(Paris) Des rendements en faible hausse, mais beaucoup d’arôme : tel est le tableau qui s’esquisse pour le millésime des vendanges 2020 en France, où la vigne a à la fois souffert et profité de la sécheresse.

Isabel MALSANG
Agence France-Presse

Selon un premier bilan mardi, la France, deuxième pays du vin derrière l’Italie en volume, mais premier en valeur, devrait produire 45 millions d’hectolitres en 2020 : c’est 6 % de plus qu’en 2019 et 1 % de plus que la moyenne des cinq dernières années, a indiqué mardi Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture.

La production a légèrement augmenté sur tous les bassins par rapport à l’année passée, qui a été l’une des plus basses depuis cinq ans, à l’exception des vins du sud-est (Drôme, Ardèche, Var), dont le volume attendu de 4,75 millions d’hectolitres s’annonce en recul de 6 % par rapport à 2019 et de 8 % par rapport à la moyenne quinquennale.

Les vins sous appellation d’origine (AOP), qui constituent la grande majorité du vignoble français, ont vu leurs volumes légèrement progresser en un an (+2 %), mais ils devraient être inférieurs à leur niveau moyen sur cinq ans (-2 %), selon Agreste.

Certaines interprofessions comme la Champagne ont en effet fixé leur niveau de production en appellation plus bas que celui de l’an dernier, en raison d’un marché économique dégradé par la crise liée à la COVID-19 et des taxes américaines imposées en octobre 2019.

Après la fermeture quasi mondiale et simultanée des restaurants et cafés pendant le confinement et une chute brutale de consommation pendant quelques semaines, la plupart des régions viticoles ont dû gérer leurs excédents, soit en recourant à des distillations de crise permises par Bruxelles, soit à des stockages en attendant des jours meilleurs.

En Bourgogne, tôt comme en 1556

Cette année, comme les raisins sont arrivés à maturité plus tôt avec la sécheresse, les vendanges ont démarré en août dans presque tous les bassins et présentent une avance « remarquable » par rapport à 2019, a souligné Agreste. Le tout dans un contexte sanitaire inédit. La plupart des grandes ripailles ou fêtes de vendanges sont annulées, parfois transformées en pique-nique au grand air.

Dans le Grand Est, les premières vendanges établissent le record de précocité de leur histoire. En Bourgogne, de mémoire de moine, il faut remonter à 1556 pour trouver un début de vendange le 16 août à Beaune, comme cette année, indiquent les registres de délibérations capitulaires de la collégiale Notre Dame publiés par le quotidien de Dijon, le Bien public.

Ceci s’explique par un printemps à la seconde place des printemps les plus chauds depuis 120 ans et par un hiver relativement doux, indique Agreste.

Dans le Bordelais, les vendanges sont presque achevées pour les vins blancs. Dans le sud-ouest, la grêle a fortement endommagé en juin le vignoble de Buzet (Lot et Garonne) où la production est estimée en baisse, et le Gers en août, entrainant des « dégâts majeurs ».

Didier Fage, président des œnologues de France, estime la qualité très bonne, « une belle tenue, un jus très aromatique et un potentiel très élevé », mais souligne auprès de l’AFP que les rendements seront « très différents selon les domaines » en raison du stress hydrique qui a bloqué en certains endroits le développement des plantes.

« Avec l’élévation des températures, on sera peut-être obligé de multiplier les vendanges de nuit dans certaines régions comme c’est déjà le cas dans l’hémisphère Sud, pour gagner 10 à 15 degrés et éviter des phénomènes d’oxydoréduction sur le raisin, car la vendange très chaude accélère la fermentation du raisin », ajoute ce spécialiste.

Selon lui, il va aussi falloir revoir « l’encépagement et les méthodes culturales », ce qui aura des conséquences agronomiques, mais aussi sociales sur les domaines viticoles.

Un mouvement déjà largement amorcé. « Par exemple, on effeuille la vigne seulement côté soleil levant pour que les grappes soient protégées des grosses chaleurs par les feuilles l’après-midi », explique Martial Beauvais, chef de culture chez Albert Bichot à Nuits-Saint-Georges (Côte d’Or).

Autre inquiétude, commerciale celle-là, liée à l’évolution de l’épidémie : « Si la confiance n’est pas là, si les touristes ne peuvent pas venir en France, l’an prochain on risque encore une situation de crise dans la viticulture », souligne M. Fage.