avec un nez citronné et poivré, la P’tite vite offre en bouche des accents d’ananas et de fruit de la passion qui lui confèrent un profil se rapprochant des IPA façon Nouvelle-Angleterre. Les houblons s’expriment librement en finale, mais pas aux dépens de l’équilibre global du breuvage, aidé par la présence d’une touche de lactose.

La P’tite vite. Ras l’Bock. 2,5 % alc./vol. 473 ml.

Lug-Tread 2.5 %

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La Lug-Tread 2.5%, de Beau's Brewing Co.

Les céréales s’affichent ici au premier plan, avant même la première gorgée. C’est une ale-lagerisée goûteuse, très étonnante considérant son très faible taux d’alcool. Croquante, avec une belle rondeur et une finale maltée bien encadrée par une effervescence soutenue, elle se démarque sans aucune difficulté des lagers sans alcool. Il faut toutefois la boire très froide, sans quoi elle perd de sa superbe, ses fines bulles s’effacent au profit du sucre résiduel du malt, l’équilibre s’en trouvant malheureusement affecté.

Lug-Tread 2.5 %. Beau’s. 2,5 % alc./vol. 473 ml.