Le cinéaste italien Nanni Moretti a reconnu avoir «anticipé la réalité» avec son film sur un pape en proie au doute, Habemus Papam, sorti deux ans avant la démission annoncée lundi par Benoît XVI.

Publié le 12 févr. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je suis très embarrassé, que devrais-je dire? C'est vrai qu'au cinéma cela arrive d'anticiper la réalité», a admis le réalisateur que des films comme Caro Diario ou La chambre du fils ont fait connaître, dans un entretien au journal Repubblica.

À propos des similitudes quasi prémonitoires entre certaines scènes de son film et la stupeur provoquée sur la Place Saint-Pierre par l'annonce de Benoît XVI, Nanni Moretti a souligné que c'était «comme si un geste simple, quelques pas en arrière d'un homme, pouvaient faire s'écrouler Saint Pierre, voire même l'Église».

Son intention, à travers son pape incarné par l'acteur français Michel Piccoli, n'était «pas de raconter la réalité telle qu'elle est mais comme elle pourrait être», pas de «faire un film à partir d'extraits de journaux sur les divers scandales comme la pédophilie, les problèmes financiers». Et il s'est toujours défendu de s'être inspiré du cardinal allemand Joseph Ratzinger, qui, avant de devenir pape en 2005, avait exprimé le souhait de se retirer pour écrire des livres.

«Je cherchais à raconter l'irruption dans l'Histoire, avec une majuscule, de la crise vécue par un homme qui n'accepte pas de faire prévaloir son rôle, aussi sacré et puissant qu'il soit, sur sa propre nature humaine», a expliqué Nanni Moretti.

«Si ce n'est pas actuel, tant pis, mais c'est ce que je voulais raconter...et nous y voilà!!», a noté le réalisateur d'autres oeuvres prémonitoires comme Palombella Rossa sur les désillusions d'un militant du Parti communiste italien, sorti deux ans avant la chute du Mur de Berlin.

«Le sujet tournait déjà autour de la même question : une crise individuelle, humaine qui révèle l'effondrement d'un monde, d'une institution», a estimé Nanni Moretti.

Dans Habemus Papam, qui met en scène une crise d'angoisse du cardinal Melville à peine élu pape, «beaucoup s'attendaient à ce que je raconte les candidatures spontanées, les complots, les intrigues pour occuper le trône pontifical», a reconnu Nanni Moretti.

En réalité, a-t-il dit, «je ne sais pas ce qui se passe au cours d'un conclave (de cardinaux réunis pour élire le pape, ndlr) et je n'ai pas voulu reproduire pour la énième fois les atmosphères et scènes vues dans tant de films et de téléfilms». «Je voulais raconter mes cardinaux, en proie au doute, plein d'humanité, de crainte».

Nanni Moretti a reconnu avoir exprimé dans son film «un sentiment ambivalent»: «d'un côté une représentation de ce monde-là de façon plus humaine de la part d'un non croyant, de l'autre une critique contre l'Église qui essayait d'être plus profonde qu'un anticléricalisme de façade».