(Cour-Cheverny) La pratique va plus loin que le bio : malgré les critiques, la biodynamie séduit de plus en plus de vignerons français désireux de s’éloigner du chimique. Leur nombre a plus que doublé au cours des cinq dernières années.

Maxime MAMET
Agence France-Presse

De 280 vignerons certifiés en 2014 par les deux labels de la biodynamie (Biodyvin et Demeter), ils étaient 567 domaines en 2019, occupant 10 249 hectares de vignes. Un chiffre qui reste toutefois une goutte de vin par rapport aux 750 000 hectares de la viticulture française.

La philosophie a converti de grands noms comme le Château de Pommard et la Romanée-Conti. Elle a aussi ses vedettes, comme Nicolas Joly, en Anjou, ou Thierry Michon, en Vendée, qui se faufile jusque dans la cave du Noma, le restaurant danois classé à quatre reprises meilleure table mondiale par la revue britannique Restaurant.

Pourtant, la certification Biodyvin ou Demeter demande un gros effort. Il faut être en bio pendant trois ans avant de se lancer dans la conversion, qui dure elle-même quatre ans pour le label Biodyvin.

Fondée sur la protection des sols et des ceps, en plus d’une certaine forme de communication avec la plante, la technique biodynamique nécessite une observation fine de la vigne, tant les traitements disponibles sont minimes, bien moins nombreux qu’en bio.

Née dans les années 1920, la biodynamie se base sur les écrits du Suisse Rüdolf Steiner, fondateur par ailleurs de l’anthroposophisme, un courant ésotérique.

La biodynamie suppose des pratiques créant « un environnement favorable, en informant la vigne avec certaines énergies. […] On rentre plutôt dans une forme de pensée et de philosophie », explique Olivier Humbrecht, président de Biodyvin.

« C’est une forme d’agriculture qui va chercher à guérir la plante et le sol, à base de plantes ou à base d’organes d’animaux, comme la fameuse préparation 500, où l’on met de la bouse de vache dans une corne qu’on enterre dans le sol pendant l’hiver », détaille le vigneron alsacien.

Mais il y a aussi la « 501 », même principe, mais avec du quartz broyé à la place de la bouse et d’autres préparations à base de camomille dans des intestins de bovidés. Les mélanges sont ensuite dilués dans l’eau avant d’être pulvérisés sur la vigne.

L’idée est de trouver « une forme de communication avec la plante », précise le vigneron de Turckheim (Haut-Rhin), pour lui donner des indications : fleurir, faire ses racines, ses fruits, se défendre, etc.

« Homéopathie de la vigne »

De fait, la biodynamie, qui tient compte d’un calendrier calqué sur les astres et le zodiaque, s’éloigne des principes scientifiques démontrés. Partisans comme détracteurs n’hésitent pas à parler d’« homéopathie » de la vigne.

« Il faut comprendre les influences du cosmos. Cela peut paraître ésotérique, mais c’est flagrant », explique Alexandre Genvrier, vigneron à Cour-Cheverny. « Si l’ésotérisme, c’est ne pas tout comprendre, alors la biodynamie est ésotérique. »

La pratique se heurte donc à de nombreuses critiques, notamment dans les milieux scientifiques, mais aussi au sein de la profession.

Le type de savoirs enseignés par Steiner « relève clairement de l’ésotérisme, au sens où il renvoie à des formes de réalités cachées », observait en 2018 le sociologue Jean Foyer, dans la Revue d’anthropologie des connaissances.

« Le vin est le support de nombreuses croyances humaines. La biodynamie en est une comme les autres », juge ainsi un professionnel.

« La pharmacopée disponible est beaucoup plus faible et ne fonctionne pas », assure ainsi cet exploitant « conventionnel », qui préfère garder l’anonymat. « Il faut donc plus d’attention : on raisonne au cep et plus à la parcelle. Les bons résultats de la biodynamie (en termes de qualité, NDLR) ne viennent pas de la pratique, mais de l’attention du vigneron et du temps passé dans sa vigne. »

« Il faut aller au quotidien dans sa vigne, regarder son environnement, voir évoluer les choses », approuve Alexandre Genvrier. « Il faut essayer de comprendre le tout. »

« Identifier les petits déséquilibres, ce n’est jamais évident, mais c’est beaucoup plus sain. Je passe beaucoup de temps dans la vigne. Il n’y a que ça : c’est une philosophie », insiste le vigneron du Loir-et-Cher.