Dans son nouveau livre De zéro à millionnaire – Investir en Bourse sans souffrir, Nicolas Bérubé écrit que bien que les Québécois n’aient jamais été aussi nombreux à investir à la Bourse, les bonnes pratiques en matière d’investissement sont encore largement méconnues.

Publié le 30 janvier

Au bout du fil, un ami d’enfance voulait me convaincre d’aller le rencontrer dans une tour dorée du centre-ville de Montréal.

« Nous allons parler de tes finances », m’avait-il dit.

La suggestion m’avait fait sourire ; je n’avais pas de finances. J’avais 20 ans, j’étudiais à l’université et je travaillais à temps partiel dans une boutique de plein air pour payer mon loyer. Mon seul budget était consacré à la bière.

Fraîchement embauché par une firme de services financiers, mon ami cherchait à développer sa clientèle. Surtout parce que j’étais mal à l’aise de lui dire non, j’ai accepté son offre.

Il était vêtu d’un complet cravate quand il m’a reçu quelques jours plus tard, dans une salle de conférence déserte qui surplombait l’avenue McGill College, baignée de la lumière du soleil couchant. « Cette rencontre est absurde, ai-je pensé. C’est moi qui devrais lui poser des questions sur ses finances, pas le contraire. »

Au bout d’une heure de discussion, mon ami m’a dit : « Nicolas, je pense que la meilleure chose à faire serait de t’ouvrir un REER. Tu pourrais cotiser 25 $ par mois. »

Heureux de sentir que la rencontre tirait à sa fin, j’ai répondu par l’affirmative.

Il a glissé vers moi un dépliant.

« Quel fonds veux-tu acheter dans ton REER ? Nous avons un fonds d’actions canadiennes qui… »

Je l’ai arrêté net.

« Je ne veux pas perdre un sou, lui ai-je dit. Pas. Un. Sou. »

Il a donc investi mes 25 $ par mois dans un fonds du marché monétaire, un fonds très sécuritaire, mais dont le rendement est si faible qu’il ne couvre même pas l’inflation. Des années plus tard, j’ai réalisé qu’une fois les frais de gestion de plus de 2 % de la valeur de mon portefeuille prélevés chaque année par la firme qui employait mon ami, je m’appauvrissais au lieu de m’enrichir.

Je suis content d’avoir ouvert mon REER – que j’administre aujourd’hui moi-même. Mais je réalise qu’à 20 ans, mon ami n’avait pas les connaissances nécessaires pour me conseiller.

S’il les avait eues, sa réponse aurait été quelque chose comme : « Nicolas, tu es jeune. Tu as peut-être 70 ans devant toi. Tu peux te permettre d’ignorer la volatilité de la Bourse parce que ton horizon est tellement loin. Tu devrais surtout investir dans des fonds d’action, et ajouter de l’argent chaque mois, sans porter attention à ce que fait le marché. »

Par exemple, un portefeuille équilibré composé à 60 % d’actions canadiennes, américaines et internationales, et à 40 % d’obligations, a obtenu un rendement moyen annuel de 9 % au cours des cinq dernières décennies – en tenant compte des évènements déplaisants comme les bulles, les chutes, les dégringolades et les krachs. Un investissement de 10 000 $ en 1970 dans un tel portefeuille équilibré vaudrait près de 750 000 $ aujourd’hui.

Je suis conscient que très peu d’investisseurs ont obtenu un rendement annuel de 9 %, parce que très peu d’investisseurs ont adopté les bonnes pratiques en investissement.

Nous dénichons une compagnie extraordinaire qui nous enrichira de façon « certaine ». Ou bien nous entendons un expert à la feuille de route étincelante affirmer qu’une chute brutale est imminente, et nous vendons nos placements, le temps de « laisser passer la tempête ».

Nous attendons un krach avant d’investir. Nous investissons avec des professionnels qui nous offrent souvent des produits qui les avantagent, sans réaliser que leurs intérêts entrent en conflit avec les nôtres.

Ce qui est fascinant avec les comportements qui nous appauvrissent, c’est qu’ils ne changent pas. Les générations se succèdent. Les comportements restent.

Au moment où les Québécois n’ont jamais été aussi nombreux à faire des placements en Bourse, je réalise que personne ne vient au monde en sachant investir. Malheureusement, très peu le quittent en ayant appris à le faire.

Parce qu’investir n’est pas enseigné à l’école, bien des gens croient aussi que c’est trop compliqué, trop risqué, ou trop abstrait, sans réaliser que bien investir est extrêmement simple, et virtuellement à la portée de tous.

Les ouvrages qui enseignent à investir en Bourse ont souvent le défaut de tenir pour acquis qu’avec les outils nécessaires pour distinguer les compagnies prometteuses, les investisseurs peuvent se lancer et se bâtir un portefeuille capable de croître de jolie façon avec les années.

Pourtant, des chercheurs ont démontré que nos émotions et notre comportement contribuent nettement plus à notre succès que la valeur de n’importe quelle compagnie cotée en Bourse.

Les toutes dernières études montrent aussi que dépenser notre énergie et notre temps à chercher les actions qui vont nous enrichir nous mène essentiellement à nous appauvrir.

Que l’on investisse soi-même ou que quelqu’un le fasse pour nous, il est plus avantageux d’acheter la botte de foin au complet que de passer son temps à rechercher l’aiguille. Une stratégie contre-intuitive, mais payante et qui nous permet de rejoindre le peloton de tête des meilleurs investisseurs sur le globe. Nous battrons au passage les rendements des experts de la finance, ces gens éduqués et très bien payés que l’on voit rouler en véhicules luxueux pour aller gérer des millions de dollars du haut de leur tour du centre-ville.

Car, lorsqu’il est question d’investissements financiers, bien des gens consomment de la malbouffe en s’imaginant prendre soin de leur santé – une illusion entretenue par des institutions et des professionnels qui prétendent bien nous conseiller.

Qui est Nicolas Bérubé ?

Nicolas Bérubé est journaliste à La Presse. Il a vécu durant sept ans en Californie en tant que premier correspondant du quotidien dans l’Ouest américain. Son premier livre, Les millionnaires ne sont pas ceux que vous croyez, qui portait sur les habitudes des Québécois riches, a provoqué une foule de remises en question auprès de son lectorat.

De zéro à millionnaire – Investir en Bourse sans souffrir

De zéro à millionnaire – Investir en Bourse sans souffrir

Éditions La Presse, janvier 2022

249 pages