Marc-André Lussier LA PRESSE

On ne peut évidemment pas présumer de la qualité d'ensemble d'une sélection après avoir vu seulement quatre films. N'empêche que les irréductibles qui se lèvent au petit matin pour aller voir les longs métrages inscrits en compétition n'ont pas encore eu l'occasion de s'enthousiasmer vraiment depuis le début du festival. D'autant qu'il faut aussi compter quelques désagréments «inévitables» qui, souvent, ont pour effet de décaler les projections de plusieurs minutes.

Les discours de présentation s'étirent en effet en longueur. Hier, le public n'a d'ailleurs pas manqué d'indiquer par ses applaudissements qu'il était temps qu'un cinéaste arrête son boniment et que le rideau se lève. La deuxième projection de la matinée a quant à elle été marquée par une démonstration de karaté live, histoire de faire écho au thème exploré dans le film japonais Kuro-Obi.

Et l'on ne parle même pas ici du fait qu'un court métrage allemand, sélectionné en compétition, ait été présenté dans la langue de Goethe sans aucun sous-titre (ni français, ni anglais), ni qu'un autre, canadien celui-là, n'ait pu être vu qu'en version originale anglaise. Mais de cela, remarquez, nous avons l'habitude. Même si, aux dernières nouvelles, il existait toujours deux langues officielles dans ce pays, plusieurs productions canadiennes arrivent sur nos écrans sans être accessibles au public francophone. On ose pourtant à peine imaginer le scandale si un cinéaste québécois s'avisait d'aller présenter un film sans sous-titres à Toronto, Vancouver, Saskatoon ou Flin Flon... Centigrade, le court métrage en question, reste quand même l'un des films les plus intéressants de sa catégorie. Réalisé et interprété par Colin Cunningham, il distille une atmosphère à la fois tendue et surréaliste qui laisse une assez forte impression.

Du côté des longs, la journée a commencé avec Der Andere Junge (L'autre garçon), un film allemand dont l'intrigue tourne autour d'une histoire de harcèlement psychologique. Réalisé par Volker Einrauch (Gangster), ce drame s'appuie sur un point de départ solide mais le cinéaste semble éviter parfois certaines avenues qui lui auraient permis de mieux explorer encore l'ambiguïté de ses personnages.

Campé dans un quartier de la banlieue de Hambourg, le récit s'attarde aux destinées particulières de deux familles symétriques (papa, maman et un fils ado). Comme les adultes se fréquentent et partagent une amitié, personne ne se doute que les deux adolescents, qui, par la force des choses, ont aussi établi des liens, sont coincés dans une dynamique malsaine. Le fils de l'un s'amuse en effet à dominer le fils de l'autre en exerçant sur lui une pression qui relève presque du sadisme. Jusqu'au jour où, forcément, il y a drame.

C'est à partir de ce moment qu'Einrauch, qui porte ici à l'écran un scénario de Lothar Kurzawa, entraîne le spectateur dans les méandres psychologiques des différents personnages. Lesquels encaissent évidemment le choc chacun à leur façon.

Der Andere Junge est un film qui suscite l'intérêt mais il lui manque quand même ce souffle qui distingue les oeuvres vraiment dignes de récompenses.

Trop prévisible...

Dans les notes de production que nous pouvons lire dans le programme du FFM à propos de Kuro-Obi (Ceinture noire), on se demande pourquoi les arts martiaux sont si peu montrés dans le cinéma japonais, pays pourtant maître du karaté, du judo, de l'aïkido et du kendo. Les producteurs, indique-t-on, ont ainsi voulu combler un vide. Ils ont choisi pour l'occasion le thème du karaté en embauchant de vrais professionnels en la matière. Le film de Shunichi Nagasaki tourne ainsi autour de la quête de trois aspirants afin de poursuivre le travail d'un maître qui, mort subitement, n'a pu désigner son successeur. Campé dans le Japon des années 30, le récit emprunte une forme pour le moins convenue. Si les adeptes de la discipline du karaté pourront sans doute apprécier la virtuosité des protagonistes, les autres ne pourront faire autrement que de relever le caractère simpliste de l'ensemble, de même que le jeu caricatural des interprètes.

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Der Andere Junge (L'autre garçon) de Volker Einrauch.
Aujourd'hui, 14h, Cinéma Impérial.


** 1/2
Kuro-Obi (Ceinture noire) de Shunichi Nagasaki.