En portant à l’écran Nos belles-sœurs, d’après le théâtre musical inspiré de la mythique pièce de Michel Tremblay, René Richard Cyr a voulu rendre hommage à la combativité des ménagères de la classe ouvrière. La Presse a rencontré le réalisateur, la productrice Denise Robert et celle qui incarne Germaine Lauzon, Geneviève Schmidt.

Friande de comédies musicales, la productrice Denise Robert rêvait depuis une dizaine d’années de porter au grand écran la version musicale des Belles-sœurs de Michel Tremblay, mise en musique par Daniel Bélanger dans une mise en scène de René Richard Cyr en 2010.

« C’est vraiment Denise Filiatrault qui m’a transmis l’amour des personnages et de l’univers de Michel Tremblay. Elle a été pour moi une prof exceptionnelle », raconte celle qui a produit C’t’à ton tour Laura Cadieux (1998) et Laura Cadieux… la suite (1999), d’après le roman de Tremblay.

En 2018, elle obtient les droits pour l’adaptation cinématographique des Belles-sœurs. Il ne restait plus qu’à trouver celui ou celle qui allait relever le défi de faire revivre ces personnages qui font partie de l’imaginaire collectif des Québécois depuis la création de la pièce en 1968.

La seule personne à qui je pensais, c’était René Richard Cyr, parce qu’il connaît par cœur ces personnages-là. Comme il a cette capacité de diriger des acteurs, ce qui est essentiel au cinéma, je me disais que le reste, c’était de l’entourer d’une équipe et de l’accompagner par rapport à toute la technique, au langage cinématographique. Et lui, c’est un petit premier de classe.

Denise Robert, productrice

« J’ai trouvé l’expérience très agréable et je serais heureux de la répéter, mais je dirais que ça demande une nécessité intérieure, viscérale. Je ne peux pas dire que je cours après le prochain film. On m’avait déjà proposé des films auparavant, mais quand on m’a demandé de faire Les belles-sœurs en film, je ne pouvais pas dire non, même si j’avais peur », confie René Richard Cyr, rencontré après la projection de presse de Nos belles-sœurs.

Si le film comporte des chansons, le réalisateur se défend bien d’avoir signé une comédie musicale. Sa relecture des Belles-sœurs est bel et bien une comédie dramatique.

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« Dans certains films américains, on dirait que tout s’arrête et là, c’est comme un vidéoclip. Ce qui était très important, c’était que le chant fasse partie de la dramatique et fasse avancer l’histoire. Il fallait que ce soit organique », avance Denise Robert.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Geneviève Schmidt et René-Richard Cyr

« Ce n’est pas une œuvre prétexte à chansons, explique le metteur en scène. Dans les comédies musicales, les chansons nous font planer au-dessus du récit, alors que là, les chansons nous amènent plus au cœur de leur révolte, de leurs secrets. »

Ce ne sont pas des chansons pour alléger le tout, mais pour dévoiler des choses. Le fait qu’il y ait des chansons donne des permissions scénaristiques, mais surtout esthétiques où l’on peut décoller, léviter un tout petit peu.

René Richard Cyr, réalisateur

« René Richard le répétait, ce n’est pas une comédie musicale, ce sont les personnages qui chantent. On peut donc fausser, ne pas avoir une belle voix, mais on doit toujours être dans la vérité », dévoile Geneviève Schmidt, qui incarne Germaine Lauzon, grande gagnante d’un million de timbres-primes.

Reine du foyer

Jeune, Geneviève Schmidt rêve de jouer du Tremblay et même de jouer aux côtés de la regrettée Luce Guilbeault, l’une des actrices fétiches du dramaturge et du metteur en scène André Brassard. En 2009, peu après sa sortie de l’École nationale de théâtre, elle joue dans L’effet des rayons gamma chez les vieux garçons, de Paul Zindel, dans une traduction de Michel Tremblay et une mise en scène de René Richard Cyr. L’année suivante, elle incarne Lucienne dans Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, d’après le roman de Tremblay, dans une mise en scène de Serge Denoncourt.

PHOTO FOURNIE PAR TVA FILMS

Genviève Schmidt dans le rôle de Germaine Lauzon

« J’ai vu la rigueur de jouer du Tremblay, que je trouve très difficile à jouer », révèle l’actrice.

Je pense qu’en jouant du Tremblay, plusieurs actrices se “matantifient”, et Dieu sait que ce n’est pas ça. Mon défi, c’était donc de le faire le plus vrai possible.

Geneviève Schmidt, comédienne qui incarne Germaine Lauzon

« En voyant le film, j’étais fière de moi, fière de porter ces mots-là sans qu’ils soient lourds à porter. Ce sont des mots merveilleux qui touchent les gens et les rassemblent, et leur font penser à leurs tantes. »

C’est pour se rapprocher de ces femmes-là que René Richard Cyr a retravaillé le scénario original, sacrifié des scènes et des numéros, ainsi que demandé à Daniel Bélanger de remanier certaines chansons.

« Je voulais connaître ces femmes-là, connaître leur misère, ce qui n’excuse pas le fait qu’elles volent des timbres, leur inventer un passé. Sans dénigrer le travail initial, j’avais l’impression de prendre de l’argenterie et de lui redonner un autre lustre. Le scénariste a eu beaucoup de plaisir de reprendre ces personnages-là et de leur inventer des maris, des enfants, d’autres situations », confirme-t-il.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Geneviève Schmidt

« L’intelligence de René Richard, c’est d’avoir ajouté ces deux scènes avec mon mari Henri, qui est joué par Steve Laplante, pour qui j’ai eu un coup de foudre professionnel. Ce sont des scènes simples, mais qui peuvent être difficiles à jouer. Pour René Richard, Germaine est une femme heureuse et il voulait qu’on voie que son mari est un homme bien, un homme bon. C’était important de montrer qu’ils s’aiment et se désirent encore », dévoile Geneviève Schmidt.

Au départ, René Richard Cyr songeait à camper l’action dans des tonalités de bruns et de gris. Amoureux fou des comédies musicales de Jacques Demy, il a préféré une palette plus pimpante.

« André Brassard est mon mentor. Au début, j’avais peur d’être en train d’édulcorer une misère en la rendant flamboyante et colorée. Je me disais que maintenant, cette misère-là, il faut vraiment être aveugle pour ne pas la voir. Dans Nos belles-sœurs, et non Les belles-sœurs, c’est leur force, leur vitalité, leur beauté que je veux saluer parce que je crois profondément que si on n’avait pas eu nos mères, mon Dieu qu’on serait donc épais ! », conclut le réalisateur.

En salle le 11 juillet