« Au lieu de réduire les impôts, pourquoi ne pas rendre gratuit le transport en commun ? Cela mettrait de l’argent dans les poches des contribuables et ça les inciterait à l’utiliser. »
— Jacques G.

Publié le 4 septembre
Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

L’électrification des transports est essentielle, mais ce n’est pas une panacée. Une politique efficace de mobilité durable passe aussi par une réduction du nombre d’automobiles sur nos routes et, parallèlement, par une utilisation accrue du transport collectif.

Alors ne pourrait-on pas faire grimper la popularité du métro ou des autobus en permettant à leurs usagers de les utiliser gratuitement en tout temps ? Les sommes prévues pour des réductions d’impôt — proposées par la majorité des partis depuis le début de la campagne — ne seraient-elles pas mieux investies ?

La question est pertinente et la réponse est… que c’est une fausse bonne idée.

« Si le coût du transport était le seul déterminant du choix du mode de transport, on ne verrait pas autant de voitures [et de grosses voitures] sur nos routes », explique Catherine Morency, professeure à Polytechnique Montréal, où elle est notamment titulaire de la Chaire Mobilité.

Les automobilistes sont les moins sensibles au prix d’un déplacement, renchérit Jean-Philippe Meloche, professeur de l’Université de Montréal spécialisé en économie urbaine et en finances publiques locales.

Par conséquent, si les transports en commun étaient gratuits, ce serait davantage des gens qui se déplacent à pied ou à vélo qui en profiteraient.

L’effet de la gratuité, c’est ça : ça amène plus de gens dans les transports en commun, mais pas nécessairement des déplacements plus sensés.

Jean-Philippe Meloche, professeur de l’Université de Montréal

M. Meloche donne l’exemple de piétons qui marchent généralement sur de courtes distances, mais qui prendraient plutôt l’autobus parce que ça ne leur coûterait rien.

Avec une telle mesure, on ne ferait pas diminuer de façon significative le nombre de véhicules en circulation, mais on augmenterait l’achalandage du métro et des autobus et aussi, vraisemblablement, l’insatisfaction des usagers.

À moins d’investir considérablement pour améliorer le transport collectif.

C’est d’ailleurs plutôt là-dessus qu’il faudrait miser, estime Catherine Morency. Il faut par exemple « plus de services, une plus grande priorité (sur les réseaux – voies réservées, feux prioritaires), une plus grande amplitude de services, une plus grande fréquence, moins de correspondances, de meilleures conditions d’accès (trajets piétons pour se rendre à l’arrêt), d’attente (abribus et services) et de correspondances », résume-t-elle.

Par ailleurs, si vous vous demandez combien l’État devrait débourser pour assurer la gratuité du transport en commun au Québec, sachez que cela coûterait moins cher que les baisses d’impôt promises récemment par la CAQ.

Le professeur Meloche souligne que le gouvernement paie déjà, en moyenne, les deux tiers de la facture du transport en commun dans toute la province, qui se chiffre à un peu plus de 3 milliards de dollars chaque année.

La somme payée par les usagers, qui représente environ le tiers, s’élève donc à quelque chose comme 1 milliard de dollars. Ce serait ce que Québec devrait investir s’il voulait que tous les déplacements, selon la fréquence des services offerts actuellement, soient désormais gratuits.

Bien sûr, c’est tout de même loin d’être négligeable. Mais surtout, une telle ponction pourrait nuire à l’entretien des infrastructures existantes, qui est déjà déficient, et à l’amélioration du réseau.

L’expérience et les études démontrent que chaque dollar dépensé pour des investissements en infrastructures et en amélioration du service est plus efficace qu’un dollar dépensé pour diminuer les tarifs.

Pierre Barrieau, expert en planification des transports et chargé de cours à l’Université de Montréal

« Notre réseau, au Québec, est tellement sous-financé », ajoute M. Barrieau.

C’est pourquoi l’idée de rehausser notre investissement dans le transport collectif, elle, serait excellente. Il y a là, assurément, de quoi alimenter le débat électoral au cours des prochaines semaines.