Anabelle Nicoud LA PRESSE

Attention, talent. Sébastien Pilote s'apprête à s'envoler pour Locarno, en Suisse, quand nous le rencontrons à Montréal. C'est un saut dans l'inconnu pour le jeune réalisateur, dont le court métrage Dust Bowl Ha!Ha! est le seul film canadien en compétition officielle dans la catégorie «Léopards de demain» du festival.

Le festival de Locarno, et, dans la foulée, celui de Toronto. «Je suis comblé. Je pourrais arrêter d'envoyer le film», dit Sébastien Pilote. Il pourrait, mais voilà, Dust Bowl Ha! Ha! risque bien de se retrouver dans la programmation d'autres festivals de cinéma, au Québec et à l'étranger, dans les prochains mois.

Son auteur s'amuse qu'un film estampillé Saguenay fasse son chemin sur les écrans internationaux. Dust Bowl Ha! Ha!, c'est le drame en mots et en musique d'un homme qui perd son emploi à la fermeture d'une usine de la baie des Ha! Ha!

La fermeture d'usine à la baie des Ha! Ha! a bien eu lieu, il y a deux ans. Son inspiration, le réalisateur la puise dans les pertes d'emploi et la «nausée» qu'il ressent en lisant le journal local qui répète, à l'écoeurement, la nouvelle. «Je me suis dit qu'il fallait revenir à ce drame, mais dans la vie de tous les jours. Des scènes poétiques, de la vie. Je voulais des images qui marquent», raconte-t-il.

Les images marquantes sont celles d'un père de famille qui vend sa motoneige. S'achète une pelle, et creuse. Ou éclate en sanglots, devant sa famille. Les mots sont ceux de plusieurs travailleurs de l'usine, licenciés, et des Raisins de la colère de Steinbeck, à qui Sébastien Pilote emprunte une partie de son titre.

Pas du «cinéma de CLSC»

La grâce du film tient dans sa langue, poétique, et dans sa musicalité entêtante, empruntée à Pierre Lapointe (La ritournelle). Le drame social est le terreau fertile d'une recréation personnelle, hors du temps, des frontières, et du cul-de-sac de Ha! Ha! «Je voulais me servir du décor, de l'actualité. Je ne voulais pas que les gens disent que c'est un film sur cette usine.»

La démarche rappelle celle de l'écrivain français François Bon, qui, de la fermeture d'une firme coréenne, a tiré un roman polyphonique (Daewoo). Sébastien Pilote ne connaît pas l'auteur, mais, tout comme lui, il a pris la parole des travailleurs, car «dans les phrases les plus banales se trouvent parfois les plus belles des poésies».

Quand il ne fait pas des courts, Sébastien Pilote fait du reportage pour la télé. Loin de lui l'idée de verser dans le social au cinéma. Le jeune homme pourfend «le cinéma de CLSC». «Pour moi, du purement social est pas intéressant, dit-il. Quand ça ne transcende pas la réalité, ça parait dans le cinéma.»

Après l'usine, Sébastien Pilote a des idées pour des courts, des longs, mais n'a pas d'échéancier. «Je prendrais bien une caméra et je filmerais ce que je veux, j'attendrais pas qu'on me le demande», prévient-il. «J'aime voir des gars comme Denis Côté, Rafaël Ouellet, Stéphane Lafleur, tu sais, du monde qui attendront pas d'avoir 3 millions pour faire leur film. Qui vont faire un cinéma authentique, plus dans la marge, mais sincère.»

Vivant toujours au Saguenay, Sébastien Pilote se tient loin de la pub et des téléséries. «Si j'étais à Montréal, ça me ferait prendre une route différente. J'aurais peur de bifurquer. Le reportage est une meilleure école pour moi que la pub ou la télé, de travailler avec des gens qui n'ont jamais joué. Cela m'aide à trouver mes mots» explique-t-il.

Qu'importe si ces mots se disent en 12, 21 ou 90 minutes. Sébastien Pilote aime le court - il s'investit toujours dans Regard sur le court métrage au Saguenay - et le long. «uand c'est du bon cinéma, on oublie le format» juge-t-il.