Des milliers de policiers en tenue anti-émeutes gardaient jeudi des salles de cinéma indiennes à l'occasion de la sortie de la superproduction de Bollywood Padmaavat, objet de la fureur de groupes radicaux hindous.

Quelques mouvements extrémistes religieux et de caste sont vent debout depuis des mois contre ce film sur une mythique reine hindoue dont l'histoire se déroule au tournant du XIVe siècle, une controverse symptomatique des crispations politico-religieuses actuellement à l'oeuvre en Inde.

Ils accusent le long métrage, qu'ils n'avaient pas vu et en dépit des dénégations du réalisateur, de montrer une romance entre la Rajput Padmaavati et le conquérant musulman Ala ud-Din Khalji, qui s'est emparé de la forteresse de Chittorgarh en 1303.

Cette protestation a pris un tour violent, avec plusieurs émeutes localisées dans différents États du nord de l'Inde ces derniers jours. En banlieue de New Delhi, des manifestants ont attaqué un bus scolaire.

Dans la capitale, la police avait installé jeudi matin des barrières devant des cinémas projetant le blockbuster. Certaines salles avaient choisi de ne pas afficher les habituels panneaux publicitaires à l'extérieur pour éviter d'attirer l'attention.

Sur Connaught Place, le gérant d'un cinéma a décrit à l'AFP une «atmosphère de peur» en raison des menaces, mais espère que les violences s'éteindront au cours du week-end.

«À l'heure actuelle, il y a un peu de peur, mais avec une protection policière hermétique nous espérons que la situation s'améliorera vite», a déclaré Sanjay Bhargava.

Les opposants au film menacent d'attaquer les quelque 5000 salles qui diffusent le long métrage. Padmaavat offense, selon eux, les sensibilités de la caste traditionnellement guerrière des Rajputs.

Bien au contraire, «l'invocation constante du courage rajput et de la vilénie musulmane nourrit la paranoïa de la droite hindoue», note le site The Wire, après avoir visionné ce film qu'il va jusqu'à qualifier de «propagande culturelle déguisée en drame historique».

Le déploiement de forces de sécurité n'a pas dissuadé Sabrina Ghosh, une jeune cinéphile, de se rendre à l'une des premières séances de la journée dans un cinéma de Delhi. Elle juge «répugnante» l'agitation autour du film.

«Personne n'a le droit de se promener en incendiant des bus et des voitures. Si vous ne l'aimez pas, n'allez pas le voir», a-t-elle dit à l'AFP.

Face à l'agitation, plusieurs États contrôlés par le Bharatiya Janata Party (BJP) ont voulu bannir Padmaavat au nom de la protection de l'ordre public. Une interdiction qui a été rejetée par la Cour suprême, celle-ci estimant qu'elle enfreignait la liberté artistique.

En janvier de l'année dernière, des membres du Rajput Karni Sena, un groupe de caste, avaient saccagé le plateau du tournage au Rajasthan. Son meneur avait également offert une récompense de 50 millions de roupies (970 000 $) à quiconque «décapiterait» le réalisateur ou l'actrice principale.

Malgré les manifestations, des spécialistes du cinéma prédisent que le film - porté par certaines des plus grosses stars de Bollywood comme Deepika Padukone et Ranveer Singh - fera un carton au box-office.

La plupart des historiens estiment que Padmaavati est une reine de légende, qui n'a jamais réellement existé.