Simon Coutu LA PRESSE

De Montréal à Jérusalem, en passant par New York, le documentaire Quitter le bercail, réalisé par Eric Scott, expose le monde de jeunes juifs assoiffés de liberté qui décident de s'affranchir de leur communauté hassidique. Un mouvement qui dictait leurs moindres faits et gestes.

Levi Hiven, un Juif montréalais de 28 ans, est le protagoniste du documentaire. En entrevue avec La Presse, il s'excuse de ne pas parler français. «Désolé, je n'ai pas eu d'éducation séculière, dit-il. Lorsque j'étais enfant, j'étudiais de 7 h 30 à 21 h 30 à la yeshiva (école talmudique). Il n'y avait pas de place pour autre chose que la vie hassidim.»

M. Hiven et son frère ont tous les deux décidé de quitter leur communauté hassidique, au grand dam de leur père, qui prie encore tous les jours pour leur retour. «Je ne voulais pas faire un film pour les Juifs, mais plutôt un document sur la relation entre un père et ses fils», dit le réalisateur.

Le film montre toute la complexité du mouvement hassidique. Il présente aussi les raisons qui poussent certains à décider de changer de vie. Les conséquences de ce choix sont souvent violentes. C'est parfois l'étape ultime avant le suicide.

Un jeune New-Yorkais, qui a immigré en Israël, raconte dans Quitter le bercail comment il a vécu son mariage forcé. «Vous couchez avec une femme que vous n'aimez pas, décrit-il. Vous ne vous êtes jamais rencontrés avant. On peut appeler ça un viol.»

Assis sur une terrasse du Mile End, M. Scott explique que Quitter le bercail est une histoire universelle. «La vie des cinq jeunes juifs hassidiques du film est très semblable à celle d'un adolescent d'une famille d'avocats qui décide d'être journaliste au lieu de suivre les traces de son père.»

Au départ, l'idée de participer à un autre film sur le judaïsme n'enchantait pas le cinéaste montréalais. Après avoir réalisé Je me souviens, un documentaire sur l'antisémitisme au Québec dans les années 30, et Les autres sionistes, un film sur des femmes israéliennes qui défendent les droits des Palestiniens, il craignait d'être étiqueté comme un documentariste qui ne fait que des histoires de Juifs.

Après le débat sur les accommodements raisonnables, Eric Scott voulait donner l'heure juste sur les hommes et les femmes hassidiques que l'on voit déambuler à Outremont. «Les Juifs ne sont pas la communauté la plus adorée au Québec, observe-t-il. Les gens ont souvent une perception erronée de la communauté hassidim. C'était important de faire le point.»

Malgré la rigidité de la foi hassidique et les critiques qu'en font les personnages du film, M. Scott, lui-même juif séculier, a une grande admiration pour cette communauté. «Les hassidim ne sont pas affectés par toutes les influences de l'extérieur et par la consommation. J'admire leur capacité de rester au coeur des villes tout en préservant leur culture.»

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Quitter le bercail (Leaving the Fold), ce soir, 21 h 30, au cinéma ONF. À l'affiche du Cinéma du Parc, du 5 au 10 septembre.