Rébecca Frasquet

La 64e Mostra accueille jeudi L'ora di punta de Vincenzo Marra et son actrice Fanny Ardant, dont les récents propos sur les Brigades Rouges ont provoqué une polémique en Italie, tandis que l'Anglais Peter Greenaway dévoile son film sur Rembrandt, La ronde de nuit.

L'actrice française a choqué fin août en qualifiant de héros Renato Curcio, le fondateur des Brigades Rouges responsables d'assassinats pendant les années de plomb en Italie, des propos pour lesquels elle s'est excusée.

Chaudement applaudie lors de la conférence de presse de L'ora di punta, elle devait assister à la projection de gala du film dans la soirée.

«Vincenzo m'a parlé de son film comme d'un enfant et j'ai eu envie de faire partie de l'aventure», a-t-elle déclaré en italien, ajoutant: «les raisons pour lesquelles une actrice va vers un film sont des raisons instinctives».

Dernier des trois films italiens en lice pour le Lion d'or à être montré à Venise, L'ora di punta fait le portrait de Filippo (Michele Lastella), jeune policier de la brigade financière aux origines modestes et dévoré d'ambition.

Bien qu'amoureux de Francesca (Giulia Bevilacqua), il séduit l'élégante Caterina (Fanny Ardant) dont les charmes déclinent avec l'âge, profitant sans vergogne des relations de celle-ci dans la haute société pour s'enrichir.

Cet opportuniste au sang froid fait sauter un à un tous les verrous de la morale, et profite à plein d'un système basé sur la corruption.

De facture assez classique, cette comédie dramatique à l'interprétation irréprochable développe un thème rebattu en Italie, ce qui a lassé une partie du public de la projection de presse, où certains l'ont brièvement huée.

Déjà Il dolce e l'amaro, le portrait d'un petit mafieux ordinaire incarné par Luigi Lo Cascio et signé par l'Italien Andrea Porporati (Quello che posso permettermi, Sole negli ochi) a fait un passage assez discret à la Mostra.

Avec Nessuna qualita agli eroi de Paolo Franchi, morne méditation teintée de psychanalyse sur un fils parricide, il faisait partie des fictions les moins appréciées, selon les critiques compilées par Ciak, le magazine du festival.

Jeudi Peter Greenaway - Le ventre de l'architecte, Drowning by Numbers, Prospero's Book... - dévoilait sa dernière oeuvre: le portrait du peintre Rembrandt, esquissé à partir de la genèse de son célèbre tableau La ronde de nuit qui donne son titre au film.

Obsédé par la recherche plastique, ce cinéaste esthète et cérébral - qui fut d'abord peintre - y raconte l'ascension et la chute du maître hollandais, son amour pour sa compagne Saskia et ses relations avec les opulents marchands qui lui commandaient des toiles.

Découvrant un assassinat, Rembrandt dénonce les coupables en semant des indices dans sa toile, une accusation que les marchands lui feront payer cher.

S'interrogeant sur les raisons de la ruine d'un homme respecté et arrivé au sommet de son art, Greenaway étaye cette thèse du complot, au fil d'un film un peu bavard, foisonnant de personnages secondaires, mais aux scènes d'une grande sensualité, grâce à une photographie et à des décors qui recréent les tableaux.

«Rembrandt était le Mick Jagger ou le Bill Gates de son époque. Il est devenu très célèbre en très peu de temps, il était fêté, à la mode.. quinze ans plus tard, il était pauvre, ruiné», a souligné le cinéaste en conférence de presse.

Les deux derniers films en compétition, 12 du Russe Nikita Mikhalkov et Chaos de l'Égyptien Youssef Chahine, seront dévoilés vendredi.