Marc-André Lussier LA PRESSE

L'acteur cinéaste qui préside le jury, Sean Penn, aura résisté un temps à s'aventurer sur le terrain de la politique, même s'il y a finalement succombé. Il n'a d'ailleurs pas voulu, hier, donner son appui formel à Barack Obama, mais il a dit être quand même très enthousiasmé par l'effet d'entraînement qu'a dans le processus électoral la présence du candidat à l'investiture démocrate.

«J'espère simplement qu'il sera à la hauteur des espoirs que bien des gens fondent en lui, a déclaré Penn. S'il est élu et qu'il échoue ensuite, je crois que cela aura un effet très démobilisant. La prochaine élection présidentielle est très importante; peut-être même la plus importante de ma vie. Mais je ne crois pas qu'un festival de cinéma soit la meilleure tribune pour en parler. En fait, poursuit-il, mon geste politique dans ce festival est d'avoir choisi, à la demande de la direction du festival, un film pour la sélection hors-concours. The Third Wave d'Allison Thompson est à mon avis un film essentiel parce qu'il témoigne de la réalité du monde dans lequel on vit. À travers cette histoire de bénévoles indépendants qui partent au Sri Lanka pour aider les habitants sinistrés du tsunami, j'ai eu l'impression de toucher au plus près le sens de la vie. Et comme il ne faut pas trop compter sur les politiciens pour régler les problèmes...»

L'idée de porter un jugement sur des oeuvres cinématographiques ne lui sourit guère. Bien que conscient du fait que 22 longs métrages se livrent ici compétition, Sean Penn tient à ce qu'aucun des films sélectionnés ne ressorte «blessé» de l'aventure cannoise.

«Il s'agit avant tout d'une célébration collective au cours de laquelle certains films bénéficieront d'un petit coup de pouce supplémentaire», dit-il. Plus tard, le président laissera quand même tomber qu'une Palme d'or devrait en principe être attribuée à un (ou une) cinéaste «qui est bien consciente de l'époque dans laquelle il (ou elle) vit».

Répondant à la petite controverse qui s'est répandue dans la blogosphère depuis l'annonce de la sélection d'un film de Clint Eastwood dans la compétition, Sean Penn, visiblement agacé, a fait le point. Rappelons que l'objectivité du président a été remise en cause par certains observateurs pour la simple raison qu'il a déjà remporté un Oscar dans un film d'Eastwood.

«Combien de films Clint Eastwood a-t-il réalisé et depuis combien de temps? a demandé Penn. Je n'en ai tourné qu'un seul avec lui! Toutes les personnes qui siègent dans ce jury ont tourné des films qui leur sont importants. Tout ce qu'on veut faire, c'est accueillir ces oeuvres dans l'enthousiasme, pas les «juger». Je ne m'empêcherai pas de m'enthousiasmer pour le film de Clint si je l'estime enthousiasmant. Il ne faut pas que ça aille dans l'autre sens non plus!»

Les discussions s'annoncent en tout cas intéressantes au sein du jury, particulièrement entre l'auteure-réalisatrice Marjane Satrapi et Sean Penn. Ces deux artistes, dotés d'une forte personnalité, ont d'ailleurs déjà travaillé ensemble, Penn ayant prêté sa voix au père de Marjane dans la version anglaise de Persepolis.

Outre Penn, Satrapi et Castellitto, le jury est composé de Jeanne Balibar, Rachid Bouchareb, Alfonso Cuaron, Alexandra Maria Lara, Natalie Portman et Apichatpong Weerasethakul.