(Paris) La production mondiale de vin devrait être globalement stable en 2020, selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) qui s’inquiète de l’impact du changement climatique sur la vigne, les vendanges 2020 s’inscrivant « sous la moyenne » des cinq dernières années.

Isabel MALSANG Agence France-Presse

Pour l’année 2020, l’OIV, basée à Paris, estime la production mondiale de vin à 258 millions d’hectolitres, après 256 Mhl en 2019.

« Pour la deuxième année consécutive, le volume de production peut être défini comme “sous la moyenne”, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour le secteur viticole étant donné le contexte actuel où les tensions géopolitiques, l’épidémie de COVID-19 et le changement climatique ont généré un très haut niveau de volatilité et d’incertitude sur le marché mondial du vin », a déclaré l’Espagnol Pau Roca, directeur général de l’OIV, lors d’une présentation des chiffres annuels.

L’OIV anticipe en effet une baisse des ventes de vin de quelque 10 % sur la planète cette année, marquée par les circonstances exceptionnelles de la pandémie et du confinement qui ont fermé tous les restaurants du monde quasiment en même temps, et des taxes américaines sur plusieurs vins européens.

Dans l’Union européenne, la récolte est estimée à 159 Mhl, soit 5 % de plus qu’en 2019, avec un recul de 1 % du premier producteur mondial, l’Italie, à 47,2 Mhl, une très légère progression de 4 % en France (43,9 Mhl), le deuxième mondial, et un bond de 11 % en Espagne (37,5 Mhl), le troisième.

La production de chacun de ces pays — qui représentent à eux trois 49 % de la production mondiale de vin — est en dessous de leur moyenne quinquennale respective 2015-2020, souligne l’OIV.

Ceci résulte aussi bien de conditions météorologiques favorables au printemps et en été pour la vigne, que de mesures de régulation du marché en amont, certains vignobles ayant volontairement réduit leurs volumes pour ne pas trop affecter les prix déjà tirés vers le bas par la crise de la COVID-19.

Ouragans, sécheresse et incendies de forêt

L’OIV souligne aussi l’impact des ouragans, sécheresses et incendies de forêt dans plusieurs régions du monde, qui ont affecté beaucoup de domaines viticoles.

Principale victime des aléas climatiques cette année, l’Argentine qui a vu sa production baisser de 17 % par rapport à 2019 et de 13 % par rapport à la moyenne quinquennale, à 10,8 m hl, en raison du phénomène El Nino.

En Amérique du Sud, le Chili qui accuse un recul de 13 % de sa production 2020, à 10,3 Mhl, a lui aussi souffert de la sécheresse.

Quant à l’Australie, elle a subi un fort déclin de sa production viticole, à 10,6 m hl (-11 % par rapport à 2019 et -16 % par rapport à sa moyenne quinquennale) : « Les sécheresses ont réduit les rendements, et durant les incendies qui ont eu lieu à la saison des vendanges, les fumées ont souillé les grappes » explique l’OIV.

Idem aux États-Unis : si les premières estimations de l’OIV, basées sur celles du ministère américain de l’Agriculture (USDA) tablent sur une production américaine de vin de 24,7 Mhl en 2020, soit une hausse de 1 % par rapport à celle de 2019, l’OIV prévient que ce chiffre pourrait être « revu significativement dans les mois à venir » lorsque « les effets réels des incendies dans les vallées viticoles de Napa et Sonoma seront évalués ».

En revanche, l’Afrique du Sud, qui avait beaucoup souffert de la sécheresse et du manque d’eau les deux années passées, a vu sa production « revenir à la normale », à 10,4 Mhl, une hausse de 7 % par rapport à 2019.

M. Roca ne « pense pas » qu’à long terme le changement climatique « affectera » les volumes mondiaux de production de vin, car « une région en compensera une autre », a-t-il dit lors de son intervention.

La hausse de 2 % de la production de vin en Russie a été soulignée par l’OIV, le Russe devenant une de ses langues officielles. « C’est bien qu’ils deviennent producteurs, ils entrent au club des producteurs et consommateurs ! » a lancé M. Roca.