La langue française évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, notre conseillère linguistique décortique les mots et les expressions qui font les manchettes ou qui nous donnent du fil à retordre.

Lucie Côté La Presse

On ne sait pas toujours quel terme employer – aborigène, autochtone, indigène ? – pour désigner les premiers habitants d’un lieu, ceux qui sont originaires du pays où ils vivent.

Le nom autochtone est un terme générique que l’on peut utiliser sans problème. Il n’est pas fautif non plus d’écrire par exemple les peuples aborigènes de l’Amérique du Nord. Mais dans les journaux, on remarquera que le terme aborigène désigne le plus souvent les autochtones d’Australie. Le nom indigène – sans la connotation péjorative associée à la colonisation – s’emploie plus, lui, pour désigner les peuples de l’Amazonie, par exemple.

Même si aborigène, autochtone et indigène sont des noms communs, de nos jours, les gens ont tendance, comme le souligne l’Office québécois de la langue française (OQLF), à les considérer comme des noms propres et à écrire les Aborigènes, les Autochtones. Quand le mot est adjectif, il ne prend pas la majuscule : les peuples autochtones, la population aborigène.

Quant au terme pensionnat autochtone, on peut lui préférer pensionnat pour Autochtones, plus juste, puisque ces établissements n’étaient pas administrés par des Autochtones. On peut également trouver que le nom pensionnat est lui aussi inapproprié dans les circonstances.

Si on préfère le terme Premières Nations pour désigner les Autochtones, on doit savoir qu’il n’englobe ni les Inuits ni les Métis, qui forment des peuples autochtones distincts. Tenir compte des expériences des membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

À La Presse, on suit, comme l’OQLF et d’autres sources, l’usage moderne du français et on n’écrit pas un Inuk, des Inuit, mais plutôt un Inuit, les Inuits, une Inuite, les Inuites.

On met une majuscule au nom métis parce qu’il désigne ici les Autochtones d’ascendance mixte autochtone et européenne de l’Ouest canadien. Le Métis Louis Riel.

Quant aux noms indien et amérindien, on les emploie dorénavant plus rarement. Le mot indien figure encore dans le vocabulaire administratif (dans le nom de la Loi sur les Indiens, par exemple). Le nom amérindien a été retiré de manuels d’histoire du secondaire et remplacé par autochtone.

Courrier

Féminicide et fémicide

Question : J’aimerais savoir pourquoi on entend plus souvent féminicide que fémicide. Après tout, on utilise homicide, fratricide, etc. Pourquoi s’encombrer d’une syllabe qui n’ajoute rien à la valeur du mot ?

Réponse : Le mot féminicide, qu’on emploie maintenant pour désigner le « meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe », a été préféré à fémicide parce que ce dernier est un anglicisme (femicide est la contraction des mots anglais female et homicide). En français, c’est le latin femina (« femme ») qui a été employé et qui a donné la syllabe supplémentaire du mot féminicide.

La linguiste Aurore Vincenti a publié un billet très intéressant sur la question (on y apprend que féminicide n’est pas aussi récent qu’on pourrait le croire) sur le blogue Dis-moi Robert.

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