Dans Le rire de ma mère, Suzanne Clément incarne une femme exubérante, en grand appétit, qui n'hésite pas à détourner les conventions pour mener sa vie comme elle l'entend. Tout comme l'actrice?

Marc-André Lussier LA PRESSE

Suzanne Clément était de passage cette semaine à Montréal, une ville qu'elle aime d'amour, tout comme Paris, qui lui sert maintenant de port d'attache. L'actrice est d'autant plus radieuse qu'elle s'est offert une pause de quelques mois, après avoir enchaîné plusieurs projets coup sur coup.

«Je vis à Paris, dans un appartement. Je suis installée ! lance-t-elle dans un grand éclat de rire. Il y a des projets intéressants pour moi là-bas, mais je n'ai pas de plan. Je n'en ai jamais eu.»

Je n'ai aucune idée si je resterai à Paris pendant plusieurs années ou pas. Mon désir d'actrice est clair et il va au-delà des rôles. J'ai besoin de grandir dans le travail et, surtout, de participer à des projets où l'acte de jouer se transforme en plaisir!»

Dans Le rire de ma mère, l'actrice a été comblée en se glissant dans la peau de Marie, personnage de mère non conventionnelle. Cette dernière, déjà mue par un appétit de vie particulier, veut mordre encore plus dans l'existence quand elle apprend que ses jours sont comptés. La relation qu'elle entretient avec son préado (Igor Van Dessel), apprenti acteur bloqué par sa timidité, sera teintée de cette énergie. Cette histoire est librement inspirée de celle qu'ont vécue les coréalisateurs Colombe Salignac et Pascal Ralite, qui forment un couple dans la vie.

«J'aurais sans doute ressenti une pression supplémentaire si le récit avait suivi à la lettre l'histoire de cette femme, que je n'ai pas connue, mais ils m'ont dit dès le départ que le film en était très librement adapté, que nous étions vraiment dans une histoire de cinéma. En revanche, j'ai trouvé très intéressante la rencontre avec le médecin et l'infirmière qui ont soigné la femme qui a inspiré le film. Pour une actrice, c'est intéressant, surtout pour incarner un personnage haut en couleur comme celui-là, car ça donne le ton. Ce film n'est pas lourd du tout, mais il évoque quand même un moment de l'existence qui révèle aussi une partie de la vraie nature des gens. Comme une pulsion de vie qui s'accélère.»

Une parenté

Suzanne Clément dit en outre trouver en ce personnage une parenté avec elle, avec cet appétit de la vie qui l'habite aussi.

«J'ai ressenti cette pulsion quand j'ai franchi la quarantaine, explique-t-elle. C'est comme un truc qui jaillit en soi, qui fait en sorte qu'on va là où on a envie d'aller. C'est ce que j'ai fait. Et puis, j'ai aussi déjà accompagné des proches dans ce genre de moment. Tu sors de l'hôpital, tu montes dans ta voiture et tu as juste envie de crier, comme si tu ressentais alors la vie en toi comme jamais. C'est cet appétit de la vie que Marie veut léguer à son fils.»

Au départ, les coréalisateurs souhaitaient intégrer une souche plus québécoise au personnage, mais, mis à part une référence, Marie s'exprime avec un accent bien français.

«J'étais plus réticente parce qu'on pouvait alors tomber facilement dans le cliché. Il a même été question de sirop d'érable à un moment donné. Je leur ai dit: "Non, quand même, pas ça." Et on en a ri. Avec toute la délicatesse dont ils font preuve dans leur film, il me semble que ça aurait juré sur le reste. Ils sont vraiment adorables, tous les deux!»

Un chemin différent

Suzanne Clément hérite souvent de rôles de femmes plus excentriques, qui tracent un chemin différent de celui que la société attend parfois. Cet aspect de sa personnalité d'actrice inspire visiblement les cinéastes.

«Je dois avoir un côté moins conventionnel dans ma façon de vivre aussi, encore davantage aujourd'hui, je dirais. Souvent dans ma vie, je n'ai eu qu'un espace dans un entrepôt à Montréal. Et ça m'excitait. À mes yeux, ce lieu où tu ne fais que déposer des choses symbolise la liberté et notre rapport aux objets. Ce sont ceux auxquels on se raccroche quand on décide d'aller voir ailleurs. On sous-estime le choc culturel entre la France et le Québec parce qu'on partage la même langue, mais il est bien présent. Mais même si c'est compliqué parfois, j'adore être là. J'ai vraiment deux amours maintenant!»

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Le rire de ma mère est à l'affiche.

Photo fournie par K Films Amérique

Suzanne Clément dans une scène du film Le rire de ma mère