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Publié le 6 mars
Nathalie Collard
Nathalie Collard La Presse

En quoi une adhésion rapide de l’Ukraine à l’Union européenne (UE), tel que le demande le président Volodymyr Zelensky, pourrait mettre fin sur-le-champ à l’offensive russe ? Et qu’est-ce qui empêche cette adhésion immédiate ?

France Brochu

Mardi dernier, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a livré un vibrant plaidoyer à la session plénière du Parlement européen. Voici un extrait de son discours livré par vidéoconférence et sans notes, a-t-il tenu à préciser.

« Nous voulons maintenant être vos égaux. Nous voulons être membres de l’Union européenne et je pense qu’aujourd’hui nous montrons à tout le monde que nous sommes vos égaux. Et l’Union européenne sera beaucoup plus forte avec nous au sein d’elle. Sans vous, l’Ukraine sera seule. Nous avons fait preuve de notre force. Nous avons montré que nous sommes vos égaux. De votre côté, prouvez que vous êtes à nos côtés, prouvez que vous n’allez pas nous laisser tomber. Prouvez qu’en effet vous êtes des Européens. Et ensuite, c’est la vie qui l’emportera sur la mort et la lumière qui l’emportera sur les ténèbres. Gloire à l’Ukraine ! »

À première vue, une adhésion rapide à l’Union européenne pourrait permettre à l’Ukraine de sortir du giron russe sans que cela soit trop menaçant pour Vladimir Poutine. Dans les faits toutefois, c’est beaucoup plus complexe.

« Il faut voir cette déclaration comme un cri du cœur à la solidarité internationale », observe Frédéric Mérand, professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur scientifique du Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM).

« Le président a demandé à l’Europe d’aller au-delà de ses beaux discours, renchérit le chercheur Jonathan Paquin, professeur au département de science politique de l’Université Laval. Mais à part quelques pays de l’Est, personne ne veut engager les pays européens dans un conflit armé. »

En effet, il existe une clause de défense mutuelle au sein de l’UE qui oblige les pays à être solidaires. C’est justement pour cette raison que la majorité des pays membres, au nombre de 27, n’accepteront jamais la demande de l’Ukraine.

« La clause de défense mutuelle de l’UE est beaucoup moins forte que celle de l’OTAN, car cette dernière est garantie par les États-Unis, note Frédéric Mérand, du CERIUM. En Europe, la force militaire la plus importante est celle de la France et elle n’est pas de taille face aux forces armées russes. »

En temps normal, rappelle le professeur Mérand, une demande d’adhésion à l’UE peut prendre des années, voire des décennies avant d’aboutir. À titre d’exemple, la Turquie négocie la sienne depuis 20 ans. Ce que demande le président ukrainien, c’est un traitement accéléré. « Mais même lorsqu’on accélère le processus, comme dans le cas des pays de l’Est après la guerre des Balkans, il a fallu 10 ans avant que cela se concrétise », ajoute le directeur scientifique du CERIUM.

D’autres raisons expliquent l’impossibilité de cette adhésion, dont la liste de conditions pour adhérer à l’UE. En tête de ces conditions, l’absence de conflit interne et la protection des minorités, deux critères auxquels l’Ukraine ne répond pas. Frédéric Mérand en énumère d’autres : l’économie de marché, l’état de droit, et l’acquis communautaire, c’est-à-dire que l’Ukraine devait aligner ses lois sur celles de la législation européenne.

Disons que l’Ukraine a beaucoup de travail à faire avant de pouvoir exaucer ses vœux.

Cela dit, l’UE ne reste pas les bras croisés, rappelle Jonathan Paquin de l’Université Laval. « L’Europe accueille des réfugiés, elle envoie des armes et de l’aide humanitaire. Mais elle fait tout de même attention à ne rien faire qui pourrait envenimer le conflit. »