Malgré un accord surprise entre la Chine et les États-Unis, qui relance quelque peu les projections, les résultats de la COP26 ne sont pas à la hauteur des espoirs. Si l’objectif était de résoudre la crise climatique, les engagements pris par les États faillissent largement à la tâche.

Bruno Charbonneau Professeur titulaire au Collège militaire royal de Saint-Jean et directeur du Centre FrancoPaix de la Chaire Raoul-Dandurand

En effet, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), les contributions déterminées par chaque gouvernement avant la COP26 permettraient de réduire les émissions de 2030 d’à peine 7,5 %, alors qu’une baisse de 30 % est nécessaire pour limiter le réchauffement à 2 °C et de 55 % pour le limiter à 1,5 °C. De plus, de nombreux pays qui ont pris des engagements pour la réduction nette des émissions ne semblent pas avoir de plan concret pour y parvenir. Ce manque d’ambition viendra avec son lot de conséquences, dont certaines en matière de sécurité.

Mais qu’en est-il des enjeux sécuritaires de la crise climatique ?

Sécurité climatique

Depuis une quinzaine d’années, le changement climatique est de plus en plus considéré comme un problème de sécurité. Le Conseil de sécurité des Nations unies reconnaît que celui-ci peut agir comme un « multiplicateur de menaces » qui aggrave d’autres facteurs au cœur des conflits armés. À son sommet annuel de juin dernier, l’OTAN a annoncé son objectif de devenir « l’organisation internationale de référence s’agissant de comprendre les incidences du changement climatique sur la sécurité et de s’y adapter ».

S’il est largement admis que les changements climatiques entraînent des répercussions sur la sécurité, il n’existe pas de récit commun ni de conceptualisation ou de compréhension partagées. Les politiques, les groupes de réflexion (think tank) et les universitaires sont souvent en désaccord sur ce qui constitue des réponses appropriées. De plus, ces discours n’ont pas conduit à des actions concrètes. Les informations, les données et les analyses sont disponibles, mais le passage de la conceptualisation à la mise en œuvre peine à naître.

Peut-on parler de guerres du climat ? Y a-t-il des liens entre climat et conflits ? Les recherches universitaires sur le sujet peinent à déterminer le lien de cause à effet. Ce qui semble plus prometteur demeure les recherches sur les causes indirectes (causal pathways), c’est-à-dire les effets de la crise climatique sur la sécurité alimentaire, l’agriculture, les migrations, l’ampleur des désastres naturels et les relations économiques qui pourraient engendrer de l’instabilité. Dans ce cas, le climat n’est ni nécessaire ni suffisant pour déclencher un conflit, mais la situation peut s’envenimer selon la manière dont réagissent les gouvernements, institutions, organisations et acteurs qui répondent à la crise climatique.

Parallèlement, les décideurs, praticiens et chercheurs de la sécurité réfléchissent aux menaces directes qui pèsent sur les bases militaires et infrastructures stratégiques, aux effets sur l’environnement opérationnel des forces armées et aux demandes accrues (à venir) d’interventions humanitaires.

Avec la recrudescence des désastres d’origine climatique, les forces militaires de multiples pays de l’OTAN interviennent de plus en plus souvent.

Dans de nombreux cas, les catastrophes causées par des évènements météorologiques extrêmes – ou la COVID-19 – ont amené les forces militaires à jouer un rôle de soutien dans la gestion civile des crises : livraison de provisions, évacuation des citoyens, remise en état des infrastructures essentielles et soutien général aux plans d’intervention.

Si, ce faisant, les forces armées ont acquis une expérience précieuse, ces activités soulèvent la question de la mission militaire : qu’est-ce que la sécurité (ou la défense nationale) dans un monde menacé par la fonte des glaciers, l’augmentation du niveau des mers et des températures, la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes et le déclin de la biosphère ? La sécurité de qui ou de quoi parlons-nous ?

Enjeux éthiques

Ultimement, les réponses apportées ne pourront que s’appuyer sur différents engagements éthiques. Les questions liées à la réduction de l’utilisation des énergies fossiles deviendront centrales aux recherches en sécurité climatique : prévenir l’instabilité ou les conflits climatiques passe nécessairement par la décarbonation et par la transition énergétique de l’économie mondiale, mais ces transformations portent en elles des sources d’insécurité. D’autant que les émissions de CO2 des forces militaires sont exclues des pourparlers de la COP... alors que le Pentagone émet davantage de gaz à effet de serre que le Portugal ou la Suède !

Au cœur des enjeux de sécurité climatique se trouvent donc des risques géopolitiques importants, mais aussi le danger de creuser l’écart entre les pays développés et les autres. Les pays développés, historiquement responsables de la crise climatique, sont les plus à même de la mitiger et de s’adapter, alors que les pays du « Sud global » ont peu d’influence sur les enjeux géopolitiques climatiques. Avec des capacités limitées pour s’adapter, ces derniers subiront le plus rudement les conséquences et, sans doute, verront les pratiques de la sécurité climatique imposées sur leur territoire.

Plus près qu’on pense

Les enjeux de sécurité climatique sont également une priorité pour le Canada. Au sommet de l’OTAN en juin dernier, le premier ministre Trudeau a appuyé la vision de cette organisation en affirmant l’ambition canadienne d’établir un Centre d’excellence de l’OTAN pour le climat et la sécurité. Le Centre d’excellence serait le premier du genre établi au Canada et, si tout se déroule comme prévu, verra le jour en 2023.

Pour aller plus loin

Lisez Face à Gaïa – Huit conférences sur le nouveau régime climatique de Bruno Latour
Parcourez « Le programme pour l’environnement de l’ONU (UNEP) »
Écoutez le balado de François Bellefeuille 3,7 planètes
Lisez le Bulletin FrancoPaix « La sécurité climatique au Sahel : pour qui et pour quoi ? »