(Montreuil) Les vignobles du Chablis, du Dijonais et du Chatillonais seront finalement maintenus dans l’AOC vin de Bourgogne, selon les viticulteurs et élus qui ont rencontré jeudi des responsables de l’Institut national des appellations et origines (Inao), en marge d’une manifestation de vignerons bourguignons.

Agence France-Presse

« Chablis, le Dijonnais et le Chatillonais ne seront pas exclus de l’AOC Bourgogne, c’est le président du comité national de l’institut, Christian Paly, qui l’a dit à notre délégation d’élus et de viticulteurs jeudi matin », a indiqué à l’AFP Patrick Gendraud, président du conseil départemental de l’Yonne (LR) et ancien maire de Chablis.

« Je ne serai pas le président qui sortira Chablis de la Bourgogne », a confirmé M. Paly dans un communiqué diffusé parallèlement par l’organisme qui gère les appellations agricoles en France.

Plusieurs centaines de viticulteurs bourguignons ont manifesté jeudi à Montreuil devant le siège de l’Inao contre un projet de révision du découpage géographique de l’AOC, qui prévoyait notamment « l’amputation » de secteurs « entiers de la Bourgogne historique » comme Chablis.

Les 64 communes concernées représentaient 7000 hectares de l’aire de production de l’AOC Bourgogne, où le vin est souvent, il est vrai, produit sous d’autres appellations que celle de Bourgogne (chablis ou crémant par exemple).

Le Conseil national, qui devait examiner le projet, l’avait retiré in extremis mercredi soir de son ordre du jour devant la montée des oppositions locales. Un nouveau conseil est prévu en juin, a indiqué une source viticole.

Néanmoins, les problèmes sont loin d’être tous résolus, l’Inao devant aussi trouver une solution aux litiges opposant Bourguignons et Beaujolais, au sud de la zone Bourgogne, où quelque 85 communes du Beaujolais sont considérées, depuis 1937, comme faisant partie de la zone Bourgogne.

Le projet de révision prévoyait de les maintenir, ce qui n’est pas du goût des viticulteurs bourguignons.

« Nous voulons rassembler les indices illustrant ce qu’est un vin de Bourgogne, ce n’est pas seulement un cépage de pinot noir ou de chardonnay sur un sol argileux, ce sont aussi des savoir-faire, des traditions, nous voulons que l’Inao prenne tout en compte », a indiqué Thiebault Huber, président de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB).

« Si les 85 communes de Beaujolais devaient toutes avoir la possibilité de produire sous l’appellation Bourgogne, soit quelque 10 000 hectares de vigne, cela pourrait exploser le modèle économique de nos plantations », a fait valoir Bruno Verret, président de l’organisation de défense et de gestion des vins de Bourgogne.

Néanmoins, « ce n’est pas une guerre contre le Beaujolais, c’est une guerre avec l’institut qui ne nous entend pas et ne nous parle pas avant d’engager une révision des tracés délimitant les zones de production autorisées que nous avions nous-même demandé », a précisé M. Huber.

Les vignerons manifestants brandissaient des panneaux de chaque cru de région, et d’autres dénonçant une « crise identitaire » de la Bourgogne. Ils avaient installé une immense table de banquet dans la rue devant l’Inao et devaient repartir dans l’après-midi.