La langue française évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, notre conseillère linguistique décortique les mots et les expressions qui font les manchettes ou qui nous donnent du fil à retordre.

Lucie Côté La Presse

On voit souvent le pronom on accordé au pluriel, dans les articles du journal. Ce n’est pas une erreur. On n’exclut pas toujours la personne qui parle.

Il peut être employé notamment comme substitut familier de nous, par exemple dans les citations, qui rapportent les propos des personnes interviewées. On a été déçus d’apprendre la décision du gouvernement. On est tannés de vivre comme ça. On est allées voir un spectacle samedi soir.

Mais si on est employé comme pronom indéfini ou s’il remplace chacun, comme dans le cas d’un proverbe, il restera au masculin singulier. C’est peut-être ce qui explique qu’on a l’impression de voir une faute quand le participe passé est accordé. On s’est battu encore hier à Kaboul. On est venu livrer un colis en mon absence. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

On peut aussi être employé par modestie, à la place de je. On a été ravi d’apprendre la parution de ce livre. On est persuadée que c’était une bonne décision.

On peut également employer le nous de modestie. Ici aussi, l’accord de l’adjectif ou du participe passé se fait avec le vrai sujet de la phrase, donc au singulier, puisque le pronom désigne l’auteur du texte, tandis que le verbe est au pluriel.

Cela signifie donc qu’une journaliste ne fait pas de faute en écrivant Nous avions été invitée par la production, nous avons été surprise par sa réponse, nous sommes ravie de recevoir enfin ce disque.

Au masculin, on écrira par exemple Nous sommes convaincu qu’il mentait. Nous sommes sûr que lecteur sera d’accord avec notre analyse.

Courrier

Question

Quelle est la différence entre admissible et éligible en français ?

Réponse

Il est préférable de réserver le terme éligible au vocabulaire des élections. C’est ce que nous faisons à La Presse. Il s’emploie alors pour désigner une « personne qui répond aux conditions pour se présenter à une élection, qui peut être élue ». Cette année, il y a quatre candidats éligibles à la mairie. Les éligibles. Candidat inéligible. Éligibilité signifie « aptitude à être élu ».

C’est sous l’influence de l’anglais qu’éligible est employé au lieu d’admissible. On dira plutôt qu’une personne est admissible à une bourse, à un emploi, à un examen, à un concours, à un tirage, à l’aide sociale, à l’assurance-emploi. Une entreprise est admissible à une subvention.

Il existe aussi d’autres façons de traduire cette idée. En voici quelques-unes : avoir droit à une bourse d’études, à une indemnité, à une subvention. Pouvoir participer à un concours ou à un tirage. Remplir les conditions requises pour être promu. Avoir les compétences voulues. Pouvoir poser sa candidature, être qualifié pour le faire.

On remarquera cependant que l’adjectif éligible figure maintenant dans les dictionnaires français (Larousse et Robert) pour désigner une personne ou un produit « qui satisfont aux conditions requises pour l’obtention d’un droit : Fonctionnaire éligible à une prime. Médicament éligible au remboursement ». Le Robert indique que ce sens est venu de l’anglais.

Vous avez des questions sur la langue française ? Posez-les à notre conseillère linguistique.